Directeur de Kedge Wine School, Master of Wine, Jérémy Cukierman est l’un des co-auteurs (avec le climatologue Hervé Quénol et la journaliste Michelle Bouffard) d’un ouvrage qui explore les enjeux du changement climatique sur la filière vin.

Quelle est l’ambition de cet ouvrage ?

C’est un livre qui se veut un point d’étape, rappelant ce qu’est le changement climatique, son origine anthropique, et qui analyse les différentes conséquences de ces évolutions sur la filière viti-vinicole. Il essaie de mettre en avant toutes les pratiques vertueuses et stratégies d’adaptation pour faire face à ces enjeux, afin que nous soyons tous les acteurs d’une transition environnementale nécessaire, tout en continuant en produire du vin dans nos grands terroirs.

Selon vos conclusions, quels sont les enjeux auxquels est confrontée la viticulture de demain ?

Si je devais résumer : la nécessité d’être beaucoup plus flexibles face aux variabilités accrues, aux épisodes extrêmes que va nous réserver le climat dans une même saison, des précipitations au stress hydrique, des maladies cryptogamiques aux risques de chaleur intense, ce qui nous oblige à travailler la vigne de façon toujours plus intelligente, sans mode d’emploi ni recette toute faite. Tout en préservant l’expression des grands terroirs et la typicité de nos vins, dans une recherche d’équilibre acidité-alcool, de fraicheur… Face à cela nous pouvons tous être acteurs, en consommant mieux, en recyclant mieux, en réduisant notre empreinte carbone, mais aussi en contribuant au partage du savoir.

Quels sont les vignobles en première ligne ?

Les régions les plus urgemment concernées sont celles qui sont sur le point d’atteindre une asymptote chaleur-maturité, et ce ne sont pas forcément les régions les plus chaudes. La question du pinot noir en Bourgogne n’est pas à ignorer à long terme… Bien sûr, d’autres vignobles sont déjà au pied du mur, en Australie, en Afrique du Sud, en Californie (avec des incendies récurrents). Le pourtour méditerranéen est lui aussi concerné, avec en France le Rhône sud et le Roussillon où se posent souvent des soucis de stress hydrique. Mais on a aussi des variables, selon l’altitude des vignobles. Ce qui est encourageant, c’est que certaines de ces régions se posent déjà en exemples, car elles ont anticipé sur le sujet depuis plusieurs années, et continuent de produire des vins très élégants malgré le contexte climatique. Vitis vinifera a de nombreuses ressources quand on la traite avec intelligence. C’est aussi l’objet de ce livre : porter un message d’espoir.

« Quel vin pour demain ? Le vin face aux défis climatiques »

Editions Dunod, 304 pages.

Cet entretien a été publié dans Terre de Vins n°74, actuellement dans les kiosques.