(photo : Emmanuel Perrin)
(photo : Emmanuel Perrin)

Un peu à l’étroit sur la carte postale touristique du « géant de Provence », l’appellation Ventoux veut sortir du peloton et démontrer que ses vignerons font des vins pluriels, mais singuliers par leur fraîcheur. Portée par une nouvelle génération décomplexée et ambitieuse, elle dessine son avenir, plutôt prometteur. Confirmation en 6 étapes, extraites du Terre de Vins n°61.

Épisode 1/6 : Chêne bleu

Un coin de paradis
C’est un écrin de verdure, une oasis, une terra incognita qui se dévoile après le village de Crestet et l’ascension d’une petite route au milieu des bois. Là, à 550 mètres d’altitude, dans le massif des Dentelles de Montmirail, existait un prieuré au Xe siècle. La vigne s’y enracine dans un terroir rude et sec, loin de toute pollution, au cœur de la biosphère du mont Ventoux. À la vue du chêne centenaire, bleui à la bouillie bordelaise par l’artiste Marc Nucera, vous savez que vous êtes arrivé au bout du monde, au Chêne Bleu.
On comprend aisément pourquoi Xavier Rolet est tombé sous le charme du lieu en 1993. Ce financier exilé à Londres, amoureux de la nature, cherche alors une terre d’accueil. Vingt-cinq ans plus tard, 30 hectares de vignes enserrent le hameau constitué de cinq chambres d’hôtes, de deux gîtes avec piscine, d’un caveau de dégustation et d’exposition. Ici, les ateliers sont œnologiques, la table du potager est gastronomique, les « apéros bleus » et le panier de pique-nique peuvent être végétariens ou végans. En somme, un œnotourisme très tendance !
Le premier millésime est sorti en 2006 d’une cave gravitaire high-tech. Jean-Louis Gallucci, beau-frère de Xavier, y officie, rejoint désormais par son fils Hugo et sa nièce Dani. C’est une histoire de famille où chacun a trouvé sa place, se respectant et respectant la nature environnante.
Les vignes sont bien évidemment conduites en agriculture biologique, avec quelques préceptes de la biodynamie. Les vieilles parcelles de grenache et de syrah côtoient les nouvelles plantations de cépages blancs traditionnels de la vallée du Rhône. Est-ce le soin et l’attention apportés aux vignes ou les sols complexes et minéraux qui donnent cette belle signature aux vins ?
La gamme est qualitative, alliant la tradition et la technologie au service du vin. L’élevage, en barriques ou en demi-muids pour les blancs en IGP Vaucluse comme pour les rouges, se compte en mois, en années. La cuvée Aliot, blanc 2014 (41 €), se repose deux ans en bouteilles avant d’être commercialisée. Vous pourrez aussi déguster les cuvées emblématiques : Héloïse millésime 2011, à dominante syrah, grenache, roussanne, et Abélard, 85 % grenache et 15 % syrah (65 €). Après un si grand repos, ces ventoux au caractère et à l’élégance indéniables ont gardé toute leur fraîcheur. Carafés, ces vins subtils accompagneront des mets à base d’agneau, de bœuf ou de gibier.
Panier pique-nique 40 €/2 personnes – Apéro bleu 20 € la planche pour 2. Gîtes à partir de 21 255 € la semaine, chambre d’hôtes 170 €/nuit.
84110 Crestet
04 90 10 06 30 – Site internet