Vignoble d'Irancy. Photo : Sébastien Abry.
Vignoble d'Irancy. Photo : Sébastien Abry.

A trois mois de la 72ème Saint-Vincent tournante qui se tiendra à Irancy les 30 et 31 janvier 2016, zoom sur les vignobles du Grand Auxerrois dont la diversité et la qualité ne sont que trop longtemps restées dans l’ombre.

Louée dans le monde entier, la Bourgogne n’en est pas moins perçue, souvent à juste titre, comme une région viticole chère. Pourtant, si l’on prend la peine de s’éloigner de la prestigieuse Côte d’or, il est encore possible de trouver des zones méconnues qui jouent la carte de l’originalité et qui offrent des rapports qualité-prix exceptionnels. Parmi elles, le Grand Auxerrois, regroupement de tous les vignobles de l’Yonne, exception faite du plus prestigieux d’entre eux, celui de Chablis.

Ces 1900 hectares de vigne se déploient en arc autour de la ville d’Auxerre. Au nord, l’AOC Bourgogne Côte Saint-Jacques près de Joigny est la plus septentrionale de Bourgogne. A l’est, au-delà de Chablis, se déploient les appellations Bourgogne Tonnerre et Bourgogne Epineuil, tandis qu’au sud se situent les AOC Bourgogne Chitry, Bourgogne Coulanges-la-vineuse, Irancy (exclusivement rouge), Saint-Bris (exclusivement blanche) et enfin Vézelay, au pied de la célèbre basilique. Si pinot noir et chardonnay demeurent ici aussi très plantés, la spécificité de la région tient à la présence d’autres cépages qui donnent aux vins des accents méconnus. Les vins de Saint-Bris sont tous produits à base de sauvignon tandis que ceux d’Irancy peuvent contenir jusqu’à 10% de césar, un cépage tannique fort en caractère. Et les rosés, souvent teintés de pinot gris, ne sont pas en reste …

Des vins bourguignons de très belle facture… sans se ruiner

Portée par de nombreux jeunes vignerons talentueux, la région sort d’une certaine torpeur et offre désormais des vins d’une surprenante qualité. Que ce soit sur l’appellation régionale locale, le Bourgogne Côte d’Auxerre ou sur les villages, en assemblage ou en parcellaire, les vins ne tutoient qu’à de rares exceptions la barre des 20€, et sortent aux domaines généralement en-deçà des 10€. A côté de quelques domaines phare, tel Goisot dont les Saint-Bris sont des modèles de densité, de finesse et d’expression de leur terroir, d’autres proposent des cuvées magnifiques. Tout jeune domaine créé en 2009, La Croix Montjoie est une bénédiction avec ses chardonnays ciselés, parfaitement équilibrés à l’image du Bourgogne Vézelay « l’élégante » 2014. Le domaine Gruhier, pour sa part, produit d’étonnants Bourgogne Epineuil. Dominique, le vigneron, expérimente beaucoup et souhaite « trouver ce qui permet d’exprimer au mieux le terroir ». A ce titre, la cuvée Juliette 2013 vinifiée en grappe entière est une réussite, associant une mâche importante en bouche à un velouté aux échos épicés. Et les exemples sont nombreux. Le domaine Les temps perdus dispose de vieilles vignes de sauvignon plantées en 1902 qui s’expriment toute en délicatesse dans un Saint-Bris au firmament. Les Irancy du domaine Ferrari procurent également un plaisir évident, tant sur le village 2013 (9€) que sur les parcellaires comme la Bergère 2013 tout en fruit (13€) ou le Paradis 2012 (18€) à l’équilibre souverain pouvant se garder au moins 5 ans. La région recèle de trésors viniques que l’on découvre avec enchantement et dont il est ensuite difficile de se passer. A bon entendeur…

Ci-dessous : le vignoble de Saint-Bris. Photo Sébastien Abry