En 1921, Maurice Drouhin achetait les premières parcelles de cette terre beaunoise. Un siècle plus tard, ses héritiers sont à la tête d’une propriété de 80 hectares, dont 14 de ce Premier Cru aussi prisé en rouge qu’en blanc. L’une des plus belles histoires de la viticulture française.


Aux commandes d’une grande maison de Bourgogne et propriétaire de deux domaines en Oregon, la famille Drouhin aime se rappeler ses origines. Une histoire dans laquelle trois mots reviennent en boucle : Clos des Mouches. Terre du sud de Beaune, voisine de Pommard, ce premier cru tire son nom des “mouches à miel”, comme on appelait les abeilles au Moyen-Âge.

En 1921, la Bourgogne sort tant bien que mal de la grande guerre et du phylloxéra, et cette terre ne passionne pas grand monde. Maurice Drouhin, qui reprend l’entreprise de son père Joseph, flaire la bonne affaire. Pour mieux maîtriser sa production, ce modeste négociant veut investir dans ses premières vignes. Avec une obsession : le Clos des Mouches. “Il a acheté, bout à bout, 40 parcelles différentes pour remembrer le clos”, s’émerveille Frédéric Drouhin. “Il s’y rendait à cheval depuis le centre de Beaune”, tente d’imaginer l’actuel directeur de la maison, petit-fils de Maurice.

Un grand blanc né d’un oubli

La famille exploite aujourd’hui plus de la moitié de ce premier cru, soit 14 hectares. Une terre on ne peut plus bourguignonne, dont la complexité géologique donne le tournis. “Il y a plus de dix terroirs en un terroir ! On a fait des fosses pour analyser le sol, c’est incroyable les différences qu’il peut y avoir, à seulement 30 mètres d’intervalle!”, s’étonne encore Véronique Boss-Drouhin, œnologue de la maison.


Pour cette raison, pinot comme chardonnay s’y plaisent. Et pour les blancs, c’est une erreur qui a révélé le potentiel de la parcelle. “Il y a un siècle, on n’y faisait que du rouge, avec tous les cépages mélangés. Mais en 1928, notre grand-père a vendangé trop tard les chardonnays, et n’a pas pu les assembler au reste. Il les a vinifiés à part, ce fut une révélation.” Et une bénédiction, puisque aujourd’hui le Clos des Mouches donne l’un des rares blancs de Beaune, également l’un des plus réputés de Bourgogne. 


Tout cela fait du Clos des Mouches un lieu unique pour la famille Drouhin. “On s’y promène, on y puise l’inspiration. C’est là qu’on y a fait les premiers essais en biodynamie”, confie Frédéric, évoquant cette pratique aujourd’hui étendue à tout le domaine. Une philosophie de respect des terroirs qui amène aujourd’hui à labourer la parcelle à cheval. “Comme il y a un siècle… cela fait réfléchir !”



Beaune 1er cru Clos des mouches blanc 2019, maison Joseph Drouhin : Dès le nez une grande complexité se dégage, que l’on retrouve en bouche, avec des notes très élégantes de fleurs, de noisette et de poivre blanc. Au toucher, l’onctuosité séduit, mais sans lourdeur grâce à une belle acidité et une fraîcheur presque mentholée. Un délice aujourd’hui, imaginez dans 4 à 7 ans…

Beaune 1er cru Clos des mouches rouge 2019, maison Joseph Drouhin : Des fruits rouges croquants et une nuance cacaotée portés par un tanin à la fois structurant et feutré : l’équilibre et la complexité que l’on exige des grands pinots sont là, la longueur aussi. Taillé pour la garde.