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La Champagne fait ses adieux à Sean Connery

Auteur

Yves
Tesson

Date

03.11.2020

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Les cinéphiles pleurent Sean Connery et le monde de la bulle aussi. Premier acteur à avoir incarné James Bond, il aura été l’un des grands ambassadeurs du champagne, en le plaçant, au même titre que l’Aston Martin et la montre Rolex, dans la panoplie indispensable du séducteur. Alors, pour se consoler, on ne peut s’empêcher de se remémorer quelques scènes d’anthologie, qui elles ne mourront jamais, même si « on ne vit que deux fois ».

Sean Connery nous a quittés samedi à l’âge de 90 ans. Malgré les réticences initiales de l’auteur Ian Flemming, il reste celui qui a endossé avec le plus d’élégance le rôle du célèbre agent du MI 6. L’acteur nous a fait découvrir le fameux cocktail Vodka-Martini « au shaker et non à la cuillère ! », mais aussi des marques de champagne qui lui doivent une part de leur succès international. À l’époque, c’est d’abord la Maison Dom Pérignon qui est à l’honneur, introduite par des répliques devenues cultes.

Tout commence dans « Docteur No », sorti en 1962, où James s’apprête à commettre un sacrilège en empoignant le flacon en guise de matraque pour sauver Ursula Andress de ses ravisseurs. Son geôlier, dont la cruauté n’a d’égale que l’éducation, ironise : « C’est du Dom Pérignon 1955, ce serait dommage de briser cette bouteille ». Sean Connery, retenu par un garde, repose le champagne, et sans rien perdre de son flegme légendaire rétorque : « pour ma part je préfère le 1953 ». En 1964, dans « Goldfinger », l’acteur confirme son goût pour le millésime en question dont il partage une bouteille avec la sublime Jill Masterson. Il en réclame cependant une autre, plus fraîche : « Ma chère, il y a des choses qui ne se font tout simplement pas, comme boire du Dom Pérignon 1953 à plus de trois degrés. C’est aussi dangereux que d’écouter les Beatles sans se boucher les oreilles ».

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Tant qu’il sera incarné par Sean Connery, James Bond commettra peu d’infidélités (en ce qui concerne le champagne bien-sûr…) Une seule fois, pour être exact, dans « Bons Baisers de Russie » (1963), à bord de l’Orient Express, où il commande une bouteille de Taittinger. La scène se tient dans le wagon restaurant avec en réalité deux références au champagne. Si on regarde bien, sur la cloison au-dessus des convives, on distingue une publicité pour la Maison Mercier. James Bond dîne en compagnie de Tatiana, et de Red Grant qui se fait passer pour un agent du MI 6 alors qu’il travaille pour le Spectre. James et Tatiana demandent une sole grillée et du champagne blanc de blancs pour l’accompagner. Red Grant commet une faute de goût et réclame avec sa sole un verre de chianti rouge ! L’incident ne met malheureusement pas en garde Sean Connery. Pendant le repas, Red Grant feint un geste maladroit et renverse le verre de Tatiana. En la resservant, l’imposteur glisse un somnifère dans son champagne.

À noter que si les apparitions de Taittinger à l’écran sont rares, elles sont beaucoup plus fréquentes dans le livre. Dans « Casino Royale », le premier roman rédigé en 1953, James Bond dîne en compagnie de Vesper Lynd et veut se faire servir une bouteille de Taittinger 1945 avant d’opter pour un autre millésime, suivant les conseils du sommelier : « le blanc de blancs 1943 de la même maison est sans égal ». La marque créée en 1931 a tout juste vingt ans et James doit rassurer Vesper Lynd en lui indiquant que même si le vin est méconnu, « c’est sans doute le meilleur champagne du monde ». Le chapitre lui-même, « Pink Lights and Champagne », est un hommage au breuvage.

Certains ont parfois moqué James Bond, en soulignant que lorsqu’il n’était pas en train de se battre, il était rare de ne pas le voir un verre à la main. Davantage que le KGB, son pire ennemi serait la cirrhose. Néanmoins, en ce qui concerne Sean Connery, l’étude menée en 2015 par « The Grocer » sur la consommation alcoolique par épisode du personnage montre que lorsqu’il jouait James Bond, celle-ci n’était que de 11 unités, alors que depuis Daniel Craig, notre héros en consomme 20 ! L’agent anglais serait-il sur la mauvaise pente ?