C’est une nouvelle victoire pour l’appellation Champagne, l’une des mieux défendues à travers le monde : le Paraguay reconnaît l’exclusivité du nom aux vins originaires du terroir champenois. Maxime Toubart, président du Syndicat général des vignerons a accepté de répondre aux questions de Terre de vins.

Le Paraguay est devenu officiellement la 122ème nation à reconnaître l’appellation Champagne. Certes, le pays n’en importe que 8000 bouteilles et a lui-même une production viticole anecdotique. Mais, comme le confie Maxime Toubart, président du Syndicat général des Vignerons : « L’Amérique latine dans son ensemble reste un gros sujet à travers des pays importants comme l’Argentine qui refusent encore de reconnaître l’appellation. Avec cette victoire, nous procédons de proche en proche… »

Parmi les grands pays récalcitrants, on compte les États-Unis et la Russie. Plus surprenant, il subsiste encore un État au sein de l’Union européenne : la Lettonie. « Dans les pays où il y a une production ancienne de faux champagnes et où il s’en vend des dizaines de millions, c’est évidemment toujours plus difficile à faire admettre. Je pense notamment à la Russie avec le shampanskoye, ou à la marque Korbel aux États-Unis. En Chine, nous avons obtenu cette reconnaissance au bon moment, en 2012, parce que les Chinois étaient juste en train de commencer à développer leurs vignobles et que cela ne suscitait pas encore de problème majeur pour leur production nationale. Le Comité Champagne, qui collabore avec 70 cabinets d’avocats à travers le monde, consacre chaque année deux millions d’euros à ces démarches, mais c’est un effort très utile. »

L’évolution des attentes chez les consommateurs, l’envie qui se manifeste partout de transparence, joue aussi un grand rôle. « C’est dans l’air du temps. Quand on pense qu’avec ces usurpations, parmi les vins vendus sous le nom Chablis dans le monde, seulement 5% viennent de Chablis ! Les appellations et notamment celle de Champagne qui a un cahier des charges très précis, offrent de vraies garanties aux consommateurs et devraient rassurer les gouvernements. Enfin, dans des pays comme les États-Unis, certains vignobles – la Napa Valley par exemple – commencent aussi à acquérir une réputation et à être copiés. Cela facilite les discussions. »

Dans ce combat, la création à l’étranger par les Maisons de Champagne de domaines élaborateurs d’effervescents joue aussi un rôle intéressant (le premier fut Bodega Chandon en Argentine en 1959). Au départ, les vignerons champenois ont considéré que les Maisons, même si elles n’utilisaient pas le terme champagne, en utilisant pour ces vins leurs marques historiques, détournaient indirectement l’appellation dans la mesure où elles avaient bâti la première renommée de leurs noms dessus. Elles suscitaient ainsi une confusion dans l’esprit du consommateur.

Mais comme le souligne Maxime Toubart, cette pratique fut en réalité positive pour la Champagne. D’abord parce que dans ces vignobles, ces Maisons furent souvent les premières à ne pas utiliser le terme champagne pour les vins mousseux. Et comme il s’agissait de vins hauts de gamme, cela encouragea leurs concurrents à abandonner le terme qui n’était plus utilisé que par les marques de piètre qualité. Ensuite, parce que cela a participé à la création d’un goût dans ces contrées pour les vins effervescents. Les populations locales habituées désormais à consommer du mousseux, voulaient également goûter à l’authentique champagne, resté en haut de la pyramide.