Ci-dessus : le Château de la Chaize (photo ©ChezMoiProd)
Ci-dessus : le Château de la Chaize (photo ©ChezMoiProd)

L’acquisition récente du Château des Ravatys, en appellation Brouilly et Côtes-de-Brouilly par le groupe lyonnais Lavorel, renforce une tendance déjà amorcée, à savoir le retour des investisseurs lyonnais en Beaujolais.

Le vaisseau Beaujolais a connu ses périodes de crise, mais il n’a pas coulé. Les années 90 furent difficiles pour le vignoble, la vague du Beaujolais Nouveau s’estompant lentement mais sûrement.
Arrachages de vignes, baisse du prix du foncier, parts de marchés perdues : les spectres ont longtemps hanté les cales du vignoble, avant d’amorcer un renouveau depuis une dizaine d’années.
Changement de cap à la tête de l’interprofession, installation d’une jeune génération pleine de talent et d’ambitions pour ce vignoble, batailles commerciales pour gagner des parts de marché sur tous les fronts, mise en place par certain(e)s précurseur(e)s d’une viticulture biologique et/ou biodynamique : les engagements ont été multiples et diversifiés.

Les navires amiraux à l’assaut de la renommée nationale et internationale

Les locaux, ainsi que d’autres vigneron(ne)s dotés d’un grand flair et ayant capté le potentiel de la région, ont apporté leur savoir-faire et leurs ambitions, faisant souffler un dynamisme évident sur le Beaujolais. Les dernières années ont été le témoin de changements de mains de propriétés emblématiques.
Le Château de la Chaize à Odenas (150 hectares en Brouilly et Côtes-de-Brouilly) a été acquis par Christophe Gruy, PDG du groupe lyonnais Maïa (bâtiments, travaux publics, énergie et hospitalité), qui compte bien en faire un fer de lance de l’agriculture biologique en convertissant l’ensemble du domaine et en gérant la propriété de manière 100% écologique.
Le Château de Poncié (42 hectares de vignes à Fleurie) a quitté le giron du groupe Henriot et a été repris par Jean-Loup Rogé et Marion Fessy (respectivement patron du groupe lyonnais Implid et restauratrice native du Beaujolais), et cette année le Château des Ravatys, ancienne propriété de l’Institut Pasteur, dont le montant de la vente (6,9 millions d’euros) devait être versés à la recherche pour un vaccin contre le Covid-19, a été acquis par le groupe lyonnais Lavorel, déjà propriétaire du Château de Bagnols, Relais & Châteaux, et producteur.

Changement de sociologie

Si le retour des investisseurs lyonnais est un marqueur extrêmement positif de l’évolution, du potentiel et du dynamisme du Beaujolais, la reprise des grandes propriétés par des entrepreneurs lyonnais n’est pas l’unique marqueur ni l’unique garantie de la région.
Certes, leurs investissements et la qualité de leur projet ne peuvent que bénéficier à l’ensemble du vignoble, par la puissance de frappe qu’ils peuvent offrir. D’autant que les projets se devaient tous de maintenir et développer l’activité viticole de la propriété, il n’était pas question d’accepter une transaction pour laquelle le maintien de la production n’était pas au centre de la proposition.
Comme le précise Damien Ardiet, directeur départemental de la SAFER Auvergne-Rhône-Alpes, c’est l’addition de tous les projets menés sur le territoire qui portera loin le vignoble.
“Nous visons l’équilibre, qui est en train de se mettre en place. Jeunes vignerons ou génération précédentes, groupes industriels ou entreprises individuelles : le dynamisme n’est pas et ne doit pas se concentrer sur un seul profil d’investisseurs. Auparavant, ils venaient principalement de Bourgogne : le retour des Lyonnais et l’implication des locaux permet de créer un nouvel équilibre;”