Fédérer toutes les appellations du Sud-Ouest sous une signature unique pour leur donner plus de rayonnement, en France comme à l’international : c’est le pari fou de Lionel Osmin, qui depuis trois ans réinvente le métier de négociant. Avec l’accent.

« Je voulais être paysan ou alors pianiste… J’ai essayé, je me suis perdu… j’ai mal tourné… Au fond, ce que je voulais certainement c’était faire partager mon enthousiasme… » Ça, c’est un extrait de la biographie de Lionel Osmin sur le site officiel de la société qu’il a créée en 2010. Une maison de négoce d’un genre nouveau, basée à Pau dans les Pyrénées-Atlantiques, entièrement dédiée à la valorisation des vins du Sud-Ouest – comme il en existe dans la vallée du Rhône ou le Languedoc. Il fallait y penser, mais personne ne l’avait encore fait…

Le Sud-Ouest : un très vaste territoire, riche d’une incroyable diversité de terroirs, de cépages, d’appellations, de traditions. D’Irouléguy à Gaillac, de Fronton en Madiran, de Cahors en Jurançon, de Bergerac au Marcillac… On en passe. Des vignobles éparpillés, aux identités affirmées (basque, gascon, béarnais, aveyronnais…), mais unis par un même fil conducteur, celui d’un certain art de vivre, un goût des plaisirs partagés, un attachement aux valeurs de la terre. C’est cette diversité et ce fil conducteur que Lionel Osmin, 37 ans, a voulu sublimer en créant sa maison de négoce. « Je n’en suis pas arrivé là sur un coup de tête, explique-t-il. C’est un projet qui a mûri pendant une dizaine d’années, et il y a trois ans, tout était réuni pour se lancer ».

Esprit d’équipe

Auparavant, Lionel Osmin a « fait ses classes » au contact de quelques-uns des meilleurs vignerons du Sud-Ouest. C’est en particulier Charles Hours, à Jurançon, qui lui a mis le pied à l’étrier. Au gré de son parcours, Lionel a pu rencontrer des viticulteurs « qui ont fourni des efforts colossaux pour la reconnaissance et de leurs vins. Ces gens se sont battu pour valoriser leurs appellations, leurs cépages autochtones, et ils ont été assez peu récompensés en retour« . Réalisant que le grand Sud-Ouest était très difficilement identifiable comme vignoble, Lionel Osmin a eu l’idée « de fédérer toutes ces appellations, tous ces cépages sous une signature unique, une offre alternative. De créer une dynamique collective, en simplifiant l’offre, le message, notamment vis-à-vis de l’export. »

Ainsi est né Lionel Osmin & Cie, qui comme ne le laisse pas forcément deviner son nom, est avant tout une histoire d’équipe. Une équipe de neuf salariés, et surtout des associés qui sont des pointures dans leur domaine (marketing, distribution, export…) Sans oublier la pierre angulaire du succès de l’entreprise : l’œnologue Damiens Sartori. « Le meilleur vinificateur du Sud-Ouest, et un palais exceptionnel », d’après Lionel Osmin. La rencontre entre les deux hommes a été l’acte fondateur de l’entreprise.

Le Sud-Ouest en bouteille

Depuis trois ans, Lionel Osmin et Damiens Sartori s’emploient à « mettre le Sud-Ouest en bouteille » : capter l’essence d’un cépage, d’une appellation, et l’amener à sa plus pure expression. « Nous travaillons avec une vingtaine de vignerons dans tout le Sud-Ouest, précise Lionel Osmin. Mes douze ans d’expérience préalable m’ont permis de bien connaître le Sud-Ouest et ses terroirs, j’avais donc une idée assez claire des gens avec qui je voulais travailler. Nous sélectionnons avec eux une partie de leur récolte, nous vinifions chez eux, nous faisons les assemblages et la mise en bouteille pour construire notre propre gamme. L’idée première est de respecter l’identité d’un terroir, nous ne sommes pas là pour tout chambouler. On veut respecter ce qui se fait de bien dans chaque vignoble, tout en dépoussiérant un peu, quand il y a lieu de le faire. Nous voulons aussi mettre l’accent sur les cépages dits « difficiles ». Par exemple le tannat, qui n’a pas toujours bonne réputation : nous voulons le rendre accessible, gourmand, digeste, tout en respectant ce qui fait sa spécificité ».

Ainsi sur ce fameux tannat : le madiran de Lionel Osmin, « Mon Adour », est fait en collaboration avec cinq vignerons, dont les productions (12 hectares de surface totale) sont assemblées pour en faire un seul vin. « Notre ambition ne peut prendre corps que si ce que l’on met en bouteille est crédible, souligne Lionel Osmin. Nous voulons faire des vins authentiques et différents, axés sur le plaisir et le digestibilité ». A ce jour, la gamme de Lionel Osmin & Cie compte six vins de cépages et douze vins d’appellations. On passe ainsi d’un 100% malbec ou 100% sauvignon blanc à un AOP Cahors, Gaillac, Buzet ou Marcillac, puis à des cuvées spéciales (Madiran, Jurançon, Irouléguy, Cahors…) Un tour d’horizon, non exhaustif mais très complet, de la richesse des vins du Sud-Ouest.

Des pins et des vins

Il faut croire qu’il y avait vraiment une attente pour cette offre, car en trois ans seulement, Lionel Osmin a connu une sacrée trajectoire. Et ce n’est pas fini : juste avant l’été, il a ouvert sa Vinothèque à deux pas du Château de Pau ; un lieu de partage, d’initiation, de dégustation, « un vrai lieu de vie où les clients de passage comme les locaux peuvent découvrir ou redécouvrir les vins du Sud-Ouest ». Enfin, le 10 novembre, Lionel Osmin & Cie entame un partenariat avec l’ONF (Office National des Forêts) avec l’opération « Des pins et des vins » : un programme de replantation d’arbres dans la forêt des Landes, durement touchée par la tempête de 2009. Pour chaque caisse de 12 bouteilles achetées, un euro est reversé pour replanter un arbre – pour moitié à l’ONF, et pour moitié à l’association Planète Urgence, avec laquelle Lionel Osmin est en partenariat depuis 2010. Un engagement en faveur de l’environnement, qui montre qu’au-delà de son activité de négociant, Lionel Osmin se veut surtout « un ambassadeur du Sud-Ouest, de sa richesse, de ses paysages, de ses climats, de ses terroirs, de ses cultures ». Toute une aventure.

Mathieu Doumenge