Ci-dessus : Coralie de Boüard et Fabrice Gautier
(photos Albert de Monts)
Ci-dessus : Coralie de Boüard et Fabrice Gautier (photos Albert de Monts)

À l’occasion de cette quatrième édition de Lyon Tasting, neuf propriétés bordelaises sont venues à la rencontre des amateurs et professionnels lyonnais pour faire découvrir leurs vins. Une opération séduction qui s’inscrit dans la durée, en vue de faire bouger les lignes.

À Lyon Tasting, on le sait, les vignobles du Rhône, de Bourgogne et du Beaujolais ont la part belle : ce sont eux qui « jouent à domicile » et arrivent déjà en terrain conquis. Charge aux autres régions invitées de conquérir le cœur des visiteurs lyonnais. Bordeaux est de celles-là. Pour cette quatrième édition de l’événement, neuf propriétés girondines sont venues à la rencontre des amateurs, mais aussi des professionnels, dans l’objectif de séduire à coup de merlot et de cabernet les palais biberonnés au gamay, au pinot noir ou à la syrah.

Clos de Boüard : l’intelligence artificielle au service du vignoble

Coralie de Boüard fait partie des fidèles de Lyon Tasting depuis la première heure. La vigneronne de la rive droite de Bordeaux savoure le travail sur la durée auprès du public lyonnais : « lors de la première édition, les amateurs ne venaient pas trop vers nous, les domaines bordelais ; peut-être n’osaient-ils pas. Et puis au fur et à mesure, le lien s’est créé, et maintenant à chaque édition l’on retrouve des habitués qui viennent redéguster nos vins ». Coralie fait déguster trois cuvées, issues de ses deux propriétés : La Fleur de Boüard 2016, Clos de Boüard 2016 et La Dame de Boüard 2018. Elle présente également sur son stand une innovation qu’elle expérimente depuis un an sur son vignoble de Clos de Boüard (30 hectares en appellation Montagne-Saint-Émilion) : un « piquet connecté » développé par la société Alcom Technologie. Basée à Bordeaux et à Troyes, cette société, représentée par Fabrice Gautier, embauche une trentaine d’ingénieurs qui ont élaboré cet outil technologique animé par trois intelligences artificielles embarquées, permettant d’avoir un suivi en continu, 7 jours sur 7, de données très précieuses : pression mildiou, oïdium, botrytis, risques de gel, stress hydrique, température, humidité. Ce suivi permet aux vignerons d’être plus réactifs et de prendre des décisions plus rapides sur leurs interventions, mais aussi de piloter avec précision des éoliennes électriques pour lutter contre le gel. Coralie de Boüard, qui a installé une douzaine de piquets dans ses vignes, a ainsi pu tirer son épingle du jeu sur un millésime aussi compliqué que 2021 : « cela m’a permis de diviser mes IFT (Indicateur de Fréquence de Traitements phytosanitaires, NDLR) par deux, de ne pas subir la pression des maladies, et d’avoir de super rendements cette année ! Cela permet aussi de limiter le tassement des sols, le travail des hommes, le recours aux intrants, le bilan carbone… » Coralie a voulu mettre tous les atouts de son côté pour réussir ce millésime empreint d’une dimension très symbolique pour elle et sa famille. Le système d’Alcom Technologie, quant à lui, intéresse déjà d’autres propriétés, à Bordeaux, en Champagne et bientôt en Vallée du Rhône. 150 piquets ont ainsi déjà été mis en place dans le vignoble français.
Stand E2

Château Gaby, toute première fois

Le château Gaby, en appellation Canon-Fronsac, célèbre sa première participation à Lyon Tasting. Le directeur d’exploitation Damien Landouar, par ailleurs président de l’appellation Fronsac, savoure cette première fois dans la capitale des Gaules : « la famille de ma compagne est lyonnaise, c’est donc une ville que je connais un peu, et contrairement à ce que l’on croit, les Lyonnais ne sont pas hermétiques aux vins de Bordeaux ! Il y a un travail de fond à accomplir pour faire mieux connaître nos vins aux amateurs comme aux professionnels, et nous espérons retenir l’attention des cavistes, restaurateurs, pendant cet événement ». Certifié bio depuis 2018 et en cours de la conversion à la biodynamie, Château Gaby, propriété de l’entrepreneur américain Tom Sullivan, a de solides arguments pour séduire celles et ceux qui auraient encore des préjugés sur les vins de Bordeaux. C’est aussi pour cela que Damien a choisi de présenter des millésimes qui ne sont pas trop sur la concentration, mais de présenter des vins plutôt sur la droiture et la fraîcheur, comme 2017 et surtout 2014 : droit, élancé, doté d’un fruit noir finement lardé où se discernent de légers arômes de tabac brun, ce vin à la jutosité sertie de classicisme a tout pour plaire aux amateurs de bonne chère. Au rayon des actualités à venir, Damien Landouar se félicite du retour des Portes Ouvertes à Fronsac, les 23 et 24 octobre. Pour la première fois, 32 propriétés ouvriront leurs portes au grand public, signe que ce retour de la « vraie vie » était plus qu’attendu.
Stand D7

Vignobles Cuvelier : « Mon père adore, on en boit à tous les repas de famille »

Troisième participation en quatre éditions pour les Vignobles Cuvelier, qui portent haut la bannière des grands vins du Médoc. Sara Lecompte-Cuvelier, gérante des propriétés familiales, présente ainsi Château Léoville-Poyferré 2015 (Grand Cru Classé de Saint-Julien), Château Moulin Riche 2016 (Saint-Julien) et Château Le Crock 2017 (Cru Bourgeois Exceptionnel, Saint-Estèphe). En déambulant dans les allées, un jeune couple de visiteurs lyonnais s’arrête devant le stand, ayant reconnu les étiquettes à la couleur caractéristique. L’appellation Saint-Julien, affichée sur le totem, a fait le reste : « mon père adore vos vins », s’enthousiasme la jeune femme. « On en boit à tous les repas de famille ! » Expliquant les nuances entre les différents terroirs médocains, Sara Lecompte-Cuvelier (photo ci-dessous) explique, carte à l’appui, la science complexe de l’assemblage dans le Bordelais, entre cabernet-sauvignon, merlot, cabernet-franc et petit-verdot, déclinant trois vins et trois millésimes (2015, 2016, 2017) qui présentent une intéressante complémentarité de styles et de prix. Les questions environnementales et liées au changement climatique sont également abordées, donnant l’occasion d’expliquer que, dans les grands crus bordelais, la transition vers une viticulture durable est en marche. Les deux dégustateurs sont emballés par Léoville-Poyferré 2015, encore en pleine jeunesse mais dont la profondeur camphrée, le toucher de bouche velouté, le grain de tannins précis et élégant, conclu par une note d’eucalyptus, illustre à merveille l’identité Saint-Julien.
Stand F8

Également présents à Lyon Tasting :
– Vignobles de Larose (Haut-Médoc / Saint-Estèphe)
– Château Lascombes (grand cru classé, Margaux)
– Château de Pressac (grand cru classé, Saint-Émilion)
– Château La Gaffelière (grand cru classé, Saint-Émilion)
– Château Pindefleurs (Saint-Émilion grand cru)
– Château Troplong-Mondot (grand cru classé, Saint-Émilion)