L’appellation Condrieu en trois vignerons, François Villard, Bryan Deleu et Yves Cuilleron et quatre cuvées pour mieux faire découvrir ce vin de gastronomie.

« Comprendre l’équilibre du viognier aromatique et parfois exubérant, soyeux en bouche, et comment préserver sa fraîcheur qui lui a parfois manqué » Laurent Derhé, MOF Sommellerie et président des sommeliers de Rhône-Alpes a annoncé ainsi la master class Condrieu animée par Sylvie Tonnaire, rédactrice en chef de Terre de Vins. Et de restituer en quelques mots l’appellation monocépage née en 1940 sur sept communes et trois départements (69, 42, 07). Elle s’étend aujourd’hui sur 209 hectares mais à failli disparaître dans les années 70, sauvée notamment par un certain Georges Vernay, amoureux du viognier sur ses terrasses granitiques à 150-300 m d’altitude exposées sud sud-est sur la rive droite du Rhône. « Ça fait 15 ans que l’on fait des vendanges estivales alors que dans les années 90, on les faisait à l’automne mais on se battait pour avoir de la concentration et de fait, on récoltait des raisins en surmaturité, d’où des vins plus opulents » rappelle Francois Villard. « Nos sols granitiques et notre climat apportent au viognier de beaux amers et surtout l’équilibre mais il est de plus en plus planté partout et surtout trop au sud où il est souvent plus lourd » complète Yves Cuilleron. Condrieu était illustré par trois vignerons et quatre cuvées, François Villard pour Les Vins de Vienne, Bryan Deleu du vignoble éponyme et Yves Quilleron du domaine Cuilleron.

Les Vins de Vienne sont nés en 1998 créés par Pierre Gaillard, Yves Cuilleron et François Villard qui s’étaient déjà associés deux ans auparavant pour faire renaître le vignoble de Seyssuel sur la rive gauche. « L’idée était de créer une petite maison de négoce pour les rouges, un an plus tard pour les blancs, précise Francois Villard. On produit aujourd’hui 650 000 bouteilles issues des 25 hectares en propriété, de l’achat de raisins en Rhône Nord, de vins en Rhône Sud sans oublier un Côtes-du-Rhône, même si nous sommes plus connus pour nos vins du Nord ».

La Chambée 2020 (35€) : issu de vignes en propriété et d’achat de raisins, « le plus précoce depuis une soixantaine d’années mais avec la fraîcheur d’un millésime tardif tout en restant riche sans être débordé par le côté solaire ». Vinifié en levures indigènes, élevé sur lies en bois neuf. Un nez frais et floral, aromatique, des arômes de fleurs jaunes et blanches, d’acacia, d’épices douces, d’abricot frais, une note d’eucalyptus sur une belle acidité. À apprécier dès maintenant sur des bouchées à la reine, une terrine de foie gras, un souk de gambas

Bryan Deleu n’a pas encore fini sa troisième vendange. Originaire de la restauration, formé chez Yves Cuilleron, chef de culture de Pierre-Jean Villa, il a créé son domaine en 2019 à partir de 0,2 ha de vignes de plus de 35 ans. Un clos ceint de murs de pierre de 2,50m qui ne produit que 500 bouteilles. Le jeune vigneron vient de racheter une parcelle qui devrait lui permettre de doubler sa production. « Bien sûr aujourd’hui, il est compliqué de s’installer mais il est quand même possible de récupérer des petites parcelles d’abord en fermage, histoire de faire ses preuves ». Cuvée Poème 2020 (35€) : fermenté en barriques et élevé en demi-muids de 400 litres sans bois neuf. Fruité, net, une note de sous-bois, un zeste de kumquat sur une tension saline et de beaux amers. À goûter avec un saumon à l’unilatéral, un risotto aux champignons, des girolles à la crème

Yves Cuilleron, outre être l’un des trois associés des vins de Vienne, est la troisième génération sur le domaine familial et l’un des artisans de la renaissance du Condrieu dans les années 90. « À l’époque, il y avait plus de terres disponibles et peu chères. » Il a donc agrandi au fur et à mesure le vignoble sur plusieurs appellations, à la tête désormais de 90 ha dont 12 en Condrieu. Cette cuvée des Chaillets (du nom des murets qui sillonnent le vignoble en terrasses) est produite à 15 000 bouteilles.

Les Chaillets (40€) : issu de granit biotite qui donne des vins plus ronds et minéraux. Une vinification traditionnelle en levures indigènes, élevage en fûts pour moitié en foudres de 30 hl pour davantage de fraîcheur et de fruit, et l’autre moitié en barriques pour la micro oxygénation avant l’assemblage des deux. Sur des arômes d’abricots mûrs, beurré et moelleux, des notes de menthe, de miel et d’épices. À goûter avec un poulet aux pêches, des ris de veau croustillants, un turbot au curry

La quatrième cuvée provenait également des vins de Vienne, le lieu-dit Jenraude 2020 : une parcelle juste au-dessus de l’enclave de Château Grillet, micro-appellation de 3,5 ha exclusivement en viognier comme Condrieu. « Et pour ce vin, on est obligé de parler de minéralité associé à la salinité qui font des grands vins de garde, commente Francois Villard qui confirme que les Vins de Vienne viennent de racheter la parcelle. Salin, puissant et tendu et incisif après un élevage de 9 mois en fûts de chêne. À découvrir sur un turbot au four, un tagine de volaille au citron.