Dans un entretien au journal Sud-Ouest, Bernard Farges, président du CIVB, fait le point. Chute des exportations, débat sur les pesticides, veille de vendanges… Morceaux choisis.

2013, anus horribilis pour les vins de Bordeaux. Une récolte de 35% inférieure à l’année 2012. A l’export, les positions bordelaises s’érodent : moins 8% en volume, moins 11% en valeur. Et depuis cet été, suite à l’intoxication des élèves d’une école médocaine suite à un épandage, les pratiques du monde viticole sont placées sur le banc des accusés. Bernard Farges, président du Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB), s’explique.

Les vendanges des rouges (91% du vignoble bordelais) sont en passe de démarrer, comment se profilent elles?

Après un printemps favorable pour la vigne, un été maussade, nous avons depuis fin août un temps idéal pour ce millésime 2014. Nous engrangeons heure après heure, des facteurs de qualité qui se renforcent.
Les volumes sont intéressants. Une belle récolte 2014 en vue après une récolte 2013 la plus petite depuis 1991. Malgré tout, des points qui ont souffert sur le médoc suite à la grêle de mai et les conséquences des gros orages de 2013, sur les zones les plus sinistrées.

Il y aura quantité et qualité ?
Qualité pour les blancs c’est acquis, pour les rouges cela se passe pour le mieux. Les premiers rouges seront ramassés autour du 20. Les rosés vont démarrer assez vite. Nous sommes assez sereins. La qualité, on le saura lorsque le vin sera vinifié que nous aurons goûté les premières cuves.

Il y avait urgence à refaire les stocks ?
Nous sommes à des niveaux de stocks faibles, les plus faibles depuis 1999. C’est important parce que nous avons besoin d »un stock de travail pour vendre du vin. Quand l »offre est moindre parce qu’il y a moins de produit et que la demande reste importante, ça crée des tensions. Il faut un équilibre et un ratio de stock cohérent.

Cette question des stocks explique les mauvais chiffres ?
On savait depuis la récolte 2013 que commercialement ce serait mauvais. On les avait vu venir.

Les exportations souffrent, le marché chinois qui a été une locomotive dégringole, moins 24% en volume, moins 27% en valeur, pourquoi ?
Trois raisons : d »abord les lois anti-corruption qui durcissent les règles sur les cadeaux, les banquets pour toute la fonction publique. Les vins chers comme les cognacs ont vu les marchés se resserrer.
La consommation n’a pas beaucoup baissé en Chine, la filière distribution a dû s’organiser. Des stocks intermédiaires ont été constitué puis revendus par des personnes qui se sont improvisées distributeurs. Cela nous touche.
Enfin : 80% des vins en Chine sont des vins de cœur et d »entrée de gamme. Les volumes de la récolte 2013 auraient dû se vendre en 2014, mais on ne peut pas vendre ce que l’on n’a pas produit.
Un redémarrage se dessine, les mois prochains sont à suivre avec attention.

Le premier débouché des vins de Bordeaux reste la France, même tendance ?
Les chiffres en grande distribution ne sont pas bons : moins 4%. Au global nous sommes tout de même à plus 1, 2%. Dans le détail cela donne des rouges en baisse moins 2%, des blancs en hausse de 1%, des roses à plus 7%.
Globalement le bilan est difficile mais on s’y attendait.

Comment rebondir ?
Nous venons de proposer la quatrième variante de la fête du vin à Bruxelles (après Bordeaux, Hong-Kong et Québec, NDLR) on insiste sur la promotion verre à la main. On est prêts pour le rebond, avec un bon millésime qui arrive, et un travail de communication important à venir.

Pour compléter le tableau de l’année, avez-vous conscience d’une certaine défiance qui apparaît concernant les pratiques viticoles ? On songe à l’épisode des pesticides, cet été.

Ce qui s’est passé est un éclairage violent sur ce sujet. L’origine c’est un travail qui a été mal fait ce jour là. On peut éviter de traiter près d’une école où les élèves sont présents. Lorsque les pratiques ne sont pas conformes au bien vivre ensemble o à la réglementation, on ne le défend pas. Mais au lieu d’envisager des réglementations qui s’appliqueraient partout, pour tous, en tout temps, sans résoudre grand chose et en stigmatisant tout le monde, nous devons faire attention sur des lieux précis en mettant un peu de bon sens paysan. A priori nous sommes capables de le faire.

La pollution, l’utilisation des pesticides c’est un sujet tabou pour la filière ?
Ce qui est tabou, c’est les progrès que nous avons fait et ceux que l’on fait. Le travail mis en place à travers les certifications : le bio, l’agriculture raisonnée, les différents labels des démarches dans lesquelles des centaines de viticulteurs sont engagés. Pas un viticulteur ne travaille de la même façon qu’il le faisait il y a dix ans.

Quelles mesures concrètes avez-vous pris ?
Nous avons lancé le SME (système de management environnemental) qui est un outil d’évaluation progressive qui détermine des pratiques plus neutres pour l’environnement, la gestion des effluents, nos emballages. 400 viticulteurs, 10% du vignoble en Gironde sont engagés dans ce SME qui amène à la certification.
On est dans un mouvement puissant, ça touche beaucoup de surface, et il faut que nous allions au delà. Nous avons adopté un plan climat 2020 qui prévoit moins 20% d’émission de gaz à effet de serre , moins 20% de carburants, 20% d’économie en eau…
On va vite mais l attente sociétale va encore plus vite. Nous sommes sur un chemin, on avance rapidement. Ces progrès ne sont pas connus, c’est à nous de le faire savoir.

Propos recueillis par Xavier Sota. Lire l’intégralité de l’entretien en suivant ce lien.