Camille Izarn rejoint sa maman Cathy aux commandes du domaine Borie la Vitarèle, à Saint-Chinian. Au salon Millésime Bio, la nouvelle réjouit, étonne aussi : journaliste de formation et par passion, Camille Izarn ne se destinait pas à la vigne et au vin. Après le décès de son père Jean-François, on serait tenté de dire que la vie en a décidé autrement. Mais non, c’est bien Camille qui a décidé.

Au salon Millésime Bio, Cathy et Camille Izarn tiennent le stand du domaine Borie la Vitarèle ensemble, côte à côte, avec une complicité affichée. La femme et la fille de Jean-François Izarn, décédé en 2014, tiennent les rênes du domaine d’une main franche, pas sans peur mais bien avec la volonté d’y aller. Depuis un peu plus d’un an, Cathy, la maman, tenait bon le fort de ce domaine, pionnier en bio et biodynamie, figure de proue de l’appellation Saint-Chinian.

Au moment du départ de Jean-François, Camille venait d’être diplômée de l’école de journalisme d’Aix en Provence et avait décroché un premier travail à Paris pour BFM TV. « Je lui ai dit ‘fais ton train, vis ta vie’ et j’ai assuré la continuation de l’œuvre de Jean-François. Puis j’ai vite vu qu’il allait falloir prendre des décisions de plus long terme », résume Cathy Izarn.

« Dans la vie, on ne triche pas longtemps ! »

Les vendanges 2015 sont, de l’aveu de la mère comme de la fille, le moment décisif. « J’avais passé un an à Paris, vécu ma vie de pigiste et dans ma tête la décision était prise : j’avais fait les études pour, j’étais lancée dans cette vie professionnelle, j’étais journaliste, point. Puis il y a eu ces vendanges et un gros moment de doute et de réflexion quand Maman m’a proposé de la rejoindre. J’ai grandi au domaine, avec, en toile de fond, la question de savoir si je reprendrais un jour. Mais ce n’était pas pressé, pas concret, c’était loin… Puis tout a changé. Et là au domaine j’ai été face à ce doute immense, émotionnellement très lourd, mais qui m’a menée à une vraie réflexion. Car, que je décide de rester ou pas, je ne voulais faire ce choix ni par obligation ni par souci de décevoir qui que ce soit, mais vraiment parce que je m’y reconnais. De toutes façons, dans la vie, on ne triche pas longtemps, on est rattrapé tôt ou tard ! »

Et Camille décide de rester. « Je lui ai dit, ‘tu dois tout faire, on se partagera les tâches après !’ Elle va s’investir sur la partie viticulture et œnologie, elle a la formation et le talent pour la commercialisation, la communication, mais je ne me fais pas d’illusions, je sais que je vais me taper la compta encore un moment ! » sourit Cathy Izarn.

Un nouveau chapitre

Engagée, Camille l’est : avant d’entamer son BTS viti-oeno en 2017 (« je suis fille de vigneron, j’ai grandi au domaine, mais je veux la connaissance théorique et scientifique »), elle part dans quelques semaines en Nouvelle-Zélande pour y suivre les vendanges et les vinifications 2016 (« j’ai voulu la Nouvelle-Zélande pour une approche de la vinification sans formatage par une tradition, sans à-peu-près aussi car les vignerons néo-zélandais sont extrêmement rigoureux »).

« J’ai peur, j’ai très très peur, mais on y va », résume Camille Izarn avec une franchise désarmante. « On va ouvrir un nouveau chapitre, on sera toutes les deux, plus personne ne nous interdira l’entrée de la cave parce qu’on est des femmes (c’était une blague que Papa faisait). J’ai eu ce déclic aux vendanges, j’avais déjà vendangé bien sûr, mais en fait j’avais juste ramassé du raisin jusqu’ici. Là j’ai vécu ce millésime 2015 incroyable de stress, où on décidait de la date des vendanges la veille pour le lendemain, parce que tout était mûr en même temps… J’ai couru à la vigne, couru au chai, vécu ce millésime avec une intensité que je n’imaginais pas. Je ne sais pas si je peux parler d’appel du terroir sans passer pour une prétentieuse (elle rit) mais croyez-moi ça y ressemble ! »