Natacha Chave (photo P. Martinez)
Natacha Chave (photo P. Martinez)

L’appellation Crozes-Hermitage avoisine désormais les 20% de sa superficie en bio et attire de plus en plus de vignerons. Une belle prouesse sur des terres longtemps partagées avec l’arboriculture gourmande en traitements.

L’appellation est fière de sa success story avec une superficie qui a doublé pour atteindre plus de 1600 ha en 2017 et le double en réserve. Depuis une dizaine d’années, cette réussite s’est traduite par la hausse du prix du vrac comme des bouteilles, la reprise des domaines familiaux par les jeunes générations, des sorties de la coopérative pour s’installer en cave particulière et une proportion croissante de vins en bio, autour de 20%, le double de la moyenne nationale. Une proportion d’autant plus étonnante que le culture arboricole (pêchers, abricotiers) dans la plaine a reposé pendant longtemps sur des traitements phytosanitaires massifs. Bien sûr, il y a les précurseurs, Laurent Combier, Alain Graillot, David Reynaud, Chapoutier en biodynamie… Même la cave coopérative de Tain s’est lancé dans la production de vins bios (plus de 90 ha aujourd’hui) et même de vins sans sulfite depuis le millésime 2015. Un nombre croissant de jeunes vignerons délaissent aussi la coopération pour s’installer en cave particulière et sautent d’emblée le pas du bio.

« La diversité est rassurante »

Natacha Chave, fille et sœur de vignerons, a d’abord choisi philo, par passion, mais savait que son autre passion pour les vignes, gènes obligent, la rattraperait un jour. « J’aime tellement la syrah du Rhône que la travailler est devenue une évidence. Après être repassé par une formation à Suze-la-Rousse, j’ai regardé dans le sud de la Drôme mais les exploitations étaient trop grandes et trop mécanisables ; moi je voulais un terroir qui se méritait ». Elle trouve finalement des vignobles en coteaux, en Saint-Joseph, des syrahs de 50 ans en Crozes-Hermitage, acquis par petits bouts pour créer le domaine Aléofane, du nom d’une île d’un roman de John Mac Millan Brown où le vin était considéré comme un bien rare mais guérisseur. Natacha élabore une seule cuvée en rouge dans chaque appellation et depuis 2012 un crozes blanc (marsanne-roussanne) sur un total de 6,5 ha. Elle vinifie ses parcelles séparément pour assembler seulement en fin d’élevage avec le moins d’intervention possible et aime suivre tout le cycle du vin et la typicité du millésime. L’amoureuse de syrah a replanté des serines, souches originelles de la syrah, en sélection massale venant du domaine Clusel-Roch « parce que la diversité est rassurante et je trouve que ces raisins à petites baies espacées donnent des vins plus floraux et aériens ». Le bio aussi était une évidence pour la vigneronne qui aime les défis et s’intéresse de plus en plus à la biodynamie avec d’autres vignerons de la région comme Sylvain Badel, Laurent Habrard, Manu Barou, Lucie Fourel…

Faire confiance au terroir

Lucie Fourel est sortie de la coopérative de Tain pour s’installer avec sa sœur Nancy et créer le Domaine des Quatre Vents qui produit aujourd’hui trois rouges et deux blancs. « L’idée était de faire des vins qui nous plaisent, gourmands et sans maquillage, avec un minimum d’intrants ». Quelques parcelles passent en bio dès 2007, tout le domaine d’une dizaine d’hectares est certifié depuis 2012. » Il est vrai que la partie viti est parfois compliquée par ici ; heureusement que mon grand-père et mon père (que l’on voit encore régulièrement sur le tracteur) travaillaient les sols depuis longtemps ». Lucie n’a pas eu le temps de faire viti-oeno comme elle l’aurait voulu et sa sœur était comptable auparavant mais les deux vigneronnes font confiance au terroir « et on compense le manque de théorie par les risques que l’on prend ».