(photos I. Bachelard)
(photos I. Bachelard)

Depuis des années qu’ils se battent pour que leur vin pétillant bénéficie de l’appellation contrôlée, les vignerons de Montlouis-sur-Loire voient leur ténacité récompensée. La récolte qui se prépare devrait être étiquetée AOC Montlouis-sur-Loire Originel.

Pet’nat, pétnat ou pétillant naturel, tout le monde a eu l’occasion d’apprécier un de ces vins effervescents, frais, légers, éminemment digestes, qui ont commencé par faire les beaux jours des bars à vins branchés avant de se retrouver à l’apéritif des tables les plus sophistiquées – et en rupture de stock chez les vignerons la moitié de l’année. Mais sait-on que le pays qui les a mis à la mode est celui de Montlouis-sur-Loire, appellation ligérienne située sur la rive gauche de la Loire, juste en amont de Tours ?

Un technique maitrisée

L’appellation Montlouis-sur-Loire n’est pas très vaste, puisqu’elle ne couvre que 450 hectares. Elle a été reconnue dès 1938, c’est-à-dire deux ans après sa cousine de Vouvray, juste de l’autre côté de la Loire, avec une production assez similaire de vins blancs issus du cépage chenin, vinifié en sec, demi-sec, doux ou effervescent. La différence est que Montlouis n’avait droit pour ses bulles qu’à la méthode traditionnelle, c’est-à-dire l’apport de sucre et de levures pour provoquer une 2ème fermentation en bouteille, comme en Champagne. Nombre de vignerons faisaient aussi des pétillants, c’est-à-dire qu’ils embouteillaient avant la fin de la fermentation, laissant une partie du sucre des raisins et les levures indigènes poursuivre la fermentation dans la bouteille, sans aucun ajout (sauf un peu de soufre). Ces vins n’avaient pas droit à l’appellation et se vendaient donc en Vin de France, alors qu’ils avaient toutes les caractéristiques de leur terroir. Ce sont les “Nouveau Nez” de la Grange Tiphaine, le “Bubulle” de Lise et Bertrand Jousset, le “Triple Zéro” de Jacky Blot, la “Bulapapa” de La Croix Mélier et l’”Origine M” de la cave des producteurs de Montlouis.

L’élaboration de tels vins est loin d’être facile et “naturelle”, car il faut maitriser la quantité de sucre, celle d’azote assimilable et la température qui permettra la fermentation idoine. Une erreur minime pourrait conduire à un vin douçâtre avec peu de bulles, juste le contraire de la fraîcheur souhaitée ! Dès 2007 les vignerons qui maitrisent la technicité de cette élaboration ont souhaité protéger leur savoir-faire et lui donner une place entière dans leur cahier des charges. Le président de l’époque François Chidaine a encouragé cette ambition. Il a fallu plus longtemps que prévu pour parvenir au résultat.

La reconnaissance de Montlouis-sur-Loire Originel

Le nouveau cahier des charges est désormais accepté et la marque déposée “Originel” devrait venir compléter la gamme de vins de Montlouis pour la récolte 2020, si les dernières signatures sont bien reçues. Même si les vins se sont fait connaître comme “pétillants naturels”, il est évident que le terme naturel ne pouvait être accaparé par personne et que le mot “Originel” a été choisi pour l’évoquer. “C’est un pét-nat d’AOC avec une triple dimension terroir – millésime – vigneron” explique Damien Delecheneau, du domaine de La Grange Tiphaine, l’actuel président de l’appellation, qui se réjouit de voir la démarche ambitieuse couronnée de succès au terme de 13 années de travail. Le Montlouis Originel est issu de rendement identiques aux vins tranquilles (52hl/ha plutôt que 65hl/ha pour la méthode traditionnelle), la récolte est manuelle, la vendange est entière (ni éraflage, ni foulage), la filtration et les ajouts sont bannis. Donc pas d’enzymes, pas de levurage, pas d’enrichissement, pas de liqueur de tirage ou d’expédition. Un minimum de soufre est toléré, mais quelques vignerons prennent le risque de s’en passer.

Montlouis On The Rock : les vignerons de Montlouis avaient prévu leur premier évènement professionnel pour le 18 mai. La Covid-19 en a décidé autrement. Ils ont une année pour se préparer encore mieux pour Mai 2021. La manifestation aura lieu au voisin Château de la Bourdaisière, qui a dû annuler sa Fête des Plantes et du Printemps, mais espère accueillir son fameux Festival de la Tomate et des Saveurs les 12 et 13 septembre prochains.