photos : Damien Delecheneau
photos : Damien Delecheneau

Au domaine de la Grange Tiphaine (Amboise, 37) les Delecheneau sont au travail. Ils préparent la vigne à supporter les petits matins les plus risqués de l’année. Les tours antigels sont prêtes à se déclencher.

“Notre première préoccupation du moment, ce n’est certainement pas le Covid-19” affirme Damien Delecheneau : “Dans ces périodes de travail des sols, quand le gel menace, on est moyennement cool. On fait entre 12 et 14 h tous les jours”. Depuis son tracteur, le vigneron multi-tâche qui anime les appellations Touraine-Amboise et Montlouis a confié à Terre de Vins ce qui fait le quotidien du domaine de la Grange Tiphaine, qu’il exploite avec sa compagne Coralie.

La sécurité des employés ?
Il n’y a de problème de distanciation, on laisse plusieurs rangs vides entre les personnes. Toute l’équipe est au travail, ils sont tous là, ils sont géniaux, ils savent que la nature n’attend pas. La taille finie, ils plient, ils attachent, ils s’occupent des jeunes pieds, des fils et des piquets. Ils sont sereins car on travaille sans risque, les parcelles sont assez grandes pour qu’on ne se marche pas dessus. Ils sont dehors, ils pensent à autre chose. Pour le moral, c’est bon d’être dehors.

Dans les vignes ?
Il n’y a pas eu d’hiver, comme l’an dernier. Le plus froid, on est en train de le voir cette semaine et sans doute la prochaine. Nous avons trois semaines d’avance. Mon travail c’est de mettre toutes mes vignes propres avant les gelées. S’il n’y a pas d’herbe, on est moins vulnérable au gel. Il y avait -4,5° hier matin : ça passe car le temps est sec, mais on annonce un peu d’eau avec de la gelée derrière. Il faut aussi appliquer les traitements de biodynamie au moment crucial, comme la pulvérisation de valériane, qui réduit la sensibilité au gel.

Distances respectées pour le travail de la vigne

Les tours antigel ?
Avant-hier on a mis en route les tours antigel à 5 heures du matin, avec les autres vignerons, à Montlouis comme à Amboise. Tout le monde a fait ce qu’il fallait, car on a le recul et l’expérience maintenant. Il faut rappeler que les tours antigel ne sont pas des éoliennes, elle fonctionnent seulement en brassant l’air relativement chaud d’en haut pour le rabattre vers le bas, ce qui remonte la température au sol des quelques degrés nécessaires. Il y a des tours fixes et des mobiles, l’avantage des mobiles est qu’on peut modifier l’emplacement en fonction du vent et être ainsi plus efficace. En ce moment avec 55-70% d’humidité, il n’y a pas trop de risque, on peut supporter -5°C ou -6°C. Mais plus l’humidité augmente, plus on s’expose.

Et les vins ?
Je suis tranquille car les premiers vins de 2019 sont en bouteilles. Je fais toujours une mise de printemps et une avant les vendanges. J’ai un prestataire depuis quinze ans, avec qui je fixe les dates de mises plusieurs mois d’avance, en fonction du calendrier lunaire. Mars, cela peut paraître tôt, mais pas tant que cela puisqu’on ne vendange plus en octobre. De plus je tiens à être disponible à 100% dans les vignes quand le travail extérieur est indispensable.

Confinés en famille ?
Mes enfants sont en train de connaître les métiers du vigneron. Le matin, ils font leurs devoirs et leur musique, et l’après-midi, il viennent faire de petites tâches. Ils voient ce qui est essentiel et rendent un fier service. Ils ont attaché les vignes, là ils sont en train de mettre les protections autour des jeunes pieds, afin qu’ils ne soient pas bousculés lorsque je passerai avec les griffes. Demain ils feront du cirage de bouteilles en écoutant des tutos. Ils ne voient pas le temps passer mais se posent aussi des questions. L’un deux m’a dit “Heureusement qu’il y a le confinement Papa, vu les heures que tu fais, qu’est ce que ce serait autrement ?”

Ci-dessous : Damien Delecheneau se photographie en train de faire une pulvérisation de valériane. Pas besoin de combinaison ou de masque, sa cagoule le protège seulement de l’humidité.