A la direction de l’Alliance des Crus Bourgeois du Médoc depuis septembre 2019, Jennifer Mathieu fait le point sur l’actualité et les projets des Crus Bourgeois, à commencer par la Grande Dégustation des Crus Bourgeois du Médoc, événement organisé par Terre de Vins le 4 novembre prochain, à la Faïencerie de Bordeaux. Une vente privée en partenariat avec la Vinothèque aura lieu du 1er au 8 novembre sur le site ventesprivees.com

Quels sont les atouts des crus bourgeois pour séduire les consommateurs ?

C’est une grande famille de 249 châteaux avec une vraie variété de style où chacun peut trouver le château qui lui convient. Par ailleurs ce sont des vins qui sont accessibles en terme de budget, entre 10 et 20 € en moyenne. Des vins à apprécier en toutes occasions et pas uniquement pour les grands évènements.

Quelles sont les perspectives pour le classement 2025 ?

Un engagement encore plus fort en faveur de l’environnement. Pour le classement 2020, nous avions demandé une inscription dans une démarche de certification environnementale de niveau 2 (ex HVE2) si l’on souhaitait être seulement cru bourgeois (CB). Mais si l’on voulait être crus bourgeois supérieurs (CBS) ou cru bourgeois exceptionnel (CBE), il fallait avoir obligatoirement la certification de niveau 2. Pour le futur classement 2025 ce seront la totalité des châteaux qui devront, cette fois-ci, être certifiés à minima en niveau 2. Et pour CBS et les CBE, ils devront être, en plus, certifié HVE 3. Nous augmentons l’exigence. Les certifications restent un prérequis obligatoire pour les candidatures.

L’autre changement porte sur l’évaluation de la qualité des vins. Pour le classement 2020 elle portait sur 5 millésimes choisis par le château, allant de 2008 à 2016 (9 possibilités). Pour 2025 elle portera aussi sur 5 millésimes qui vont de 2017 à 2021, sauf accident climatique comme en 2017 où certains châteaux n’ont pas produit : dans ce cas on fait appel au millésime précédent. Le dégustateur connaîtra les 5 millésimes dégustés, c’est un vrai stimulant pour améliorer la qualité des vins proposés. La propriété procède à des mises en bouteilles dont une partie sera mise sous scellés par l’organisme de vérification. Cela permet de sécuriser et de garantir le dispositif de dégustation.

Comment les Crus Bourgeois se donnent-ils une visibilité auprès du grand public et des importateurs ?

Il y a une communication à deux échelles : l’une vers les professionnels et l’autre vers le grand public. Jusqu’à présent cette communication a été empêchée par le contexte sanitaire et nous avons dû l’axer sur le digital. Cela a été une vraie nouveauté dans notre activité de communication et cela nous a permis d’avoir un lien plus direct avec le consommateur. En année classique, et pour les professionnels, des dégustations sont organisées soit sur les marchés en direct soit au travers de salons. Pour les courtiers ou négociants, il y a un mois à Bordeaux pour les livrables. Nous allons également organiser une dégustation à Londres, dans un mois, pour les grands acheteurs et les journalistes. Puis, une tournée en Asie: la Chine avec 4 ou 5 villes et un marché complémentaire comme le Vietnam. Enfin aux Etats-Unis. Au-delà de ces présentations, l’Alliance des Crus Bourgeois du Médoc fait tout un travail de formations, en présentiels ou en visioconférences.

Pour le grand public, l’organisation d’un évènement autour des crus bourgeois, « la grande dégustation des crus bourgeois du Médoc » en partenariat avec Terre de Vins, a été un succès qui nous a agréablement surpris les années précédentes.

Comment les crus bourgeois sont-ils perçus à l’étranger ? Ont-ils une visibilité ?

La mention Cru Bourgeois est une reconnaissance et un gage de qualité. Nous pouvons cependant, toujours faire mieux car on a été gêné par le contexte et il y a marge de progression possible. On aimerait développer la partie formation et digital sur de nouveaux marchés et nous rendre aussi sur de nouveaux salons.

Y aura-t-il des dégustateurs internationaux reconnus dans les prochains jurys de dégustation ? Cela ne donnerait-il pas davantage de crédit à la mention crus bourgeois notamment pour l’exportation ?

Le nom des dégustateurs pour le prochain classement n’est pas encore connus et surtout pas encore figé. Les professionnels peuvent candidater pour chaque classement avec son cv, son parcours, et son indépendance par rapport aux propriétés candidates seront étudiés. Il est donc aussi possible que des internationaux participent. Une contrainte à satisfaire est le seuil de présents à avoir car nous formons les dégustateurs en amont et cela demande d’être présent de façon récurrente : les dégustations se font sur plusieurs mois. Cela peut donc devenir compliqué pour un étranger d’être présent toutes les deux ou trois semaines. Nous veillons aussi à avoir un certain équilibre entre des professionnels de la dégustation, œnologues ou courtiers, et les professionnels côté achat. Avoir donc une meilleure mixité de profils. Un cru candidat est évalué deux fois par un jury de 5 personnes, à deux dates différentes. L’alliance est transparente sur ce fonctionnement. Il s’agit de déguster à l’aveugle les 5 millésimes, seul les millésimes sont connus.

Le prix des inscriptions aux mentions complémentaires étaient jugés élevés par certains châteaux. Ces prix changent-ils ?

Les prix ne vont pas changer pour le classement 2025, car nous sommes engagés pour deux classements avec l’organisme de vérification. Donc, un château candidat pour la mention CB paiera 8000 € et s’il candidate pour une mention complémentaire telle que CBS ou CBE il paiera en plus 4000 € (donc 12 000 € au total). Le candidat aux mentions complémentaires devra rendre un dossier qui va traiter de deux grands thèmes : l’itinéraire technique de la propriété et la stratégie de commercialisation et de communication. Chacun de ces thèmes est divisé en 5 sous thèmes. Ce dossier complémentaire va être soumis à l’analyse d’experts sur ces deux champs, et il y aura une visite sur site de vérification. C’est un travail assez long qui a un coût.

Dans les critères d’attribution de la mention CB, il y a la dégustation (la qualité du vin). Le poids de ce critère est-il bien perçu par le dégustateur à qui on dit qu’il y a d’autres critères ?

En fait, la dégustation se fait sur 40 points et c’est le seuil d’entrée qu’il faut franchir pour toutes les candidatures, CB, CBS, et CBE et prétendre à la mention : un préalable donc. Les notes de dégustations sont converties en points. Pour être CB, il faut entre 10 et 14 points (on ne peut être classé en dessous de 10 points), pour être CBS il faut un minimum de 15 points et pour être CBE il faut avoir au moins 28 points. On voit que le seuil d’exigence sur la qualité du vin augmente en fonction du rang auquel on aspire à être classé. Donc le point d’entrée et le cœur du classement, c’est la dégustation. La qualité du vin est donc garantie, avec un niveau d’exigence plus élevé. Au-delà de la dégustation, sont évalués les 10 sous thèmes dont on a parlé : aucun n’est éliminatoire.

Et cet évènement, le 4 novembre, à la Faïencerie à Bordeaux, on en parle ?

Oui. Rendez-vous le jeudi 4 novembre à partir de 18h : c’est « la grande dégustation des crus bourgeois du Médoc» avec les Bordelais. Cela fait maintenant quelques années que nous l’organisons en partenariat avec Terre de Vins. C’est devenu un incontournable de notre calendrier de promotion. C’est le seul évènement à Bordeaux avec une cinquantaine de propriétés qui sont présentes. Ce sont des dégustations très plaisantes, auxquelles nous sommes attachés, avec une bonne ambiance et qui nous correspondent bien.

  • Grande dégustation des Crus Bourgeois du Médoc, la Faïencerie, 24 rue de la Faïencerie, 33300 Bordeaux. Pass sanitaire obligatoire. 15 € l’entrée. Inscription ici.
  • Alliance des Crus Bourgeois du Médoc : 17 Rue Despax, 33200 Bordeaux

Tel : 05 56 79 04 11

Photos : Jean-Bernard Nadeau, Baudouin, Mickaël Boudot