Gérant du Premier Grand Cru Classé A de Saint-Emilion, président du Premier Cru Supérieur de Sauternes, et propriétaire en Entre-Deux-Mers, Pierre Lurton livre son ressenti sur ce millésime 2018.

« D’habitude, je suis un garçon un peu plus discret, commence Pierre Lurton, mais là, là, on tient une très grande bouteille, on signe un Cheval Blanc absolument remarquable, se réjouit-il. Ça me rappelle beaucoup 1998, un grand millésime de la rive droite et un grand millésime de Cheval, mais avec en 2018 peut-être un peu plus d’onctuosité et de puissance, tout en restant soyeux et très élégant. Cheval Blanc a trouvé son équilibre dans un rendement autour de 40 hL/ha, on a pu étaler les vendanges sur un mois pour ramasser avec une précision incroyable. Les points sont rapprochés, il est très pixelisé, mais les tanins sont mûrs, parfaitement aboutis. Si on pouvait parler de cachemire, ce ne serait pas un cachemire à un, ni deux fils, mais un cachemire à trois ou quatre fils ! On peut passer l’hiver sans problème et inscrire l’élégance dans la durée ! (rires) Ce 2018 est un assemblage de 54% de merlot et 40% de cabernet franc, qui amène cette élégance, on a ces fruits noirs, un aspect très floral, sur la violette et la rose, et des fruits rouges. Il inclut également 6% de cabernet sauvignon qu’on a replanté il y a quelques années. On commence à l’utiliser dans nos vins, on en est très contents. C’est un peu le condiment, le poivre qui excite la sauce et fait rebondir le vin un peu plus loin. »

Du côté de Sauternes, et du légendaire Yquem, pas de dégustation primeurs en vue, « non pas parce qu’on a honte de ce millésime, mais parce qu’on a choisi de ne le faire déguster que dans un an et demi, presque en livrable. Yquem mérite d’être mieux que l’esquisse d’un échantillon précoce, il mérite de vieillir en barriques, d’être plus abouti et mieux construit, et se présentera un mois ou deux mois avant sa sortie », explique Pierre Lurton. Et de préciser : « de toute façon, vous le savez bien, si on n’avait pas trouvé la complexité et l’excellence, on ne l’aurait pas fait, rappelez-vous en 2012… » En termes de calendrier, « à partir du 17 septembre 2019, on sortira donc Yquem 2017, puis 2018 sortira en septembre 2020. Dès mai 2020, je ferai des opérations de relations publiques dans des points stratégiques à travers le monde pour le présenter, et le faire goûter aux journalistes qui le désirent. » Quel profil semble se dessiner pour ce 2018 ? « Le Botrytis arrivé tardivement est une chance, il nous offre une belle complexité. On n’a encore rien assemblé, mais j’ai goûté quelques lots, et il y a des très belles choses, confie le président du Premier Cru Supérieur de Sauternes. Même s’il est un peu tôt pour se prononcer, je pense qu’on sera sur un profil de fraîcheur, très élégant, comme les millésimes qu’on a depuis 2016. En revanche, on en fera un peu moins, car on a procédé à une sélection très serrée.  »

Quant à château Marjosse, propriété de Pierre Lurton à Tizac-de-Curton en Entre-deux-mers, « en 2018, on signe un grand vin. D’eux-mêmes, les gens qui le dégustent me disent ‘mais que s’est-il passé à Marjosse ?’ Ils sentent plus de puissance et d’onctuosité dans le vin. Je réponds : ‘il n’y a pas que l’étiquette qui s’est relookée avec un style art-déco et une nouvelle capsule, ou la bouteille de blanc transparente’… Derrière tout ça on a un élan nouveau de Marjosse, on s’est redonné des moyens. Le nouveau directeur technique, avec qui je parle tous les matins, a un discours viticole et œnologique merveilleux, je me régale avec lui. En plus de la viticulture, on s’est concentrés sur les parcelles les plus qualitatives. On a un fruit absolument précis, et on n’a pas dit notre dernier mot, on a plein d’idées. On est notamment en train de développer de nouvelles cuvées. »