Pendant toute la semaine des primeurs, les grands crus du Médoc sont réunis à Phélan Ségur. Rencontre avec Patrick Maroteaux, du château Branaire Ducru, qui nous donne son éclairage sur cette campagne 2012.

Rive gauche, si ce millésime ne saurait être comparé avec ceux de 2010 et 2009, en particulier en terme d’exubérance, le fruit risque en revanche d’être son meilleur allié. Suffisant pour se faire une place au soleil et convaincre les acheteurs ? Réponse avec Patrick Maroteaux de Branaire Ducru, 4ème grand cru classé de Saint-Julien.

Avant tout, quel est le climat de cette campagne ?

Tout le monde savait que cette campagne, du fait de la situation économique, serait difficile. Néanmoins, je note deux choses. Primo, beaucoup de gros opérateurs sont là. Secundo, les gens qui sont venus et qui ont goûté le vin, sont repartis avec un avis bien meilleur que celui qu’ils avaient en arrivant. De manière générale, ils sont plutôt agréablement surpris par ce qu’ils ont trouvé.

La campagne 2011 a généré une certaine frustration, sinon de l’incompréhension, notamment sur la question des prix. Cette campagne 2012 doit-elle être l’occasion de corriger le tir ?

Sur cette question des prix, on a tendance à oublier que de nombreuses propriétés ont fait des corrections très sérieuses en 2011. J’en fais partie. Mais surtout on ne met pas assez en lumière le fait qu’il y a à Bordeaux des niveaux de prix totalement différents : il y a des vins qui valent cinq fois, dix fois, le prix d’autres vins. On ne peut pas raisonner globalement. En 2011, les gens qui ont acheté du Branaire-Ducru en primeur et qui vont le mettre sur la table dans six, sept ou huit ans, ils n’auront pas fait un mauvais coup.

Si la puissance n’est la marque de fabrique de ce 2012, quel est son principal atout ?

C’est un millésime qui est marqué par le fruit. Tout ce qui est beau est très pur en définition de fruit. Les beaux vins dans le millésime sont élégants. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue qu’on a eu une période très intéressante dans le cœur de l’été. Entre la fin de la période difficile, c’est à dire vers le 25 juillet, jusqu’au 25 septembre, on a eu une très belle période. A Saint-Julien, entre le 29 juillet et le 22 septembre, on n’a eu que 13 millimètres de pluie. Ça les gens l’oublient. Ces deux mois de temps ont été intéressants. Surtout qu’il y avait des écarts de températures entre le jour et la nuit tout à fait favorable à de belles maturités. Et si on trouve aujourd’hui dans ce millésime des vins avec de très très belles définitions de fruit, ce n’est pas par hasard.

Un mot sur le Branaire-Ducru 2012 ?

On a l’habitude de classer nos millésimes dans quatre groupes différents. Les exceptionnels, les très beaux, les beaux et les autres. Mais pour nous, sans aucun doute, ce millésime 2012 se situera dans la première partie du groupe numéro deux, dans les très belles choses, sans être aussi exceptionnel que 2010, 2009, ou 2005. Mais 2012, c’est un enfant qu’on mettra sur la photo de famille sans aucun problème.

Ce millésime 2012 peut donc convaincre ?

Il est en train de trouver sa place, tel qu’il est, c’est à dire un millésime qui n’est pas aussi exceptionnel que les grands que l’on a connu dans les dix dernières années mais qui est un millésime sérieux. Un millésime dans lequel il est possible de trouver de très belles choses. Il est peut-être un peu plus hétérogène que d’autres grands millésimes, mais quand on compare avec des très grands millésimes, on trouve toujours des différences. Pour autant, c’est vraiment un millésime dans lequel on peut faire son marché et trouver des choses très bien.

Propos recueillis par Jefferson Desport