Propriétaire du château La Gaffelière, piloté par son fils Alexandre, le Comte Léo de Malet Roquefort s’est confié à “Terre de Vins” à l’occasion de notre hors-série Saint-Emilion, paru en octobre. Morceaux choisis.

Difficile d’écrire l’histoire de Saint-Emilion sans conter l’histoire de votre famille ?
Nous avons cette chance. Mon père est né à Saint-Emilion, mon grand-père, mon arrière-grand père, etc… Notre famille vit ici depuis le début du XVIIème siècle. Et notre propriété, La Gaffelière, existe depuis le IIème siècle. Des fouilles archéologiques ont montré l’implantation de la viticulture depuis ces temps-là.

Estimez-vous alors avoir la responsabilité d’être un ambassadeur de votre village ?
Bien sûr, être né ici dans un site gallo-romain me lie à la réputation des vins de Saint-Emilion. D’autant que La Gaffelière est classée depuis 1954 dans les grands crus classés, on a un devoir de pérennité et d’exemple vis-à-vis des autres viticulteurs. Et il y a toujours eu, du moins jusqu’à aujourd’hui, une grande amitié entre les propriétaires de Saint-Emilion. Dans cet esprit, j’ai préparé ma succession. J’ai cinq enfants dont trois sont concernés par le château La Gaffelière. Les deux autres sont sur d’autres acquisitions que j’ai réalisées au cours de ma vie comme le château Armens en Saint-Emilion Grand Cru ou La Belle Connivence, à Pomerol.

Vous parlez d’amitié, d’entente, quel regard portez-vous sur le classement qui connaît certaines difficultés ?
C’est très délicat car je ne voudrais pas paraître être un destructeur de l’image de Saint-Emilion. Déjà, lors de la révision en 2006, nous avons vécu quelques perturbations. Celle de 2012 a vu l’arrivée de nouveaux Premiers, en abondance…

Envisagez-vous à votre tour de rejoindre un jour Ausone, Cheval Blanc, Angélus et Pavie ?
Pourquoi pas ? Angélus a beaucoup travaillé, Pavie aussi, ils ont réussi à passer premiers A, c’est la décision de la commission. Avec Figeac, Beauséjour, Bel-Air et d’autres crus, La Gaffelière pourrait y prétendre mais il nous faut faire des efforts de communication. Sur le plan de la qualité, lors de dégustations à l’aveugle, La Gaffelière ressort quelquefois avec les tout premiers…

A ce sujet, les vins de Saint-Emilion ont-ils évolué depuis un demi-siècle ?
Indéniablement, il y a eu une évolution positive. On a toujours l’aptitude au vieillissement grâce à notre terroir, j’ai dans ma cave des 1904 ou 1911 qui tiennent encore la route. On fait encore mieux aujourd’hui, on travaille davantage en précision grâce à de grands œnologues locaux comme Michel Rolland ou Stéphane Derenoncourt. Les travaux actuels en vue de construire un nouveau chai vont en ce sens. On progresse toujours, comme à Pomerol ou dans le Médoc d’ailleurs.

Par rapport à la rive gauche, en quoi Saint-Emilion pourrait-il sortir son épingle du jeu ?
Ici, les propriétaires vivent dans leurs châteaux, du moins la grande majorité. Ça a du charme, nous nous recevons régulièrement, nous avons des liens ancestraux. Nous nous croisons également par la force des choses dans le village. Nous nous embrassons comme des frères en viticulture. C’est une valeur ajoutée pour Saint-Emilion. Les touristes, les amateurs de vin nous voient vivre.

Vous aimez l’art, l’audace… Une certaine idée de la France ?
Quand on aime le vin, on aime tout ça, les belles voitures, les grandes toiles, les grands restaurants, les femmes… Je les ai beaucoup aimées et elles me l’ont bien rendu. J’ai eu une vie assez heureuse, assez fructueuse.

Propos recueillis par Jean-Charles Chapuzet.
Photo Jean-Bernard Nadeau.

Retrouvez l’intégralité de l’interview dans “Terre de Vins” hors-série Saint-Emilion, toujours en kiosques.

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