Lassés de leur quotidien de citadins, ces anciens concessionnaires auto ont acquis en 2010 ce vignoble de l’Hérault qu’ils exploitent en biodynamie, avec conviction et passion. Une reconversion radicale, mais réussie.

A la façon de la réincarnation, certains ont deux vies en une. Avant de créer le domaine du Joncas, exploité en biodynamie, à Montpeyroux (AOC Languedoc), Pascal et Christiane Dalier ont déjà eu une autre carrière. Concessionnaires automobiles en Lorraine, ils ont tout plaqué en 2010 pour se lancer dans le vin. Un choix payant, que ces néo-vignerons ne regrettent pas un seul instant.

L’envie de nature. La passion du vin. Ce sont elles qui ont poussé le couple à changer de vie. « Nous étions à la tête d’une entreprise qui employait 120 personnes. Nous étions franchisés, nous n’étions pas maîtres chez nous. Nous avons eu envie de créer, d’être les instigateurs de quelque chose » explique Christiane Dalier. Pas de tergiversation supplémentaire. Ils vendent tout et réinvestissent dans des vignes. 8, 5 hectares à Montpeyroux, premier terroir de l’appellation Languedoc adossé aux contreforts du Larzac. Un choix géographique mûrement réfléchi, conditionné par les caractères qu’ils veulent imprimer à leurs vins. Dès le début de leur aventure viticole, ils savent exactement ce qu’ils veulent. « Des crus élégants, fins, pas trop extraits, pour éviter l’exubérance aromatique » décrit Pascal Dalier.

« Rien de grand ne se crée sans passion »

De la passion et de la détermination, il en a fallu une bonne dose à ces apprentis viticulteurs pour relever le défi. Christiane Dalier se souvient : « Pascal était déjà passionné de vin de longue date. Il a potassé les livres qu’achètent les étudiants en œnologie et viticulture. » Cet autodidacte complète ses connaissances théoriques par l’expérience pratique. Durant un an, il suit le cycle de production sur la propriété d’Alain Chabanon, à Montpeyroux. Puis éduque à son tour sa femme au vin.

Il applique les connaissances engrangées dès l’acquisition du domaine. Sur les 8, 5 hectares que compte la propriété, cinq sont alors déjà en culture biologique. Il les convertit immédiatement à la biodynamie. Puis en 2012, c’est au tour des 3, 5 hectares restants. Aujourd’hui, la totalité de l’exploitation est en biodynamie. Pour les cépages rouges, le vignoble est planté en Syrah, Grenache et Cinsault. L’encépagement en blanc est lui composé de grenache gris, et, plus atypique dans cette région, de riesling « auquel se prête à merveille le terroir du domaine.»

La biodynamie comme religion

La culture biodynamique est une vraie philosophie de vie. Pascal et Christiane Dalier font confiance à la nature. Leur volonté ? Obtenir une « belle matière première » pour pouvoir la sublimer, sans jamais en masquer ou en intensifier les traits. Dans cette idéologie, les engrais et autres produits chimiques sont bannis. Les vendanges et le tri sont manuels pour préserver au maximum les baies. Au chai, les viticulteurs utilisent des cuves ovoïdes en béton, ainsi que des foudres et barriques anciennes, pour éviter les arômes boisés trop prononcés.

Au total, six cuvées (trois rouges, un rosé et deux blancs) sont produites sur la propriété. Toutes nommées de patronymes occitans, elles sont commercialisées entre 9 et 25 €. A la Rochelle, la propriété a fait « carton plein ». « Nous avons bien vendu nos rouges et blancs, et nous ne ramenons même pas une seule bouteille de rosé ! » constate avec joie Christiane Dalier.

Un succès logique pour des vins régulièrement distingués dans les sélections de magazines spécialisés et les concours (notamment le World Wine Awards de Decanter), et présents sur des tables gastronomiques (Christopher Coutanceau à la Rochelle, Chez Camillou en Languedoc, la Maison dans le Parc à Nancy). Plus d’infos sur www.domaine-du-joncas.com

Laura Bernaulte