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Sauternes : de la qualité et enfin du volume!

Auteur

Michel
Sarrazin

Date

19.11.2022

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Après une série de millésimes difficiles, 2022 aura connu lui aussi quelques vicissitudes mais celles-ci ont été compensées par une très belle qualité de vendanges et un rendement moyen que l’appellation n’avait pas connu depuis longtemps : une bouffée d’oxygène dont elle avait bien besoin.

Jean-Jacques Dubourdieu, co-président de l’appellation et propriétaire de Doisy-Daëne, égrène ce que furent les cinq dernières années. 2017, le gel ; 2018, la seule année satisfaisante ; 2019, « il y a eu beaucoup de casse car nous avons dû beaucoup jeter à cause de la pluie » ; 2020, la grêle ; 2021, un gel sévère et pratiquement pas de récolte. Autant dire que 2022 était attendu avec une acuité particulière.

Un calendrier météorologique à suspens

Patrick Lamothe du château Haut Bergeron le décrit, en insistant sur le stress que les viticulteurs ont connu : «Nous avons gelé, début avril. Mais il a fait chaud de suite après les gelées et le contre bourgeon a démarré rapidement ». Il poursuit sur l’épisode qui a suivi : « la sécheresse ? on s’en n’est pas trop soucié au départ. Mais il y a eu de l’inquiétude ». Une inquiétude justifiée car si la vigne a plutôt bien encaissé le déficit hydrique, l’absence de pluie bloquait le développement du botrytis, ce champignon que les viticulteurs de Sauternes Barsac attendent avec impatience car c’est lui qui déshydrate la baie du raisin et permet au jus de gagner en concentration, tout en apportant des arômes particuliers et recherchés (miel, coing, abricot, fruits exotiques et fruits confits).

Sandrine Garbay ne dit pas autre chose et donne la date ou tout a basculé : « il a plu du 24 au 29 septembre ». Si bien qu’il y a un avant et un après et donc deux qualités de raisins, chacune présentant ses avantages. Elle poursuit : « les premières tries avant la pluie ont donné des raisins plutôt passerillés ». Puis il a fallu attendre un peu que la pluie installe un climat humide et que le botrytis se développe sur le grain (voir photo). Tout s’est accéléré sur les 3 ème et 4 ème semaine d’octobre, avec de très belles tries, très homogènes.

©DR

Une variété de lots

« On va bien s’amuser sur les assemblages avec des différences de style entre le début et la fin des vendanges » déclare Jean-Jacques Dubourdieu.

Avec ces contraintes de stress hydrique et de fortes chaleurs, les deux cépages emblématiques, le sauvignon et le sémillon, n’ont pas réagi de la même manière : il faudra en tenir compte. De plus, raisins passerillés et raisins botrytisés ne donnent pas les mêmes résultats : « les grains passerillés ont du goût. Ils vont apporter le fruit frais et les notes de raisin sec mais n’ont pas la complexité du grain botrytisé » explique Sandrine Garbay.

En outre, les concentrations un peu juste en début de vendanges (20° potentiel) n’ont cessé de monter vers la fin octobre pour atteindre sans difficulté 24/25°. On a même fini à 28° à Haut Bergeron et à Guiraud. Des degrés qui demandent une vigilance de la part du vinificateur car les fermentations peuvent s’arrêter et laisser le vin sur un niveau de liqueur trop haut.

Enfin, c’est l’acidité et la fraîcheur qui équilibre la liqueur, une acidité qui diminue à mesure que la concentration en sucre augmente : avoir du sucre mais aussi de l’acidité est un exercice d’équilibriste. Mais avec cette multitude de lots, il sera possible d’obtenir un juste équilibre entre alcool / liqueur / acidité.

Enfin, du volume

Sans atteindre les rendements d’une année normale, on sera autour de 15 hl/hectares à Haut Bergeron, 10hl/ hectares à Guiraud et à la Tour Blanche, 17hl/ hectares à Doisy-Daëne. Des rendements jugés satisfaisants surtout après voir vécu des années difficiles.

Miguel Aguirre, à La Tour Blanche, dit que « ce millésime marquera les esprits. C’est impressionnant de vivre pune telle année ». Autant de part l’inquiétude due à la météo que par la variété et la qualité de la vendange. « Cela va donner un millésime généreux et concentré ». Et pour conclure, en évoquant les tracas du gel et d’un été sec et chaud, Patrick Lamothe, à Haut Bergeron, se plait à dire cette maxime : « rien n’est jamais gagné, et avec ce millésime jamais rien n’a été perdu, car il finit en beauté ».