(photo JM Brouard)
(photo JM Brouard)

La belle maison chablisienne dispose d’un atout majeur dans sa gamme : une proportion importante de premiers crus. L’occasion de redécouvrir toute la complexité de ces différentes terroirs qui participent au rayonnement de cette appellation de prestige.

Si l’on vous dit Vau de Vey, Les Beauregards ou les Fourneaux, il y a peu de chance que vous identifiez ces lieux-dits comme des premiers crus de Chablis. Ce ne sont pas les plus connus car ces derniers n’ont ni le potentiel qualitatif ni la régularité des autres premiers crus dont la réputation n’est plus à faire. Ceux-ci se répartissent sur chacune des rives du Serein, la rivière qui coupe le vignoble en deux. Côté rive gauche, citons par exemple Beauroy, Côte de Léchet, Vaillons ou bien encore Montmains. Côté rive droite, non loin de la mythique colline des grands crus, on ne peut faire l’impasse sur Fourchaume, Mont de Milieu ou bien encore Montée de Tonnerre. Pour faire simple, parmi les 17 premiers crus, la Maison Simonnet-Febvre en vinifie 7 avec des volumes très significatifs. « Ces derniers représentent 15% de notre production annuelle soit approximativement 100 000 bouteilles », rappelle son Directeur Paul Espitalié arrivé en 2019 après plusieurs années passées dans la non moins qualitative Chablisienne. C’est lui qui a d’ailleurs initié l’arrivée du bio dans la gamme qui va continuer à s’étendre sur les prochains millésimes (aujourd’hui 3 premiers crus sont proposés en bio, aux côtés d’un Petit Chablis et d’un Chablis). A l’occasion d’une récente dégustation, nous avons pu goûter ces différents vins sur le millésime 2019, de belle facture.

Des profils bien identitaires

La magie de Chablis provient du fait que le roi chardonnay trouve sur ce terroir calcaire du kimmeridgien un terrain de jeu exceptionnel. Il s’exprime ici comme nulle part ailleurs, donnant des vins au profil souvent droit, non dénués de puissance et d’opulence, surtout depuis quelques années où le réchauffement climatique a permis de parvenir à de parfaites maturités des raisins. Si l’on voulait simplifier la compréhension de la diversité des premiers crus, on pourrait dire que ceux situés sur la rive gauche ont de manière générale un profil peut-être plus minéral et que ceux de la rive droite balancent davantage du côté de l’opulence aromatique. Mais cette simplification ne saurait en rien masquer les expressions variées que l’on trouve de chaque côté du vignoble. Sur 2019, Beauroy se présente très rond, facile d’accès. Une bonne introduction à la typicité des vins du cru. Le Côte de Léchet, au sol pauvre très calcaire, offre de son côté une grande précision et d’admirables notes florales. Le Montmains provient lui du milieu de ce climat sur le lieu-dit « les Forêts ». Sur ce terroir frais, le style s’avère différent mais séduisant. Grande délicatesse, profondeur aromatique, belle densité en bouche qui conserve pour autant beaucoup de fraîcheur. Un vin au potentiel de garde certain. De son côté, le « Vaillons » est un assemblage de différents lieux-dits situés sur l’aire de ce premier cru. Il joue au final l’exubérance aromatique avec des notes exotiques bien marquées et une très agréable richesse en bouche qui nécessite un plat ayant du répondant pour ne pas être écrasé.

En franchissant le Serein, on entre dans un autre univers. Les premiers crus gagnent en complexité. Fourchaume, qui tient la palme du plus important premier cru de Chablis en termes de volume global, impose sa rondeur et sa puissance toute de notes finement miellées, de fruits jaunes mûrs. Des épaules plus larges que celles du « Mont de Milieu », né sur un côteau plein sud. Et pourtant, son nez est flatteur, délicat et droit, avec de jolies notes de rhubarbe et une énergie plaisante. Enfin, « Montée de Tonnerre » est fidèle à sa réputation, celle d’un grand parmi les premiers. Complexe, long et doté d’une allonge certaine, ce vin est déjà très intéressant mais nécessite véritablement un long passage en cave d’au moins 5 ans pour révéler tout son potentiel.