(photo Ludovic MARIN / AFP)
(photo Ludovic MARIN / AFP)

Soulagés à court terme mais pas rassurés au-delà : les producteurs de vins et spiritueux français ont salué mardi la suspension pour cinq ans des droits de douane punitifs que Washington et Bruxelles s’infligeaient mutuellement dans le cadre de leurs différends commerciaux sur l’aéronautique.

Ces droits de douane supplémentaires de 25% frappaient notamment les exportations françaises de vins et de certains spiritueux vers les Etats-Unis, mais aussi des fromages italiens, l’huile d’olive espagnole, etc.

Imposées par Donald Trump en octobre 2019 pour les vins français (non effervescents), ces surtaxes avaient été étendues en janvier 2021 à certaines eaux-de-vie de vin (cognac, armagnac…). De son côté, l’UE avait surtaxé en octobre 2020 certains produits américains dont des spiritueux dans une décision miroir.

L’arrivée de la nouvelle administration américaine a rebattu les cartes. Les Etats-Unis et l’UE ont suspendu en mars toutes ces surtaxes liées aux différends dans l’aéronautique. Cette mesure, d’une durée de quatre mois, devait prendre fin le 11 juillet et l’inquiétude montait dans les secteurs économiques concernés.

Mais mardi, l’UE et les Etats-Unis se sont entendus sur un armistice de cinq ans pour régler le vieux conflit Airbus/Boeing. Une percée obtenue durant une visite du président américain Joe Biden à Bruxelles pour un sommet UE/Etats-Unis. “Nous sommes soulagés car cela donne une visibilité aux entreprises”, a déclaré à l’AFP Nicolas Ozanam, délégué général de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS). “De ce point de vue, nous sommes satisfaits par cette décision sur le court terme”.

Préjudice

“En même temps, on n’a pas réglé définitivement le dossier”, a-t-il relevé. “Nous ne pouvons qu’appeler les autorités américaines et européennes à profiter de cet élan et de cette coopération retrouvée pour poursuivre les efforts et clore définitivement ce conflit”, a-t-il dit.

Même tonalité dans le Bordelais. “C’est une excellente nouvelle. L’horizon n’est pas totalement dégagé mais cinq ans, ça redonne de la perspective. Les acteurs économiques vont pouvoir travailler avec beaucoup plus de stabilité”, commente pour l’AFP Bernard Farges, président du Comité interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB).

Pour Jérôme Despey, secrétaire général du syndicat majoritaire FNSEA, c’est “un vrai soulagement”. “Mais nous attendons une résolution du contentieux entre les Etats-Unis et l’Europe sur le fond car nous sommes des victimes collatérales d’un conflit commercial qui n’est pas le nôtre”, fait valoir ce viticulteur de l’Hérault à l’AFP. “Nous ne voulons pas que le spectre de nouvelles sanctions revienne sur nous”.

Pour sa part, la députée européenne Irène Tolleret (groupe Renew) se dit “très optimiste” pour la suite. “Les cinq ans vont être utilisés pour régler le problème. Ils vont y arriver. Il y a une réelle volonté de coopérer des deux côtés de l’Atlantique”, dit-elle à l’AFP.

En attendant, les exportateurs de vins et spiritueux ont fait leurs comptes. Les sanctions ont entraîné une chute des importations américaines de vins français de 450 millions d’euros entre le 18 octobre 2019 et décembre 2020, selon la FEVS.

“Le marché américain est un marché énorme pour les vins français”, souligne de son côté Bernard Farges du CIVB. Il évoque une perte de chiffre d’affaires de 500 millions d’euros entre octobre 2019 et l’annonce du moratoire sur les surtaxes en février.

La filière française des vins et spiritueux “a payé un lourd tribut” dans ce conflit, relève Jérôme Despey. “Nous avons perdu des parts de marché, au profit de l’Italie et de pays tiers comme la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud”, dit-il. “Nous avions demandé un fonds de compensation” à l’Union européenne “mais nous ne l’avons pas obtenu”. “Une grande déception”, dit-il.

Par Pascale Mollard pour AFP