Créée en 1895, Gardet a pris un nouveau virage depuis 2009. Cette maison aux champagnes marqués « montagne » est essentiellement vendue à l’export. Elle ambitionne désormais d’être mieux re-connue en France.

C’est une des (plus si nombreuses) maisons de champagne familiales, qui plus est ancrée dans le vignoble. Le champagne Gardet est situé à Chigny-les-roses, en plein cœur de la Montagne de Reims, et appartient à 100 % à la famille Prieux, agriculteurs-pépiniéristes champenois propriétaires de l’enseigne Jardiland.

Pourtant, il n’en a pas été toujours ainsi. Fondée à la fin du XIXe par Charles Gardet, la maison connut un important essor au tournant du siècle, expédiant jusqu’à 1 million de bouteilles. Mais la Grande Guerre a rebattu les cartes. Le fils mobilisé ne pouvant assurer la continuité, la marque est alors vendue à Mercier. Fin du premier acte.

L’histoire reprend dans les années 30 où ce fils, Georges, revenu et installé à Chigny-les-roses, rachète la marque et la redémarre de zéro. C’est ensuite l’histoire d’une maison familiale développée de génération en génération ; sa vente dans les années de crise 92/93 à un consortium industriel-banque avant de passer (2009) aux mains de la famille Prieux, déjà propriétaire du domaine Champagne Ployez-Jacquemart (Ludes).

La famille et la montagne

C’est désormais cette identité familiale forte qui est revendiquée, de même que sa localisation au cœur du vignoble. « Nous avons cet ancrage fort sur le village de Chigny-les-roses, confirme Christophe Prieux, président. A cette image, nos vins sont marqués par les raisins noirs (pinot noir et meunier). » Clin d’œil au nom Chigny-les-roses (et peut-être aux racines pépiniéristes de la famille Prieux), Gardet a longtemps utilisé en communication l’emblème de la rose, très précisément la variété Perla, créée en collaboration avec une célèbre maison horticole allemande.

Au plan œnologique, Gardet aime travailler les vins avec un maximum de contact avec les lies et un long vieillissement pour des vins pleins et ronds. Autre trait de personnalité, toutes les liqueurs d’expédition et certains champagnes de la gamme font l’objet d’un travail sous bois (400 hl de cuverie de foudres de chêne). « C’est une des caractéristiques historiques de notre clientèle britannique qui a toujours été une des destinations-phare de la maison Gardet, reprend Christophe Prieux. En particulier dans les années 40 avec des cuvées élevées spécifiquement [NDLR : champagne officiel de la Chambre des Communes], et nous avons toujours gardé cet historique. »

Aujourd’hui, la maison Gardet a retrouvé sa voilure d’avant-guerre (1 million de cols/an) avec 70 % à l’export. Elle ambitionne d’être plus connue en France car avec sa gamme large (8 références, 22 – 50 €), Gardet peut répondre à tous les goûts et toutes les bourses.

Terre de Vins aime :

Brut tradition (23 €)
, 1/3 chardonnay, 2/3 de raisins noirs pour un champagne sapide et crémeux, rassembleur avec ses arômes de fruits blancs et léger registre pâtissier (pâte sablée).
1er cru blanc de noirs (25 €). Une des références les plus emblématiques de la maison : un seul village, une seule vendange (même si non revendiqué millésimé), 60 % pinot noir et 40 % pinot meunier. Un champagne qui déroule une attaque berlingot avant d’enchaîner sur de beaux arômes de fruits d’été (pêche jaune, abricot). La fin de bouche a de l’amplitude et une certaine mâche, ourlée d’arômes de fruits secs fins (amande).

Charles Gardet : blanc 2004 (45 €) ; rosé de saignée 2008 (50 €). Deux champagnes de gastronomie au fort tempérament. Pour le blanc, l’alliance d’un nez puissant se déployant par vagues (abricot séché, papaye, brioché-toasté) et d’une bouche charnue rafraîchie d’une vinification sans-malo. Le rosé est taillé pour la table avec son esprit de vin rouge (cerise noire, bourgeon de cassis), structuré mais finissant tendu. Il ne s’effraiera pas d’un carré d’agneau ou d’un rosbeef aux airelles.