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Moins connu que l’iconique château Le Puy, Closerie Saint Roc n’en est pas moins un vin fascinant par la philosophie que la famille Amoreau lui insuffle et qui a franchi une étape supplémentaire sur le millésime 2020

Qui ignore encore le graal ultime dévoilé après 21 tomes par le manga japonais « les Gouttes de Dieu » ? En un instant, le château Le Puy de la famille Amoreau est passé de l’ombre à une lumière internationale. A cette occasion, nombre d’amateurs dans le monde entier ont découvert ce Bordeaux pas tout à fait comme les autres. Bien loin des modes, on pense ici la production de vin comme peu interventionniste et respectueuse de l’environnement dans toutes ses composantes. Fin 2012, Pascal Amoreau qui représente la 14 ème génération de vignerons dans la famille (l’histoire remonte à 1610 !) décide de racheter une autre propriété, voisine du Puy. 16 hectares sur la commune de Puisseguin, à quelques encablures de Saint Emilion. Et surtout un terroir magnifique où le sol argilo-limoneux repose sur ce sous-sol calcaire si recherché.

Comme une évidence, les méthodes appliquées depuis toujours par la famille auront seules droit de cité ici. De la biodynamie, comme une évidence, une réflexion sur toute la nature dans sa globalité, une volonté de comprendre la force de ce lieu pour en tirer la quintessence sans jamais le brusquer. Les premiers millésimes vont permettre de faire naître un vin d’assemblage qui déjà exprime une vraie typicité. De la rondeur, une acidité étincelante donnant des vins au soyeux tout bourguignon. Pour s’en convaincre, il suffit de goûter le millésime 2015 qui ne manquera pas de surprendre les amateurs. Un vin ayant besoin de respirer pour se livrer, comme un écho à son début de vie. Ici, point de soufre pour que le vin vive durant son élaboration et une dynamisation des vins avec leurs lies comme aime le rappeler Harold Langlais, directeur de château Le Puy et co-propriétaire de Closerie Saint Roc. Et si les 2016 et 2018 s’avèrent un peu plus classiques dans leur structure, une véritable approche nouvelle va ensuite être mise en place.

Des vins de grain

Le millésime 2020 signe un tournant fondamental pour Closerie Saint Roc. Poursuivant une collaboration qui dure depuis des années, les équipes ont donc accueilli ici Claude et Lydia Bourguignon. Et immédiatement, ces spécialistes mondialement connus de la vie microbiologiques des sols ont identifié tout le potentiel que recelaient les différentes parcelles. « Nous n’avions toutefois pas envie de créer des cuvées parcellaires en recherchant des aromatiques différentes. Notre but est bien de parvenir à exprimer des textures différentes », tient à préciser Harold. Et la dégustation de « Les Noyers », « les Pins » et « les Sureaux » est à ce titre particulièrement éclairante.

Les premiers naissent sur la plus grande parcelle en coteaux, où le calcaire marque de sa finesse le vin. Le milieu de bouche est émouvant par sa texture d’une grande finesse mais non dénuée de relief. Une ode aux grands cabernets francs (80 %). Le grain est fin tout en exprimant un caractère présent. Une sensation délicate et terriblement séduisante. Les seconds révèlent un profil plus sombre, marqué par des argiles bien plus présentes. Ici, merlot et cabernet franc s’entremêlent pour créer une cuvée aux fruits noirs profonds, magnifiée par une acidité souveraine. Le vin gagne en épaisseur et se dote d’un grain plus affirmé mais tout aussi bien défini. Et puis viennent « les Sureaux », né de vignes plus au sud mais enchâssées dans une forêt. Le merlot trouve ici un écosystème différent et exprime une structure dense et intense que les années vont patiner de la meilleure des manières.

Dans toutes les vignes, la biodiversité provient notamment de la plantation de 3 essences différentes : cassissiers, eleagnus et oliviers de Bohème. Leurs cycles différents permettent d’attirer successivement les prédateurs des ravageurs. En outre, leur vie microbienne propre va venir coexister avec celle de la vigne. Cette communication inter-végétale désormais connue, représente une nouvelle manière d’aborder le vivant. « Nous avons recherché ici différentes symbioses entre lieu et micro-organismes. Bien que souvent négligés, ce sont eux qui donnent une identité spécifique. Nous nous y intéressons particulièrement, ce sont eux qui ont guidé la création de ces 3 parcellaires » conclut Harold. Un coup d’essai très réussi et un prix (59 €) situé entre les 2 cuvées emblématiques de château le Puy, Emilien et Barthélémy. De quoi réjouir les amateurs de vins profondément sincères.