Dans un univers de maisons de champagne pluricentenaires, Thiénot s’est frayé en 30 ans une place parmi les belles marques qui comptent. Portrait d’une maison atypique.

On connaît la phrase des Rothschild : « pour créer un nom dans le vin, le plus dur ce sont les 200 premières années, après cela va tout seul ! ». De fait, en Champagne, la plupart des grands noms sont apparus au 18e et 19e siècle. Si créer une maison de champagne reste un rêve que tentent quelques nouveaux venus, ils ne sont pas nombreux les opérateurs qui passent le cap de la majorité.

C’est pourquoi la maison Thiénot fait figure de success story étonnante, avec quelques autres jeunes noms comme Vranken ou Bruno Paillard. Créée en 1985 par Alain Thiénot, elle fête cette année ses 30 ans et a passé le cap des 350 000 bouteilles vendues par an. Fait assez rare pour être noté, c’est aussi une maison entièrement familiale et indépendante, Alain Thiénot ayant été aujourd’hui rejoint par ses enfants.

Thiénot, c’est un style associant une aromatique très fruitée à une constante de fraîcheur (le travail se fait en limitant au maximum le contact à l’air à toutes les étapes de la production), une approche moderne qui donne un champagne gourmand et frais. Quand au packaging, aux couleurs vives mais sobre à la fois, il est signé d’un T… qui veut dire Thiénot.

Les appros, les hommes, le réseau

Quelles raisons expliquent un tel succès ? Tout d’abord, les 27 années de courtage préalables d’Alain Thiénot. « J’étais le plus gros courtier de Champagne, reconnaît sobrement l’intéressé. J’avais un très bon réseau avec des vignerons, accès à pratiquement tous les crus y compris les plus prestigieux, et l’approvisionnement qui est généralement un problème pour une maison qui démarre ne l’était pas pour moi. On a vraiment pu partir d’une page blanche et sans contrainte pour définir le style Thiénot ». Aujourd’hui encore, les assemblages peuvent varier notablement d’une année sur l’autre, et une multitude de crus entrent en jeu dans les compositions, aucun d’entre eux ne dépassant la barre des 7 %.

A ces approvisionnements privilégiés s’ajoutent une trentaine d’hectares maison, achetés du milieu des années 70 au début des années 80, dont la célèbre « vigne aux gamins », une parcelle exceptionnelle de chardonnays de plus de 70 ans, sur un coteau grand cru de la côte des blancs, qui donne lieu à une cuvée spécifique.
Ensuite, les hommes. La famille tout d’abord : Alain Thiénot, son fils Stanislas (direction, commercialisation) et sa fille Garance (marketing et communication). Ensuite, des fidèles de la première heure qui ont impulsé le style, le positionnement et la distribution de la marque (Clotaire Dumetz, secrétaire général, Laurent Fédou, chef de cave, etc.).

S’y ajoute un réseau de commercialisation fort en France et à l’international, que permet la présence dans le Groupe Thiénot d’autres grandes étiquettes de champagne et de Bordeaux (Canard-Duchêne, CVBG Dourthe-Kressmann…). Dans ce portefeuille, Champagne Thiénot a un positionnement intransigeant, tourné notamment vers les belles tables de la restauration. Il est depuis 14 ans le champagne du prix du Bocuse d’Or.

Reims, Taissy, Reims

Enfin, un grand champagne, ce sont aussi de bonnes installations de vinification et d’élevage. Créé il y a 30 ans en plein centre ville de Reims dans les locaux de l’ancienne Coopérative des grands crus de Champagne, le champagne Thiénot s’est peu à peu trouvé à l’étroit en grandissant. En 1992, il a construit une cuverie ultra-moderne à Taissy, une commune limitrophe de Reims, et y a déménagé les installations de production. Les prochaines années pourraient voir à nouveau le siège déménager à Reims, dans un prestigieux hôtel particulier rue du Marcq. Situé entre l’hôtel des Comtes de Champagne (Taittinger) et l’hôtel du Marcq (Veuve Clicquot-Ponsardin), ce sera, pour Champagne Thiénot, un véritable adoubement.

Terre de Vins aime :

– Champagne Thiénot brut actuellement en marché (25 €)
Base majoritaire de raisins de la vendange 2008 ; 40 % chardonnay, 26 % pinot noir, 34 % Pinot meunier,
Serré à l’ouverture, il se développe rapidement à l’aération sur un style plaisant et rond puis de fines notes épicées (cannelle). Bouche charnue, fruits jaunes, il a l’apparente simplicité des grands assemblages.

– Champagne Thiénot millésimé 2008 actuellement en cours d’élevage sur pointe, commercialisé d’ici 2 ou 3 ans
40 % chardonnay, 25 % pinot noir, 35 % Pinot meunier
Voici un vin qui combine une grande fraîcheur de bouche et de nez mais sans expression acide. Ce 2008 aura une grande longévité. Notes de fruits blancs, de lait d’amande, les premières notes de toasté commencent à pointer leur nez.

– Champagne Thiénot rosé millésimé 1987, magnum, collection privée Alain Thiénot
32 % chardonnay, 48 % pinot noir, 20 % Pinot meunier
Magnifique couleur rose-orangé, nez un peu sur la retenue, écorce d’orage et rosé des prés, la bouche est extraordinaire de fraîcheur, orange sanguine.
Pour ce champagne unique, le chef Philippe Mille (Hôtel Restaurant Les Crayères**) avait imaginé un incroyable dessert, Royale d’agrumes au champagne rosé, sorbet safrané, segments et zestes confits à la grenadine.

– Champagne Thiénot millésimé 1985, première année de production, collection privée Alain Thiénot
65 % pinot noir d’Aÿ, 35 % chardonnay d’Avize et du Mesnil
Belle couleur or sans nuances ambrées. Nez confit d’agrumes, marmelade de mirabelle, pomme de reinette confiturée et toute une gamme d’épices dont la badiane, fines touches truffées. Bouche noble et fraîche, pas une ride.
Sur une ballotine de volaille farcie pistache et truffe de la Marne, fagots de carottes, girolles au palomino, les notes d’agrumes du champagne ressortent très puissantes.