Le domaine d’Uby n’a pas mis dix ans pour se tailler une solide réputation. François Morel, troisième génération, a lancé, tout de go, une gamme de vins blancs, rosés et rouges au succès fulgurant.

Au début, le vin blanc. Comme partout en Gascogne, le domaine d’Uby à Cazaubon, sur les rives du lac, s’est taillé une bonne réputation dans le monde viticole gascon en une dizaine d’années de vente en bouteilles.
Fidèle au terroir gersois, le vin blanc du domaine jouxtant les Landes est le Colombard-ugni-blanc. Étiquette au graphisme moderne, ce vin représente environ 60 % des volumes d’Uby. « Le colombard apporte le côté très fruité et l’ugni-blanc la rondeur » explique le tout jeune patron des lieux, François Morel. La première cuvée est sortie des chais d’Uby en 2002. Tout comme les rosés et les rouges de ce domaine à l’histoire atypique pour la Gascogne et révélatrice d’une histoire commune aux domaines viticoles gersois.

Le grand-père de François, Jean-François, exploite, dès 1920, le domaine en polyculture et élevage, avec quelques vignes bien entendu pour l’armagnac. Son fils, Jean-Charles, installé en 1962, décide, dans les années 1980, de mettre en dormance la fabrication de l’armagnac pour se concentrer sur la production de vins blancs de qualité, vendus en vrac comme partout. Une trajectoire à contre-courant par rapport à la majorité des domaines gersois qui continuent de faire de l’armagnac.

En 2002, Uby sort, en même temps, toute une gamme de vins en bouteilles de blancs, rosés et rouges alors que tous les autres domaines gersois préfèrent opter pour une spécialisation soit dans les blancs (pour la majorité) soit dans les rouges.

« Nous n’étions pas connus, analyse François Morel. Il nous fallait donc pouvoir proposer toute une gamme aux cavistes. Notre vin blanc était de qualité et la zone des Côtes de Gascogne commençait à être bien connue sur le marché national grâce au formidable travail qu’a fait Tariquet. Nous sommes arrivés au moment opportun : au début de la notoriété des gascogne. La voie était ouverte sur le marché Français, nous devions nous y engouffrer avec une gamme entière. Cela a été notre stratégie commerciale car, même si les gascogne sont recherchés pour leurs vins blancs, les cavistes recherchent des gammes. »

De 12 hectares de vigne au début des années 80, le domaine d’Uby en compte aujourd’hui 160 et produit 2 millions de bouteilles, sans compter la centaine d’hectares de céréales produites en agriculture biologique. En face du château, un nouveau chai, immense et ultra-moderne, est en train de sortir de terre.

L’agriculture raisonnée est le leitmotiv du domaine d’Uby. Sa marque de fabrique mais surtout son atout commercial. D’ailleurs il porte comme emblème la cistude, une tortue du Moyen-Âge qui vit dans les étangs de l’Armagnac et dont l’espèce est protégée par la zone Natura 2000.

Dans la démarche d’agriculture raisonnée, Uby entend non seulement le respect de l’environnement mais également celui d’équité sociale. Pas de vin bio pour autant. Du moins pas sous l’étiquette Uby. « Nous utilisons un minimum de pesticides, précise François Morel. Tous nos produits sont tracés, nous ne gaspillons pas les produits sanitaires. » Le vin issu de raisin biologique, il le teste sur une autre exploitation en conversion bio. « Ce que nous allons apprendre de cette exploitation et les techniques d’agriculture raisonnée déjà employée à Uby nous permettront d’évoluer davantage encore dans cette démarche car c’est notre carte d’identité. »

Les vins du domaine d’Uby sont présents dans le réseau que l’on dit « traditionnel » : les cavistes et les hôtels-restaurants. Le marché national représente 80 % des ventes contre 20 % pour l’export. Encore une fois, le domaine d’Uby détonne par rapport à ses petits camarades : ses rosés, très portés sur le côté fruit, se vendent mieux que les rouges.

Gaëlle Richard
Photo Michel Amat