Le château Giscours, 3éme cru classé à Margaux, a récemment accueilli un nouveau régisseur en la personne de Jérôme Poisson. Il succède à Lorenzo Pasquini, devenu directeur d’exploitation du château d’Yquem.

Niçois d’origine, Jérôme Poisson a un parcours riche d’expériences variées que n’ont pas manqué de repérer ses recruteurs : la famille Albada-Jelgersma, propriétaire de Giscours mais aussi de Caiarossa en Toscane, et Alexander Van Beek, Directeur Général.
Ingénieur agronome et œnologue, Jérôme Poisson choisit pleinement de se consacrer au monde du vin à l’occasion d’un stage à Bordeaux, chez Baron Philippe de Rothschild. Puis en 2006, ce sera la Californie, pour faire les vendanges chez Saintsbury, dans la région de Napa-Carneros. Le dernier stage se fera, à Cognac, chez Hennessy, dans le laboratoire auprès du directeur de recherche de la maison. Il y découvre « le monde des spiritueux et l’univers de LVMH », mais aussi la maison Marnier-Lapostolle qui possède des vignobles au Chili. Il y décrochera un poste, au clos Apalta, vignoble de 370 hectares. Assistant du directeur technique il sera en charge tous les projets de recherche et de développement mais aura aussi une fonction d’ambassadeur de la marque dans le monde entier, cela pendant quatre années, de 2008 à 2012.

Puis ce sera la Toscane, chez Frescolbaldi à Montalcino, ce qui lui impose d’apprendre l’italien. Il y sera « assistant du directeur technique pendant 2 ans, pour le suivi du développement de la biodynamie, la numérisation du vignoble et l’informatisation et le suivi des vinifications ». Puis, il ira à Florence, « pour une activité de développement de projets viticoles en Toscane ». Jérôme Poisson restera en Toscane de 2013 à 2016.
Après une année de consulting en 2017, c’est l’arrivée en Alsace, en 2018, à la réputée cave de Pfaffenheim pour un poste créé de directeur technique. « La cave cherchait quelqu’un avec un œil extérieur ». Il analyse ce moment : « le maître de chai était plus âgé que moi. Je pense que j’ai su m’adapter. L’erreur aurait été d’arriver avec des idées préconçues et d’appliquer des recettes ». Une manière de faire qu’il applique de nouveau à Giscours, qu’il rejoint en décembre 2020 en tant que nouveau régisseur – il reprend en même temps les rênes de Caiarossa.

Arrivée à Giscours : quelles missions ?

« Dès mon arrivée, Alexander m’a emmené tout de suite en Toscane, au domaine Caiarossa pour visiter le vignoble de 25 hectares », raconte Jérôme Poisson. « Caiarossa est un vignoble en biodynamie et je retrouve des méthodes que j’avais pratiquées au Chili à Lapostolle ». L’occasion pour lui de retrouver l’Italie qu’il aime et dont il parle couramment la langue (en plus de l’espagnol, et de l’anglais).
Mais comment imprimer sa marque sur une institution comme Giscours ? « Giscours c’est différent. Il y a une équipe bien établie » nous dit Jérôme, mais la culture de la remise en question semble inscrite dans sa philosophie. Par exemple, « le changement de l’œnologue consultant fin 2018 ». Après avoir longtemps travaillé avec Denis Dubourdieu, Château Giscours choisit Thomas Duclos qui assure depuis 2018 le suivi de la propriété. « Ici les cartes sont rebattues », on capitalise sur les valeurs de l’acquis mais on ne prend pas le risque de l’habitude : on interroge constamment les pratiques pour les renouveler sur le socle de l’expérience. Un bel exercice qui est dans l’ADN de Giscours. Jérome se satisfait : « L’équipe se remet en cause et essaie d’avancer ».

Quel rôle a donc le nouveau régisseur au sein de cette équipe expérimentée ? « Il faut que j’aie un recul sur une année entière pour m’approprier le fonctionnement ». S’il a eu par le passé le rôle de Directeur Technique, Jérôme voit clair sur son positionnement : « je ne suis pas directeur technique mais mon rôle est de veiller à ce que l’on soit innovant et qu’on aille vers davantage de qualité. J’ai déjà vinifié, mais j’arrive avec mon œil différent. Je questionne de façon ingénue. Je ne vais pas faire de révolution car ce serait ajouter de la confusion ». Jérôme décrit un peu le fonctionnement : « on a une réflexion collégiale et je suis partie intégrante du projet technique ».
Mais le champ de ses interventions est large et va au-delà de la seule production viticole. « Comme régisseur, j’ai un œil sur la technique mais je dois aussi avoir un œil sur le parc et la ferme Suzanne ». Car Giscours, c’est 92 ha de vigne mais aussi un parc dessiné par Eugène Bülher et une ferme-modèle, la Ferme Suzanne, le tout faisant 300 ha environ. « Le passé agricole de Giscours avait un peu disparu et la famille Albada-Jelgersma a souhaité le faire revivre. J’interviens par exemple dans tous les endroits où l’on pourrait mettre de la synergie entre la vigne et l’élevage de manière cohérente ». De ce fait, Jérôme travaille aussi avec la responsable communication, Camille Page, arrivée quelques mois avant lui.

Il synthétise : « le poste de régisseur concentre toutes mes expériences (communication, marketing, agricole, technique). La famille Albada- Jelgersma recherchait quelqu’un d’ouvert d’esprit qui ne se donne pas de limite, qui arrive à avoir un recul sur les manières de faire, et qui permette qu’on soit vu dans le monde entier, car ici on est sur la scène internationale. Le fait que je parle italien est un plus égaleemnt. En même temps que je découvre mon poste, je fais mon poste ». Et de conclure : « c’est ici dans le Médoc que j’ai découvert ma vocation et c’est formidable d’y revenir ».

La polyvalence de ses compétences acquises au fil de ses nombreuses expériences, son sens de l’adaptation et son tact devraient apporter au château Giscours l’œil neuf qu’il recherchait.