©F. Hermine
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Le Sud-Ouest est particulièrement concerné ces jours-ci par la canicule, l’une des plus précoces jamais enregistrées avec des températures maximales à plus de 35 º qui ne redescendent  pas à moins de 20° la nuit. Quel peut être l’impact sur les vignes?

Après le gel et la grêle, cet épisode de forte chaleur peut-il nuire au vignoble? « Bien sûr, les fortes chaleurs augmentent l’évapotranspiration de la plante et du sol mais heureusement, nous avions quelques réserves hydriques en sortie d’hiver, estime Eric Serrano, directeur de l’IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin) de Toulouse. A ce jour, il n’y a pas d’impact majeur mais on peut avoir des risques d’échaudage sur les cépages les plus précoces comme le gamay, le sauvignon, le malbec… On peut l’éviter notamment en retardant l’effeuillage ».

Les indices de Winkler et Huglin qui cumulent les températures moyennes enregistrées au-dessus de 10°C, la durée d’ensoleillement corrélés à la teneur en sucres des raisins sont parmi les plus élevés de ces dix dernières années dépassant même 2003 qui n’était monté en température record que début août. « La floraison s’est plutôt  bien passée hormis quelques secteurs touchés par la grêle de début juin mais la chaleur pourrait jouer sur le volume des baies et sur une précocité phénolique ».

Pour le groupe coopératif Plaimont, pas d’inquiétude non plus mais il a été conseillé aux viticulteurs de reporter l’effeuillage d’une semaine et d’arroser les plantiers (jeunes vignes). « La sécheresse accompagnée de chaleur la nuit est surtout inquiétante au moment de la véraison car elle fait perdre l’intérêt aromatique de nos cépages pyrénéens, précise le directeur Olivier Bourdet-Pees. Les mansengs, le colombard et le tannat détestent ça, ils chutent en acidité et les feuilles se retournent ». 

Des tisanes qui soulagent

Jacques Fourès, œnologue-conseil spécialisé en biodynamie, confirme que les vignes de plus de 15-20 ans surtout celles travaillées en bio n’auront pas de problème « car le système racinaire étant plus développé et les sols décompactés par l’activité microbiologique, l’eau est bien rentrée ces dernières semaines ». Et de préciser que l’on peut atténuer le stress de la vigne en pulvérisant des tisanes de camomille, d’achillée millefeuille pour un stress plus fort et même de l’hélichryse (immortelle) sur des sols très secs. « Cela peut aider la plante à survivre et à attendre la pluie ».

Michel Maestrojuan du domaine Entras (32) utilise plutôt la valériane qui protège des conditions extrêmes. Il a également évité de traiter ces jours-ci et a limité l’utilisation du soufre qui peut brûler le feuillage par un effet loupe de la pulverisation. « La canicule, moins problématique que la sécheresse qui limite l’emmagasinement de l’azote par la plante, a néanmoins l’avantage de sécher les premières taches de mildiou. Mais la principale conséquence est pour l’homme : pour la première fois en juin, nous avons avancé d’une heure le début du travail en vigne pour que les équipes commencent à travailler à 6h du matin et souffrent moins de la chaleur ».