(Photos © et Joana Margan, Vidéo M. Doumenge)
(Photos © et Joana Margan, Vidéo M. Doumenge)

Conduit en biodynamie depuis plus de 15 ans, le 5ème Grand Cru Classé pauillacais de la famille Tesseron a entamé sa troisième – et sans doute dernière – semaine de vendanges. Le millésime 2022 arrive dans la sérénité, malgré un été caniculaire.

« Nous avons donné les premiers coups de sécateurs le 8 septembre, avec près de deux semaines d’avance sur les dates habituelles. Les conditions très saines de cette arrière-saison nous permettent de ne pas nous précipiter pour tout rentrer, d’aller à notre rythme, mais les vendanges s’enchaînent naturellement : les merlots ont été finis le 19, on a commencé à ramasser les cabernets le lendemain, et tout devrait être terminé cette fin de semaine ». Justine Tesseron est sereine. Malgré le scénario souvent extrême du millésime, en particulier le caractère particulièrement chaud et sec de l’été qui a mis le vignoble français à rude épreuve, la récolte s’annonce de belle qualité au château Pontet-Canet, 5ème Grand Cru Classé 1855 situé à Pauillac.

« Cette année a comporté son lot d’aléas climatiques mais nous avons eu la chance d’être épargnés par le gel et la grêle », poursuit-elle. « Quant à la canicule, la vigne a superbement résisté, grâce à une combinaison de facteurs : la résilience du terroir, l’âge moyen des vignes qui est de 55 ans et leur confère un enracinement profond, et notre conversion en biodynamie qui donne à la plante les ‘armes’ pour s’adapter aux conditions du millésime ». Le directeur technique Mathieu Bessonnet, qui a succédé à Jean-Michel Comme en 2020 et a poursuivi l’engagement en biodynamie amorcé dès 2004 par son prédécesseur et le père de Justine, Alfred Tesseron, précise avoir appliqué cette année des tisanes de camomille sur la vigne, « pour leur propriété apaisante » (Pontet-Canet possède sa propre « tisanerie » et peut donc opérer des préparations en biodynamie de façon très réactive, NDLR), « ainsi que de la kaolinite, composé minéral ayant la double vertu de protéger la plante des effets du soleil et de limiter l’évapotranspiration », précise-t-il.

Alfred et Justine Tesseron (photo Joana Margan)

« Nous avons aussi beaucoup travaillé les couverts végétaux pour conserver de la fraîcheur au sol, et bien sûr aucun rognage, aucune vendange verte, aucun effeuillage », poursuit Mathieu Bessonnet. « La vigne n’a pas subi de blocage, elle est en bonne santé, les raisins sont de belle qualité même s’ils semblent présenter moins de jus… On s’attend donc à moins de volume. Pour l’instant les vinifications se passent très bien, on a de belles couleurs, les degrés d’alcool vont être assez hauts mais les acidités remontent bien. Il va falloir être très délicat, ne pas trop travailler la matière, car la puissance vient naturellement. »

La douceur et l’attention étaient donc plus que jamais la clé de la réussite de ce millésime dont la précocité semble battre tous les records : « c’est exceptionnel de finir de vendanger avant même le mois d’octobre », souligne Justine Tesseron, « mais il est essentiel de s’adapter au profil de l’année et aux évolutions climatiques, c’est pourquoi nous pouvons compter sur une équipe capable de tout ramasser en 8 ou 10 jours si besoin ». 250 personnes peuvent ainsi être mobilisées pour récolter les 81 hectares de Pontet-Canet, le cœur de l’équipe étant composé d’une centaine de vendangeurs portugais, fidèles de longue date à la propriété. Ces vendangeurs qui connaissent le vignoble par cœur perpétuent une ambiance de calme et de sérénité entre les rangs, et jusqu’au cuvier où les tables de tri entièrement manuelles, mises en place depuis 2018 (après avoir été expérimentées à Pym-Rae, la propriété californienne des Tesseron), imposent le silence et la concentration. « Nous avons mis l’humain et le vivant au centre de toute notre philosophie, comme en atteste la présence de nos dix chevaux en permanence sur la propriété », explique Justine Tesseron. « Cela se retrouve aussi au cuvier et au chai, où nous préférons, plutôt que la course à la technologie, des dolias en béton et des cuves fabriquées à partir du calcaire et des graves de la propriété ». Passé maître dans l’art de « réinventer le passé » pour mieux imaginer le vin de demain, le château Pontet-Canet a toutes les cartes en main pour signer un beau millésime 2022. Rendez-vous pour les Primeurs.