(photo Joanna Margan)
(photo Joanna Margan)

Elle est née en 1990, étrangère au fait que ce soit un excellent millésime. Justine Tesseron est diplômée de l’ISEG en marketing-communication et d’un master vin & spiritueux à l’INSEEC, également dotée du même regard alerte que son père Alfred qui lui a laissé la direction générale du Château Pontet-Canet en 2018. Alors que, suite notamment au départ de Jean-Michel Comme, les spéculations et les mauvaises langues vont bon train à l’endroit du Grand Cru Classé 1855 vedette en biodynamie, Justine Tesseron jure de dire à Terre de Vins toute la vérité, rien que la vérité.

Les vendanges arrivent à leur terme, êtes-vous contente de ce millésime ?
Nous sommes super contents, ce fut une année vraiment compliquée avec des conditions météorologiques terribles. Ce fut une année de challenge. Le début de saison a été assez humide avec une forte pression de mildiou. Ensuite, il a fait très chaud tout l’été avec des orges autour du 15 aout et 90 millimètres d’eau. Et derrière, encore de la chaleur et de la sécheresse. Pour autant, au niveau qualitatif, nous sommes très contents. Nous avons commencé les vendanges le 14. On a terminé les merlots le 21, on a enchainé sur les cabernets francs puis les sauvignons pour terminer en milieu de semaine prochaine.

Le millésime 2020 est particulier, c’est le premier de votre directeur technique Mathieu Bessonnet, comment s’en est-il sorti ?
Ce fut un gros challenge… On a traité les samedis et les dimanches quand il fallait. Mathieu Bessonnet a été super, dès son arrivée il a su mettre toutes les équipes avec lui. Il a été convaincant. Le résultat est là. On forme un bon trio avec mon père et moi. Désormais, on va voir si ce trio va être performant pendant les vinifications.

C’est aussi le premier millésime sans Jean-Michel Comme, comment avez-vous vécu ce départ, la biodynamie était étroitement liée à sa personne ?
Tout à fait, on ne peut être que fier et reconnaissant à l’endroit de Jean-Michel. Il a travaillé pendant 31 ans et demi à Pontet-Canet. Il a mis en place la biodynamie avec mon père, c’était un vrai binôme. L’arrivée de Mathieu s’inscrit dans la suite de cette histoire. Il avait passé un peu de temps avec Jean-Michel mais il a très bien géré, il est organisé. On va continuer le travail mis en place.

Jean-Michel Comme est-il passé pendant les vendanges ?
Non, il a son vignoble vers Sainte-Foy-La-Grande qu’il tient avec son épouse. Je pense qu’ils sont bien occupés.

On trouve toujours des détracteurs de la biodynamie pour se féliciter que vous faîtes des rendements ridicules, que leur répondez-vous ?

L’idée est de défendre ses propres intérêts et ne pas parler des autres. Nous on veut faire le mieux possible, le plus grand vin possible pour fidéliser nos clients. Avec Mathieu Bessonnet et toutes les équipes, nous avons travaillé comme des fous pour maintenir un vignoble sain. Cette année, nous récoltons des petites grappes pas trop chargées mais très équilibrées. A priori, nous serons à moins 25% en rapport à l’année dernière. Ce n’est pas dû au mildiou, il y a eu un peu d’échaudage. Vous savez, si on fait la moyenne des douze dernières années à Pontet-Canet, on enregistre entre 30 et 35 hectolitres par hectare. Nous n’avons pas de grands rendements comparés à certains de nos voisins, c’est vrai. C’est que nous respectons au maximum le cycle de la vigne. Pas de rognage, pas de vendanges en vert, pas d’effeuillage, la vigne nous donne ce qu’elle veut donner.

Il n’y a pas que les rendements, il faut aussi prendre en compte la qualité des vins et sa valorisation, en d’autres termes ne vaut-il pas mieux perdre une récolte sur 5 et bien vendre les autres que faire 5 grosses récoltes et mal les vendre ?…
Ce qui nous intéresse, c’est la concentration et des baies équilibrées. Après, perdre une récolte, c’est quand même difficile, nous l’avons vécu en 2018 avec deux tiers de perte, ce n’est pas rien. Donc chaque année reste un challenge, il faut bien savoir ce dont on est capable, faire attention. Dans tous les cas, c’est la qualité qui prime, c’est ce que souhaite notre client.

Comment s’est déroulée la campagne des primeurs pour le 2019 ?
Vous le savez, pour nous, très très bien. Si on remet les choses dans leur contexte, avec la sortie de confinement, la conjoncture et un grand millésime précédent, on a fait ce qui fallait, c’est-à-dire faire un prix canon – prix de sortie à 68 € contre 98 € pour le 2018. C’était nécessaire. Les clients furent heureux, les vins se sont arrachés en quelques heures dans le monde entier. On juge le succès d’une mise en marché à l’atomisation des ventes. C’est la force d’une marque, c’est la force de la Place de Bordeaux. Nous sommes dans le goodwill.