Propriétaire en Armagnac et à Madiran, la famille Lesgourgues est aussi à la tête de domaines viticoles bordelais, parmi lesquels le château Haut Selve dans les Graves. Zoom sur les vendanges 2018.

Vous les connaissez peut-être pour leurs fameux armagnacs du château de Laubade. Mais si les Lesgourgues ont un pied solidement ancré dans le terroir gersois, ils en ont posé un autre en terres bordelaises. Entrepreneurs infatigables, ils se sont lancés en 1993 dans un projet audacieux : créer de toutes pièces un domaine dans les Graves, sur les terres d’une propriété renommée au XIXe siècle, mais laissées à l’état de forêt durant 120 ans suite au passage du phylloxéra. Seule création viticole du XXe siècle à Bordeaux, le château Haut Selve s’étend aujourd’hui sur 43 hectares, 32 en rouge et 11 en blanc. Au cœur des 21e vendanges, rencontre avec son copropriétaire, Arnaud Lesgourgues.

En fin de semaine dernière, alors qu’il s’apprêtait à donner le coup d’envoi des vendanges rouges, Arnaud Lesgourgues avait le sourire. Il faut dire que la propriété a joué d’une conjoncture favorable de bout en bout sur ce millésime. « Nous n’avons pas été touchés par la grêle et n’avons pas du tout, malgré un printemps très humide, souffert du mildiou, grâce à nos terroirs de graves très drainants » explique Arnaud Lesgourgues. Non seulement ces circonstances idéales ont permis de temporiser et séquencer à souhait la récolte, mais, « cerise sur le gâteau », les importants écarts de températures de ces dernières semaines ont parachevé avec brio la maturité des baies. « Je suis arrivé ce mercredi 26 septembre au matin à Haut Selve à 7h, il faisait 4°C. Je suis parti à 13 h, il faisait 26°C, raconte Arnaud Lesgourgues. C’est extraordinaire pour finir le cycle de maturité. »

“2018, millésime complexe et aromatique”

Le premier coup de sécateur a été donné le lundi 10 septembre sur le vignoble blanc, réparti entre 5 hectares de sauvignon blanc, 2 hectares de sauvignon gris, et 4 hectares de sémillon. « Les sauvignons sont jolis, avec beaucoup de fraîcheur, une belle acidité, annonce-t-il. Mais ce qui est surtout surprenant cette année, c’est la qualité des sémillons, très aromatiques et avec de belles structures en bouche.” L’aromatique est d’ailleurs déjà tellement bluffante que les propriétaires ont, sur certaines parcelles, privilégié le pressurage direct là où d’accoutumée ils pratiquent systématiquement la macération pelliculaire préalable. A la clé, « des blancs très aromatiques avec de belles structures en bouche grâce au sémillon, beaucoup de fraîcheur et les agrumes du sauvignon. » Le tout, sans oublier « des rendements plutôt bons, de l’ordre de 45 hL/ha en moyenne. »

Du côté des rouges, les vendanges battent actuellement leur plein. Sur les 18 hectares de merlot, les premières parcelles ont été ramassées vendredi et samedi derniers, le reste se poursuivant mercredi et jeudi. Les premières baies de merlot dégustées révèlent « des arômes très fruits rouges, mais aussi de figue, avec une complexité certaine. » Les cabernets sauvignons, plantés sur 14 hectares, sont eux « un peu plus précoces que d’habitude. Ils vont se rapprocher cette année des merlots », avec des vendanges programmées pour le lundi 8 octobre.

Au jeu de la comparaison de millésimes, Arnaud Lesgourgues prédit un millésime « avec plus d’acidité fraîcheur que 2009, car les raisins ne sont pas du tout cuits, les peaux sont encore fermes. Ce serait plutôt plus proche de 2010. » C’est dit, 2018 s’annonce de l’étoffe des grandes années bordelaises. A suivre de très près !