Sur l’un des plus hauts coteaux de la terrasse en graves pyrénéennes de Léognan, existe un lieu-dit appelé France qui a donné son nom au Château dont Arnaud Thomassin, propriétaire du domaine avec son père, Bernard, présentait, ce lundi 11 juin au Bistrot du Sommelier, son millésime 2011, rescapé à plus d’un titre.

Après avoir perdu 20% des raisins, échaudés par les grandes chaleurs de juin, c’est le chai du Château qui partait en fumée en juillet 2011. Commence alors pour Arnaud Thomassin une course contre la montre afin de trouver des solutions pour vinifier et élever la récolte 2011. La solidarité jouant à plein dans l’appellation Passac-Léognan, il est accueilli au Château Haut-Bailly pour les raisins blancs, donnant ainsi naissance, comme il aime à le dire lui-même, au premier Haut-Bailly blanc, et au Château Haut-Gardère pour la vinification des raisins rouges.

Si le Château de France blanc 2011 (80% Sauvignon, 20% Sémillon), vif et gras à la fois, fait déjà voir de belles qualités avec des arômes d’agrumes et un final poivré, il est un peu tôt pour se prononcer sur le rouge (60% Cabernet sauvignon, 40% Merlot) dont l’astringence des tanins est encore très présente (il n’a été mis en bouteille qu’une dizaine de jours avant la dégustation), mais qui dégage déjà une belle note de réglisse. La dégustation verticale sur deux décennies, (1998, 1999 et 2000) et (2008, 2009, 2010) qui accompagnait le 2011, permet de voir comment il pourrait évoluer. La réglisse et le bois très présents sur les millésimes jeunes commencent à se fondre dans la puissance du 2009 (année très chaude) et l’harmonie du 2008 (exceptionnel !) en s’arrondissant dans des arômes de fruits rouges et se prolongeant sur des notes de sous bois (humus et terre) pour les millésimes les plus anciens.

Pour continuer cette exploration des millésimes et en révéler les accords, Philippe Faure-Brac, qui fête les 20 ans de son titre de meilleur sommelier du monde cette année, avait concocté, avec son chef, un menu riche en saveurs. Mentions spéciales pour la raviole de gambas, cappuccino de crustacés et caviar d’Avruga où les fèves et la sucrine, dissimulées à l’intérieur et croquant sous la dent, permettent l’accord avec le Château de France blanc 2006, ample et complexe. Pour l’éclair aux cerises noires glacé à l’Ossalois, revisitant la cuisine traditionnelle basque, le Château de France rouge 2005, puissant et structuré, faisait un duo épatant.

Au terme de ce trajet, reste la sensation d’avoir rencontré un château qui (avec un prix départ chai aux alentours de 20 €) ne peut prendre que de la valeur. Déjà bien noté par la presse internationale et commençant à pénétrer les marchés américains et asiatiques, le Château de France est à ne pas rater à plus d’un titre, aussi bien pour les épicuriens que pour les investisseurs.

Jean Dusaussoy

www.chateau-de-france.com

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