(Photos I. Bachelard)
(Photos I. Bachelard)

En 2018 l’Alsace a de nouveau connu une vendange précoce. Les vins seront excellents et disponibles en quantité. Les vendanges tardives ont aussi commencé tôt. Elles se terminent avec le sourire.

« Magnifique » se réjouit Cathy Faller au Domaine Weinbach de Kaysersberg (Haut-Rhin) « On n’a fait que du gewurztraminer, avec des richesses supérieures à 17° potentiel. Il y avait peu de botrytis, mais c’est très bon. On a la richesse pour un SGN, (sélection de grains nobles) mais on étiquettera sans doute en VT (vendanges tardives) ». Pierre Bernhard, du domaine Bernhard & Reibel de Châtenois (Bas-Rhin) est aussi heureux de ses gewurztraminer du lieu-dit Hahnenberg. Céline Metz (photo ci-dessous), qui a pris la succession des ses parents au domaine Hubert Metz à Blienschwiller (Bas-Rhin) a gardé deux parcelles pour les vendanges tardives. Elle les aime en riesling, mais c’est toujours le gewurztraminer qui a la faveur du public.

Chaud et particulièrement sec, tel a en effet été le millésime 2018. Parfait pour les vins classiques d’Alsace qui seront très réussis, mais pas vraiment propice à la pourriture noble qui confère son caractère aux VT et SGN. Les Alsaciens qui ont commencé à vendanger dès la 3è semaine d’août terminent toutefois une jolie récolte de Vendanges Tardives, sur laquelle ils ne comptaient d’ailleurs pas complètement.

Vendanges tardives attendues patiemment

A la mi-octobre, alors que toute la récolte de vin sec était rentrée, la plupart des vignerons patientaient. Alain Renou, directeur du SYNVIRA, Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace, l’explique : « Du fait qu’il n’y a pas de pression négative, pas de pourriture grise, aucune raison de se presser. Avec le temps chaud et sec, les nuits froides, le botrytis se développe peu. Mais les vignerons disposent d’un volume très confortable, donc ils peuvent se permettre de garder quelque dizaines d’ares dehors ». Ce n’était pas le cas l’année dernière, quand le volume de récolte était très limité : 600 VT et SGN seulement ont été homologuées. En 2018, autant de lots étaient prévus dès le 19 octobre.

L’enthousiasme est de mise au domaine Albert Mann de Wettolsheim. Eric Freyburger, bras droit des frères Barthelmé parle de vendanges proprement exceptionnelles, commencées encore plus tôt qu’en 2003 et 2015 : « La maturité était homogène, car on a beaucoup travaillé à la vigne. Il fallait maitriser le rendement, choisir les grappes et ne pas charger trop chaque pied. Un peu de brouillard à la mi-octobre a suffi pour faire de beaux VT et même des SGN en riesling, pinot gris et gewurztraminer, avec des potentiels de 18 à 21°».

Vins de glace ?

Il faudra attendre les premières dégustations dans quelques mois pour savoir si les VT de 2018 auront la complexité et l’équilibre des grands millésimes des années 80 ou 90. Ce qui est certain c’est que les nouvelles générations de vignerons sont plus intéressés par les vins secs, les vins qui se consomment, qu’eux même préfèrent boire le plus souvent. Ils sont contents de faire juste un peu de VT pour maintenir de quoi satisfaire la clientèle. Entre les bouleversements climatiques et les changements de pratiques agricoles, il est vraisemblable que les VT et SGN seront plus rares dans les années à venir. Mais il y aura peut-être des vins de glace… Etienne Loew (domaine Loew à Westhoffen, Bas-Rhin) a officiellement clos sa vendange le 26 octobre, sur des auxerrois bien botrytisés et des sylvaners sur-mûrs, qui ont la richesse pour faire des VT ou des SGN. Mais il a gardé quelques grappes qui pourraient, si l’hiver se montre rapidement, se transformer en vin de glace. Il en a fait une fois, il y a vingt ans.