(Photos JM Brouard)
(Photos JM Brouard)

Une récente dégustation de 16 millésimes de cette grande cuvée en compagnie du winemaker star Peter Gago ont permis de confirmer le potentiel impressionnant de ce vin souvent méconnu.

S’il y avait un Panthéon du monde du vin, nul doute que certaines personnalités y seraient consacrées. Certains noms sonnent comme des évidences, tels le bordelais Pierre Lurton (châteaux Cheval Blanc et Yquem) ou le bourguignon Aubert de Villaine (Domaine de la Romanée Conti). Peter Gago, qui préside à la destinée des vins de Penfolds depuis 2002, serait aussi, à n’en pas douter, un sérieux prétendant. Star de la viticulture internationale, il a fait passer les vins de cette célébrissime maison australienne au rang d’icônes. La pépite absolue s’appelle Grange, un vin rare, puissant, complexe, massif parfois, que les amateurs et collectionneurs du monde entier s’arrachent à des prix stratosphériques. Mais depuis quelques années, Penfolds peut s’enorgueillir de produire une autre cuvée star, le Bin 389. N’allez pas imaginer que ce vin est une création récente, un produit marketing parfaitement étudié tel que le Nouveau Monde sait en produire. Il faut remonter à 1960 pour trouver le premier millésime produit, à l’époque par Max Schubert, premier des quatre winemakers à s’être succédé en 57 ans.

Un blend au potentiel de garde immense

Né comme un assemblage de cabernet-sauvignon (toujours majoritaire) et de syrah (ou shiraz comme la nomment les Australiens), le Bin 389 reste fidèle, millésime après millésime, à cette composition. C’est son ADN, son identité. Dans certains millésimes anciens, le cabernet est parfois monté jusqu’à 87% de l’assemblage final, parfois il ne représente que 51% de l’ensemble (comme en 1971, 1996 ou 2010). Mais la tendance ces dernières années est à un relatif équilibre entre les deux cépages (43% à 48% de syrah). La force de Penfolds ? Pouvoir choisir les raisins correspondant parfaitement au profil recherché au travers des différents vignobles maison, tous situés dans l’état d’Australie du sud, autour d’Adélaïde et plus au sud près de la côte. Le résultat s’avère splendide de régularité, très marqué par chaque millésime, avec une constante : une capacité de vieillissement admirable. Les Bin 389 des années 1970 et 1980 sont d’une densité de matière encore surprenante, dotés d’équilibres impressionnants, le temps ayant réussi à dompter un fauve rugissant dans sa jeunesse. Prenez le 1971, son nez de cassis, prune séchée, menthol est associé à un réel crémeux de tannins, le tout d’une longueur folle. Le 1986 n’est pas en reste avec des pointes de chocolat, de vanille, de viande séchée et une matière vibrante en bouche tirant sur la fraise compotée. Un équilibre souverain pour un vin très vivant.

Un potentiel qualitatif encore davantage révélé

Les années 90 ont-elles aussi vu l’éclosion de grandes bouteilles comme le 1990, aux accents d’orange confite, de myrtille, de graphite. Un vin tout en crescendo vers d’admirables épices (cannelle, poivre). Un vin à la puissance encore expressive qui durera des décennies. Pour comprendre jusqu’où le Bin 389 peut aller en termes de concentration, le 1998 s’impose comme l’étalon. Un « big 389 » selon les dires de Peter Gago, jouant des notes de café et de réglisse. Les vins produits par Peter depuis 15 ans semblent avoir permis d’atteindre un niveau qualitatif encore plus grand, alors même que les volumes de production on concomitamment augmenté. Difficile de n’en garder qu’un. Mais le 2010 est émouvant, aromatiquement impressionnant (fruits noirs, thym, sauge, menthol) tout en conservant une immense fluidité de bouche. Un vin qui permet de comprendre comment cette cuvée a réussi l’exploit de dépasser le statut de « baby Grange » (les vins sont élevés dans des barriques ayant accueilli du Grange) pour atteindre celui de star à part entière. Chapeau monsieur Gago !