Un mois après les inondations dans l’Aude, la solidarité s’organise pour relever le vignoble. Lundi 26 novembre pour leur premier chantier solidaire, 150 vignerons héraultais avaient fait le déplacement dans la vallée du Lauquet, submergée par une vague de 8 mètres la nuit du 14 au 15 octobre.

A Saint-Hilaire dans l’Aude où une vague de 8 mètres a tout dévasté la nuit du 14 au 15 octobre, on s’interroge encore sur la nature du miracle qui a épargné les vies humaines, dévastant le vignoble sur 25 hectares le long du Lauquet, un affluent de l’Aude. Lundi 26 novembre, ce village de 800 habitants sur l’appellation Limoux au sud de Carcassonne, se réveillait autour d’une nouvelle manifestation miraculeuse avec le premier chantier solidaire de remise en état des parcelles, organisé par l’association audoise des viticulteurs sinistrés, une structure réactivée vingt ans après les inondations de 1999.

150 viticulteurs héraultais mobilisés

A l’appel de cette association mobilisant la chambre d’agriculture de l’Aude, les syndicats des Jeunes Agriculteurs, les Fédérations départementales de syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA), Coop de France et Les Vignerons indépendants, 150 vignerons héraultais avaient fait le déplacement pour rallier à l’aube la cave coopérative du village, devenue l’état-major d’un dispositif de solidarité massif. « En plus des 150 vignerons qui localement viennent prêter main forte, nous avons rempli trois bus venant de l’Hérault pour desservir les villages de Saint-Hilaire, Leuc et Couffoulens afin d’acheminer l’aide sur les cinq communes de la vallée », explique Frédéric Rouanet, président du syndicat des vignerons de l’Aude.

Tous sont venus équipés de bêches, de tronçonneuses, de tenailles et de bottes afin de répondre aux demandes de cette première journée solidaire, avec des interventions programmées chez 17 vignerons. Leurs vignes sont implantées le long du Lauquet, un affluent de l’Aude qui est sorti de son lit. « Le long de cette petite rivière habituellement tranquille, la montée des eaux a été dramatique du fait des embâcles, une accumulation de branchages, d’arbres et de matériaux charriés par l’eau formant des barrages qui ont ensuite cédé pour former plusieurs vagues dévastatrices », explique Pierre Lacube, vigneron à Pomas et responsable syndical du canton de Saint-Hilaire, en charge des interventions sur place.

Les travaux ce lundi 26 novembre, mobilisaient une dizaine d’hommes et de femmes chez Jacques Roger, vigneron indépendant touché sur trois hectares ; ou 34 autres personnes chez Marie-Christine Guilhem du domaine de Couffoulens. « Il y a des ceps de vigne à redresser, des espaliers couchés, des souches qui ont ployé face à la puissance du débit », détaille cette vigneronne touchée sur 7 hectares de son exploitation qui en compte 70. Mais si les vignes de ces deux domaines pourront pour l’essentiel être sauvées, ce n’est pas le cas de tous les vignerons. « Sur certaines parcelles, la terre est partie pour ne laisser que des gravières », déplore Pierre Lacube. Alors que les expertises sont encore en cours, les dégâts ont été évalués selon une échelle de valeur de 1 à 5, le plus haut degré de sinistre se portant sur ces terres désormais incultes, impropres à toute forme de culture.

Dans un tel contexte, « la solidarité est essentielle pour remonter le moral des troupes, il ne faut laisser aucun vigneron sur le bord de la route… Car vue l’ampleur des dégâts, s’il n’y a pas des bras pour les aider ils abandonnent », témoigne Ludovic Roux, président du comité départemental de l’Aude de Coop de France et vigneron à Talairan dans les Corbières, qui avait fait le déplacement à Saint-Hilaire pour apporter son aide.

Une campagne nationale, sur plusieurs mois

Alors que d’autres chantiers sont déjà annoncés, le 3 décembre sur le secteur de Capendu, le 10 à Conques-sur-Orbiel et le 21 entre Puichéric et Aragon, la mobilisation du monde agricole s’est exprimée massivement. « Des vignerons de Champagne, de Bourgogne, de l’ensemble de la France viticole veulent nous aider. Cette solidarité paysanne est dans nos gènes, c’est elle qui nous a toujours sauvés depuis le début du siècle et c’est malheureusement elle qui va nous accompagner dans un avenir de plus en plus incertain, du fait des changements climatiques », exprime Philippe Vergnes, le président de la Chambre d’agriculture de l’Aude et président de l’association des viticulteurs audois sinistrés.

La campagne devrait donc se poursuivre sur plusieurs mois, en privilégiant d’abord la mobilisation régionale, à la fois pour ne pas essouffler l’élan de solidarité qui s’est manifesté et pour limiter les frais supplémentaires entraînés par la logistique autour de ces journées. « Nous planifions la campagne en limitant autant que possible les frais d’hébergement ou de déplacement. Chaque centime qui sera économisé sera reversé aux viticulteurs sinistrés », justifie Philippe Vergnes.

Alors que 50% des expertises ont été réalisées parmi les 1200 exploitants sinistrés, une première demande de reconnaissance en calamités agricoles a été déposée, en vue du comité national de gestion des risques en agriculture (CNGRA) qui aura lieu le 12 décembre. Avec des taux d’indemnisation oscillant entre 12 et 30%, par ailleurs conditionnés à la souscription d’une assurance incendie-tempête, le compte n’y sera sans doute pas pour de nombreux exploitants. L’heure est donc à l’économie et à la générosité du monde agricole.