Dans la Loire, la prévention contre le gel favorise la solidarité entre vignerons. Autour de la mi-avril, hélicoptères, tours éoliennes, bougies et feux de paille ont travaillé au petit jour.

« Notre chance, c’est que vendredi soir, le temps était très sec » explique Valérie Colin, après sa première expérience de nuit blanche à allumer des feux dans les vignes familiales de Thoré-la-Rochette, en appellation Coteaux-du-Vendômois, au nord-ouest de Blois (Loir & Cher.) Cela fait une grande différence, car à température égale, l’humidité augmente le risque de dommage. Au domaine Colin, pionnier du bio, comme les sols sont travaillés, on évite l’humidité liée aux herbes. Encore faut-il que le labour ne soit pas trop récent, car dans ce cas, il libère de l’humidité.

Coteaux-du-Vendomois

Dans ce petit vignoble des bords du Loir, le gel a fait des dégâts en 2016 et 2017, certains domaines ont perdu près de la moitié de leur récolte. Les vignerons se sont donc organisés, à leur échelle. La plupart d’entre eux se sont retrouvés dans la nuit annoncée comme la plus risquée, celle du 13 au 14 avril. Sur le plateau qui concentre plus de la moitié du vignoble, ils ont fait brûler des ballots de paille. Il s’en échappe beaucoup de fumée, qui fait écran, mais avec le risque d’inefficacité si le vent change, Les Colin préfèrent la sûre chaleur du feu de bois. Ils ont placé des tas d’ancien pieux entre les bottes de paille qui en en brûlant ont véritablement produit de la chaleur. Aux premières observations, il semble que le processus a fonctionné, mais il faut attendre quelques semaines pour voir si les bourgeons sont tous sortis indemnes.

Vouvray

Dans l’appellation Vouvray, aux portes de Tours, sur la rive nord de la Loire, les premiers jours d’avril ont connu leurs premiers gels. François Bouteille, le directeur de l’ODG Vouvray, ne sait qu’en dire : « Au début, on a pensé qu’il n’y avait aucun dégât, mais maintenant on n’est plus sûrs. Les vignerons doivent attendre que la feuille soit étalée pour se prononcer ». En tout cas, après le grand gel de 2016, qui avait été catastrophique pour les Vouvrillons, des mesures ont été prises. Un dispositif météo fort de 45 stations a été mis en place pour que chacun puisse savoir en permanence le risque qui l’attend. Le maillage des 2 200 hectares de vigne serait le plus serré de France, avec une station tous les 50 hectares. Les secteurs les plus à risque sont désormais connus. La protection par aspersion n’est pas possible car il n’y a pas d’eau disponible à Vouvray. Celle par les brouillards n’a pas fait ses preuves. Ce sont donc les bougies, les bottes de paille et quelques canons à éolienne qui ont fait leur travail. Verdict dans quelques semaines.

Montlouis

Les vignerons de Montlouis, l’appellation qui se trouve en face de Vouvray, légèrement en amont de la Loire, s’est aussi donné les moyens de lutter contre le gel. Comme en 2017, la synergie a fonctionné, dans l’organisation comme dans les vignes, réchauffées sur de grandes surfaces par les feux, les éoliennes et les 6 hélicoptères qui ont couvert 115 ha. Un groupe de sept vignerons s’est constitué pour acheter en commun (CUMA) dix tours éoliennes, trois fixes et sept mobiles, qui s’ajoutent aux tours déjà existantes. Pour les bougies et les ballots de paille, quelques vignerons avaient fait des stocks depuis longtemps. Les autres se sont regroupés pour faire livrer des camions entiers de paille aux bords des vignobles. En attendant la preuve que la lutte contre le gel a été efficace, d’ici quelques semaines, une nouvelle idée flotte dans le vignoble. Pourquoi ne pas semer les jachères pour s’approvisionner directement en paille ou en foin ?

Photos : Pierre-François Colin