Ci-dessus : les terroirs de schistes de Saint-Chinian (photos © Gaylord Burguière)
Ci-dessus : les terroirs de schistes de Saint-Chinian (photos © Gaylord Burguière)

Traquer les spécificités apportées aux vins par ce type de sol est une quête de tous les instants. Ce Graal, une vingtaine de dégustateurs professionnels l’ont atteint lundi 12 mars, lors de la dégustation comparative schistes/argilo-calcaires organisée à Saint-Chinian sous la présidence du journaliste de Decanter, Andrew Jefford. Décryptage en 22 bruts de cuves nus de vérité.

« Nous avons fait une avancée considérable, pour la première fois j’ai constaté des choses que je n’avais jamais constatées avant », s’est enthousiasmé le journaliste de Decanter Andrew Jefford, en conclusion de la dégustation organisée lundi 12 mars à Saint-Chinian à l’intiative de l’association Terroirs de Schistes.

L’objectif était de mettre en lumière les spécificités apportées aux vins par les terroirs de schistes en les comparant, au cœur d’une même appellation, aux sols argilo-calcaires eux-mêmes caractéristiques de Saint-Chinian. Exercice rendu possible du fait de la géologie rare de cette AOC héraultaise alternant de façon très resserrée, au nord les schistes métamorphiques de l’ère primaire (zones de Berlou et Roquebrun) et au sud les argilo-calcaires du « Chaînon de Saint-Chinian », une curiosité géologique due à l’effondrement de la chaîne pyrénéenne au moment de la formation de la Méditerranée.

4 cépages, 2 terroirs, 22 possibilités

Pour éviter les marges d’erreur, le delta avait encore été réduit au maximum : il s’agissait de déguster en les comparant, 22 vins rouges produits sur un même territoire, provenant du même millésime (le 2017), du même cépage et sans élevage. « Plus on s’éloigne de la date de vendanges, plus on introduit de variables d’où la décision de ne déguster que des bruts de cuve, provenant souvent des mêmes caves avec des approches de vinification identiques », explique Andrew Jefford.

Issus de parcelles les plus caractéristiques de leurs terroirs, les 22 vins dégustés impliquaient douze producteurs de Saint-Chinian (cinq sur argilo-calcaires, cinq sur schistes et deux mixtes) et confrontaient en mono-cépages 8 syrah, 4 grenaches, 4 mourvèdres, 3 carignans, ainsi qu’une cuvée d’assemblage syrah-grenache.

Les calcaires bon enfants, les schistes mystérieux

De l’avis de l’ensemble des dégustateurs présents, les arômes des vins sur argilo-calcaires se caractérisent par l’énergie, la vivacité, un côté séducteur, qualifié de « bon enfant », bien plus évident que sur les schistes « plus mystérieux », qui définissent un corps qui va être un peu plus réservé et une structure qui va être un peu plus marquée de ce fait.

« Le côté garrigue, le floral, le caractère, etc., il y a toute une masse de choses adorables avec les calcaires mais les schistes, c’est dans l’arrière-goût que les choses se passent », détaille Andrew Jefford. Cet arrière-goût plus difficilement définissable, le journaliste britannique lui trouve son origine « dans le cœur des tanins et l’association pierre écrasée (cette minéralité qu’on aime tant, NDLR) qui forment toute la noblesse des vins de schistes ».

Propos que vient imager Dominique Buffet avec cette jolie formule, destinée aux vins argilo-calcaires : « Quand on a un corps charnu, on sent moins les os ». Pour ce sommelier formateur pour les vins de Bourgogne, « l’intérêt de l’argile, c’est qu’il archive tous les éléments nutritifs nécessaires à la plante, éléments qui vont lui offrir du coup tout le charnu nécessaire. Inversement, le schiste est un terroir plus austère. Même s’il s’agit d’argiles transformées, elles ne se rétrocèdent pas dans la plante. »
La puissance donc pour les argiles, la finesse dans les schistes… Tout un programme.

BONUS
Arômes : 4 cépages à la loupe

Le grenache : Notes florales, plutôt fruits frais pour les grenaches sur argilo-calcaires qui développent sur schistes des notes fumées, plutôt fruits secs avec un côté plus viandé et épicé.
Le carignan : présente plus d’acidité sur les vins de calcaire, la notion d’équilibre sur les schistes étant plus rattachée à l’aspect pierreux et à des tanins plus denses.
La syrah : s’exprime quant à elle plus facilement sur argilo-calcaires que sur schistes. « Le caractère garrigue dont on parle souvent pour les vins du Languedoc est plus marqué sur les calcaires que dans les schistes », observe Andrew Jefford.
Le mourvèdre : s’est avéré le cépage le plus difficile pour déceler les différentiels de terroirs au cours de cette dégustation.