Lundi 13 Avril 2026
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13.04.2026
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À quelques minutes du centre de Bordeaux, au cœur de l’appellation Pessac-Léognan, le Château Pape Clément abrite bien plus que le grand vignoble. Enserré par la ville, le domaine déploie un jardin singulier, fruit d’une vision évolutive portée depuis plusieurs décennies par son propriétaire, Bernard Magrez. Aujourd'hui, balade au coeur de ses « jardins extraordinaires », un parcours botanique où l'histoire rencontre l'exotisme dans une métamorphose permanente.
Avant que le jardin ne devienne celui d’aujourd’hui, le propriétaire se souvient :« le jardin n’était pas dans l’état que nous connaissons. Il n’y avait qu’un arbre, un cèdre qui a été planté en 1793 ». En pleine période de la Terreur, les révolutionnaires les plus radicaux lancent une politique de déchristianisation. Le domaine sera confisqué comme bien national et, en 1791, est vendu aux enchères. Un cèdre est donc planté : le symbole de la liberté ? À Pape Clément, il est au centre de tous les regards.
Si le cèdre incarne un pivot stable, le paysage qui l’entoure varie au fil des années : il se transforme au gré des saisons, des nécessités dictées par le changement climatique, des inspirations et des découvertes botaniques venues du monde entier. « Le jardin évolue en permanence », explique Xavier de Bodman, de Puyau Paysage, qui intervient trois fois par semaine pour entretenir ce jardin si particulier. Alain Baraton, le chroniqueur et jardinier en chef du domaine national de Trianon et du parc du château de Versailles, nous dit que ce jardin « a une particularité. Il ne ressemble à aucun autre et, s’il devait se définir par un style, je dirais qu’il a le style Bernard Magrez. C’est-à-dire un jardin de collectionneur ».

Et en effet, ce jardin en couronne autour du château propose un parcours singulier. Un sous-bois évoque les paysages du sud de l’Europe, dans un décor presque méditerranéen. La collection de callistemons et plusieurs chênes-lièges contribuent déjà à cette impression de voyage qui va se poursuivre.
Les pelouses, au centre de la couronne, sont entretenues à la manière des greens de golf et n’oublient pas les célèbres bandes à l’anglaise qui ondulent sur les reliefs du parc.
Le parcours conduit ensuite à l’une des pièces maîtresses du jardin : la roseraie, installée dans l’ancien potager du château. Transformé il y a quelques années, cet espace accueille aujourd’hui près de 180 variétés de roses.
Non loin de là, quelques paddocks rappellent que le domaine vit au rythme de la vigne. Chaque saison, une dizaine de chevaux de trait y prennent place pour travailler le vignoble, une pratique dans l’esprit de biodynamie du château.
Le visiteur entre ensuite dans le « jardin sec », un espace de près de 600 mètres carrés créé en 2017. Plus de vingt tonnes de pierres et de roches y ont été disposées pour créer un paysage minéral ponctué de plantes venues de divers horizons. Certains spécimens proviennent des vignobles que possède Bernard Magrez à travers le monde. Parmi eux, un impressionnant yucca centenaire, pesant plusieurs tonnes, a été transporté depuis une propriété andalouse.
Le chemin se poursuit vers la palmeraie. Là, d’imposants palmiers Jubaea chilensis – le cocotier du Chili – attirent le regard avec leur tronc massif évoquant un pied d’éléphant. Parmi les autres curiosités figurent six oliviers monumentaux, qualifiés d’« oliviers millénaires », dont la circonférence de certains dépasse 3,50 m.
La promenade s’achève dans une atmosphère plus méditative, au jardin du cloître, inspiré des jardins monastiques médiévaux : un espace géométrique organisé en quatre carrés symbolisant les quatre fleuves du paradis et les évangélistes. Une invitation à une déambulation paisible face aux chais du domaine.
Alain Baraton s’émerveille : « c’est un jardin qui bouge, comme le mur d’un musée. On y accroche des tableaux tous les ans différents ». Les Tableaux d’une exposition s’enchaînent sans que rien ne vienne perturber la sérénité du lieu. Malgré la contrainte forte d’un paysage urbain au-delà des vignes, le regard du visiteur reste dans ce cocon de verdure, un rien exotique. Parlant de Bernard Margrez, Alain Baraton poursuit : « il s’en est admirablement sorti. La preuve, c’est que quand on est dans ce jardin, on ne voit que le jardin. C’est un tour de force de créer un îlot de verdure, j’allais dire, d’évasion végétale. Cela a été conçu avec intelligence et subtilité ».
Bernard Magrez reste modeste sur les raisons de cette création : « notre rôle dans la vie de tout le monde, c’est de comprendre ce qui peut faire plaisir à l’autre et chercher ce qui peut procurer des émotions positives ». Et d’ajouter : « j’ai fait cela avec l’idée d’un service ». Alain Baraton confirme : « le jardin coûte bien plus qu’il ne rapporte ».

Visite des Jardins extraordinaires du Château Pape Clément : 11 €.
216 Av. Dr Nancel Penard, 33600 Pessac
05 57 26 38 38
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