Fabrice Gasnier, vigneron bio de Chinon (37), en Loire, est le nouveau président du syndicat local. Rencontre en Rabelaisie, au pays du cabernet franc.

Les 170 vignerons de Chinon viennent donc de se choisir pour nouveau président Fabrice Gasnier. Ce quinqua gère avec son épouse Sandrine le domaine à son nom, 30 hectares de vignes à Cravant-les-Coteaux “travaillées en bio depuis 2001, certifiées en 2008, en même temps que Demeter”. Fabrice est au conseil d’administration du syndicat depuis douze ans : “L’appellation m’a beaucoup donné, alors aujourd’hui, je vais lui donner trois ans de mon temps”, sourit-il.

Au pays de Rabelais, le cabernet franc est roi, et Chinon est la plus importante appellation de Loire pour les vins rouges. “Dans le monde entier, il n’y a que quatre appellations à produire des vins en mono-cépage de cabernet franc, Saumur-Champigny, Bourgueil et Saint-Nicolas-de-Bourgueil et bien sûr Chinon, qui produit le plus gros volume”, explique fièrement le vigneron.

Autre point fort de l’appellation : “Nous sommes tous en cave particulière”. Traduction : à Chinon, les vignerons produisent leurs raisins et leurs vins eux-mêmes, sans passer par une coopérative de vinification. La vente en direct est également très répandue, et les vignerons chinonais sont nombreux à proposer un “caveau” de dégustation. “50 à 70% des vins de Chinon sont consommés dans le quart Nord-Ouest de la France”, souligne le président.

“Il y a aussi du rouge en Loire !”

Cette “force” a bien sûr son revers : une très faible présence à l’international. Seulement 5% des vins de Chinon partent à l’étranger, principalement aux Etats-Unis. “Il y a là une belle marge de manœuvre”, commente le président. Le vignoble de Loire est surtout connu pour ses vins blancs, et “c’est à nous qu’il revient de changer ces codes, pour dire qu’il y a aussi du rouge en Loire ! Nous n’avons pas à rougir de nos vins, en plus : ce sont des vins honnêtes et très qualitatifs, avec un excellent rapport qualité/prix, surtout quand on se compare aux concurrents du Nouveau Monde.” Mais pour convertir la planète aux rouges légers et frais de Chinon, il va falloir “se bouger”, prévient le président.
Le syndicat montre d’ailleurs une belle dynamique. Éprouvé par les gels de printemps de ces dernières années, le vignoble s’est en réponse organisé collectivement et aujourd’hui, une cinquantaine d’éoliennes parsèment les vignes.

En parallèle, une vaste enquête a été lancée, notamment pour faire le point sur la part de “bio” à Chinon, qui pourrait bien être l’une des appellations les plus avancées de Loire sur ce point… Le syndicat prévoit également de “cartographier les parcelles les plus adaptées pour produire du chenin, pour l’AOC Chinon blanc”, soit environ 3% des surfaces. “Je pressens aussi un fort enjeu autour de la transmission, car la moyenne d’âge est entre 50 et 60 ans, pointe Fabrice Gasnier. Jusqu’à maintenant, nous n’avons pas de vignes en friches, mais nous devons réfléchir pour attirer des jeunes”.
A plus court terme, les Chinonais attendent leur nouvelle maison des vins à côté des fameuses Caves Painctes de Rabelais, en chantier. L’inauguration est espérée à temps pour les vendanges 2021.

BONUS : Un été à Chinon avec les enfants
Du 9 juillet au 27 août 2020, chaque jeudi après-midi à la forteresse royale de Chinon, un domaine sera présent pour faire découvrir gratuitement son métier et ses vins. Parfait pour ceux qui hésitent à traîner leurs bambins dans un circuit de caves. Renseignements 02 47 93 30 44 ou sur chinon.com – Entrée à la forteresse 10,50 €, gratuit – 7ans.