Officiellement reconnue en juin dernier par l’INAO, l’appellation “Terrasses du Larzac” vient d’entrer au Journal Officiel. Une très belle nouvelle à laquelle “Terre de Vins” s’est associé, le temps d’une escapade publiée dans notre n°31.

Comme nous vous l’annoncions cet été, l’appellation « Terrasses du Larzac » a été officiellement reconnue par le Comité National de l’INAO du 26 juin. A partir du millésime 2014 qui vient de voir le jour, les 5 coopératives et 60 caves particulières de ce terroir peuvent désormais étiqueter leurs vins « AOC Terrasses du Larzac ». C’est la première appellation en rouge de la famille des anciens Coteaux du Languedoc à se voir accorder la reconnaissance en AOC spécifique.

Le décret entérinant cette reconnaissance vient d’être publié au Journal Officiel N° 2014-1200 du 17 octobre 2014 homologuant le cahier des charges relatif à l’appellation d’origine contrôlée “Terrasses du Larzac”.

Pour fêter cette bonne nouvelle, “Terre de Vins” a concocté, dans son n°31 (septembre-octobre, toujours en kiosques), une escapade spéciale “Terrasses du Larzac”, sur les hauteurs de Saint-Jean-de-la-Blaquière. Morceaux choisis (textes Marina de Baleine, photos Emmanuel Perrin).

Il y a des mots qui résonnent pour toujours dans notre mémoire. Le Larzac est de ceux-là. Pas étonnant que quelques kilomètres sous le célèbre plateau, fief écologiste qui fit tant parler de lui dans les années 70, des vignerons aient réussi à fédérer leur énergie et leur talent pour aboutir à la reconnaissance de l’appellation Terrasses du Larzac en une dizaine d’années.
Les Terrasses du Larzac ? Une large bande en forme de V qui s’étale d’ouest en est du lac du Salagou à la vallée de l’Hérault et du nord au sud de Pegairolles de l’Escalette à Saint-André de Sangonis en passant par des lieux emblématiques comme Saint-Guilhem le Désert, Saint-Jean de Buèges, Aniane, le Pont du Diable, le cirque de Navacelle. Les Terrasses du Larzac ? C’est un climat aussi avec des sommets qui frôlent les 900 mètres d’altitude et des amplitudes thermiques qui atteignent plus de 20°C en été, gage d’une maturation lente, d’arômes complexes, de tanins soyeux et de fraîcheur bienvenue. Les Terrasses du Larzac ? Ce sont des hommes et des femmes enfin qui gèrent une soixantaine de domaines indépendants et six coopératives. Quelques-uns étaient là, déjà vignerons depuis plusieurs générations. D’autres, une majorité, ont choisi ce terroir pour y trouver un espace de liberté et de création, « un lieu de réalisation exceptionnel » comme l’a souligné Olivier Jullien, pionnier sur ces terres à haute expression.
Pour cette nouvelle escapade dans les Terrasses du Larzac, nous avons choisi le périmètre de Saint-Jean-de-la-Blaquière. « C’est ici que l’évolution est la plus spectaculaire, explique Vincent Goumard du Mas Cal Demoura, président de l’appellation jusqu’en juillet dernier (il a été remplacé par Marie Chauffray du Domaine La Réserve d’O à Arboras). En quelques années, près d’une dizaine de jeunes vignerons sont venus s’installer ici. Ils ont des idées, et une grande volonté de valoriser leur terroir ». Vous l’avez compris, on n’a pas fini d’en entendre parler.

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Béatrice et Sébastien Fillon – Le Clos du Serres
Sébastien en 2001 et Béatrice en 2008 ont quitté leurs emplois respectifs et la ville de Lyon pour devenir vignerons. « Nos métiers ne remplissaient pas notre vie. Sébastien a d’abord suivi une formation en viticulture puis en œnologie. Moi, la vigne me disait bien mais je voulais travailler au soleil. Après 3 ans de recherche, nous avons acheté le Clos du Serres en 2006 avec 10 hectares et nous venons de terminer une maison et un caveau tout neuf ».
Le couple réussit en quelques années à se faire remarquer lors des dégustations avec des cuvées très personnelles comme l’Humeur vagabonde (23 €), La Blaca (15 €), Le Saut du poisson (14 €), et se retrouve régulièrement en rupture de stock.

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Gavin Crisfield – La Traversée
Il en a traversé des mers avant de s’installer à Saint-Privat, sur les premiers contreforts du Larzac. La mer d’Irlande d’abord, pour passer de Belfast à Londres où il est devenu sommelier pendant près de 10 ans. La Manche ensuite, quand il a fait un stage dans un domaine près de Montpellier après ses études d’œnologie.
Après son stage, Gavin est embauché en 2001 au domaine de la Sauvageonne qu’un investisseur anglais vient d’acheter. « Cela m’a permis de découvrir la diversité du terroir de Saint-Jean de la Blaquière ». Au bout de 8 ans, l’Irlandais n’a qu’une idée en tête : s’installer chez lui, créer sa cave, faire ses vins.
Avec la Traversée (25 €) et un cinsault (16 €), ses deux cuvées, Gavin réussit à créer une trame délicate, des vins gourmands, complexes et élégants.

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Jean-Baptiste Granier – Les Vignes Oubliées
Avec un père, un oncle et un grand-père dans le vin (le Mas Montel près de Sommières), Jean-Baptiste aurait pu avoir envie de tourner le dos à cet univers. Bien au contraire. « Mon père Jean-Philippe m’a transmis sa passion. Je me demandais juste où j’allais pouvoir me poser ».
Pas facile de trouver un lieu où s’installer dans les environs et Jean-Baptiste a résolu la question en établissant sa cave à Saint-Jean de la Blaquière et son chai d’élevage en pleine nature dans un lieu insolite. Au bout d’un petit chemin chaotique, une solide grille protège… une grotte ! « Elle abritait un pressoir à huile d’olive. Le taux d’humidité est excellent et il y fait 12°C toute l’année ». Sous une coupole rocheuse taillée par l’érosion, la pyramide de fûts grimpe jusqu’au plafond. Jean-Baptiste armé d’une pipette fait quelques prélèvements. Tanins délicats, arômes complexes, fraîcheur… l’équilibre est déjà là et il reste encore quelques mois d’élevage avant l’assemblage et la mise en bouteille de sa cuvée Les vignes oubliées (17 €). Patience, patience…

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Olivier Bellet – Le Clos Riviéral
Olivier Bellet n’aurait pas beaucoup intéressé Paul Morand, il est l’inverse d’un homme pressé. Ce qui compte pour ce jeune marié de 30 ans c’est de prendre son temps pour aller au bout d’une idée, d’une envie, d’un objectif.
Les cuvées assemblées par Olivier Bellet témoignent de sa précision dans ses choix et dans ses gestes. Le Roc des cistes (12 €), un assemblage de vieilles vignes de syrah, grenache et mourvèdre, offre un grand potentiel de garde, des tanins soyeux et des arômes de baies de genièvre. Avec Les Fontanilles rouge (8 €), c’est la gourmandise, le croquant et la fraîcheur qui dominent. Les Fontanilles blanc (9 €), une association réussie de viognier, roussanne, chardonnay et chenin, est à la fois onctueux et minéral, frais et équilibré.

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Antoine Cotes – La Sauvageonne
« Les terres de La Sauvageonne ont été défrichées par la Safer en 1970 pour permettre à de jeunes vignerons de s’installer. Monsieur Poncé a planté les vignes en 1973, créé un caveau et une maison en 1976 puis vendu à un anglais en 2001 qui l’a conservé pendant 10 ans ». L’homme qui parle s’appelle Antoine Cotes. Il a été embauché en 1992 comme tractoriste et, au fil des ans et des propriétaires, n’a cessé d’évoluer et de prendre des responsabilités.
Aujourd’hui régisseur, il connaît chaque pierre, chaque cep et chaque recoin des 55 hectares de La Sauvageonne. « L’arrivée de Gérard Bertrand en 2011 est très bien vécue car la production est tirée vers le haut. Les vignes sont reconverties en biodynamie depuis 2 ans avec l’aide de Jacques Mell et nous travaillons beaucoup sur la traçabilité. A la fin de l’année, nous attaquerons le chantier de la rénovation de la cave où nous installerons une nouvelle cuverie thermorégulée et un nouveau chai à barriques. L’ensemble représente tout de même un budget de 700 000 € ».

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Estelle Salles – Capitelle des Salles
Estelle a pris le temps. Le temps d’étudier (pharmacie, viticulture, œnologie, administration des entreprises). Le temps de pratiquer (elle a fait de nombreux stages chez Sylvain Fadat et à Châteauneuf). Le temps de déguster (elle participe à de nombreux concours nationaux et internationaux). « Du côté de mon mari, Frédéric Salles, ils sont vignerons depuis 1830 et propriétaires d’un domaine à Saint-Jean de la Blaquière. Mes beaux-parents portaient les raisins à la coopérative mais la rentabilité était tellement faible qu’ils n’y croyaient plus. Quand ils ont commencé à arracher les vignes, c’était un massacre pour moi qui adore les vins de ce secteur. Alors je me suis lancée. En 2005, j’ai pris deux hectares en fermage et nous avons rénové et aménagé la cave avec Frédéric qui partage son temps entre le domaine et une pharmacie à Montpellier ».
A 37 ans, Estelle gère aujourd’hui près de 4 hectares répartis sur neuf parcelles qui forment un étonnant puzzle de sols et de climats dont elle tire partie au mieux pour façonner ses quatre cuvées.

Retrouvez toutes nos bonnes adresses en Terrasses du Larzac, dans “Terre de Vins” n°31, toujours en kiosques.
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