Créé au début des années 2000 par Béatrice et Vincent Rapin, le Domaine de Valmengaux, situé à Vérac sur la rive droite de Bordeaux, connaît une deuxième vie depuis sa reprise par David et Valérie Vallet. Qui poursuivent le travail accompli avant eux et chouchoutent cette pépite confidentielle de 4 hectares.

À Bordeaux, ce n’est plus un secret, il n’est pas difficile de sortir des sentiers battus pour dénicher des vins qui bousculent les idées reçues. Encore faut-il le vouloir, et s’autoriser à être surpris. C’est un peu ce qui est arrivé à David et Valérie Vallet qui, lorsqu’ils ont décidé de « changer de vie » pour devenir vignerons, ont commencé à se mettre en quête de propriétés à reprendre dans différentes régions. Ils ont regardé dans la Loire, puis à Pézenas dans le Languedoc, dans le Lot, à Bergerac, à Duras… avec un refrain en tête : « tout sauf Bordeaux ! » Et finalement, c’est bien à Bordeaux qu’ils ont atterri. Comme quoi, la vie…

Mais rétropédalons un peu pour raconter comme David et Valérie ont commencé à écrire le second chapitre de la vie du Domaine de Valmengaux. Originaire de l’Yonne, avec des attaches familiales dans le vignoble chablisien, David n’avait que peu de choses à voir avec le monde du vin ; quant à Valérie, hormis un grand-père négociant à Châlons-en-Champagne, c’était itou. Et dans leur domicile proche de Fontainebleau, on cultivait historiquement du chasselas, mais à part ça… Et puis, au tournant de la quarantaine, lui, cadre dans le contrôle de gestion et les systèmes d’information (avec un passage notamment chez Ubisoft) et elle, dans les ressources humaines, se piquent d’une envie de se réinventer, de se reconnecter. Pourquoi pas dans le vin ? Nous sommes en 2014 et David commence à se renseigner, à échafauder un projet de reconversion. Il prend contact avec Olivier Picherit, vigneron en Anjou (au Clos des Sables) qui, lui aussi, a connu une première vie dans l’industrie avant d’entendre l’appel de la terre. Olivier le prend sous son aile, lui fait partager son expérience, lui donne les clés de la vie de la vigne. Pour David, se dessine d’abord l’envie de produire du chenin dans la Loire, et de reprendre un domaine déjà en bio. Avec Valérie, ils visitent sept propriétés au total, dans différents coins du vignoble français. Puis, un jour, tombent sur une annonce : le domaine de Valmengaux est à vendre.

Créé en 2000 par Béatrice en Vincent Rapin (le couple rock’n’roll de La Dame de Onze Heures dont nous vous avons parlé récemment), ce vignoble de 4 hectares est situé sur de jolis terroirs argilo-calcaires de la rive droite, tout près de Fronsac, en appellation Bordeaux. Le vignoble est sain, en bon état, déjà certifié bio depuis 2012, et les Rapin ont déjà fait un joli travail de fond sur la qualité des vins comme sur leur commercialisation – le nom, Valmengaux, est un hommage à leurs trois enfants, Valentin, Clémentine et Margaux. David et Valérie savent qu’ils disposent de bases solides sur lesquelles s’appuyer, un compromis est trouvé : ils arrivent à Valmengaux pour les vendanges 2016, se font accompagner par Béatrice et Vincent les premiers temps, mais suivent aussi des formations viticoles avec les Vignerons Bio de Nouvelle-Aquitaine. Début 2017, ils sont pleinement chez eux. Ils se structurent en Groupement Foncier Viticole (GFV) avec 33 associés et 89 parts, ce qui leur permet de financer des investissements, notamment des plantations, mais aussi de développer un petit réseau d’ambassadeurs. Avec environ 10 000 bouteilles en production sur une « année normale », Valmengaux répartit sa distribution entre le marché français à 50% (cavistes indépendants majoritairement, plus quelques salons pour les particuliers) et l’export pour les autres 50% – Royaume-Uni, Irlande, Allemagne, Autriche, et depuis peu New York. Un gîte de quatre chambres leur permet de déployer aussi une petite offre œnotouristique.

En plus du vignoble existant (90% merlot 10% cabernet sauvignon), David décide de planter 80 ares de Malbec, 20 ares de merlot supplémentaires et 40 ares de chenin, pour faire du blanc en Vin de France. Amoureux de ce cépage foncièrement ligérien, il veut lui donner une interprétation à la fois mûre et tendue, en l’élevant par exemple dans des contenants en porcelaine. Côté contenants, parlons-en : les vinifications se font toujours en cuve béton, et les élevages se partagent entre quatre foudres Stockinger (12 et 20 hl, sur des durées de 24 mois) et des jarres en terre cuite italiennes pour des élevages plus courts, mais qui donnent des résultats si différents que David décide d’en racheter deux autres en 2018, de 950 litres, pour élever des lots à part et signer une cuvée « En Jarre ». Cette deuxième cuvée est l’occasion de relooker aussi l’étiquette – la nouvelle peau du Domaine de Valmengaux.

Convaincu désormais que l’on peut signer à Bordeaux des vins « à rebours des préjugés, fins, digestes, sans concentration excessive ni boisé marqué« , David Vallet sourit en repensant au fait que, « lorsque cette idée de changement de vie nous a pris, nous étions en voiture, en train de revenir de vacances, sur l’A89 à proximité de Libourne« . Comme quoi quelquefois, la vie nous envoie de bons signaux. C’est aussi ça, la morale de Valmengaux.

« Terre de Vins » aime :
Domaine de Valmengaux 2019 : de la vivacité, une touche mûre et croquante, une pointe zestée, on aime ce joli nez élancé et floral, net, qui annonce une bouche fraîche, droite, légèrement acidulée, portée par une belle finesse tannique et une colonne vertébrale qui tient le vin jusqu’à la finale, salivante et signée par de fins amers. L’élevage en foudre est élégant et fondu. 18,90 €.
Domaine de Valmengaux « En Jarre » 2020 : le même vin, élevé 12 mois en jarres de terre cuite (500 et 950 litres) et non filtré. Malgré le profil très généreux du millésime qui fait monter le niveau d’alcool (15° sur l’étiquette), on est séduit par le profil sensuel, soyeux, très texturé de ce vin qui déploie une aromatique de fleur mauve, de baie noire écrasée. Belle densité en bouche, une sucrosité jamais pesante balancée par un grain de tannins finement crayeux, et signé là aussi par des amers nobles en finale qui le rendent très savoureux. 23,10 €.