La première master class de Bordeaux Tasting 2021 était consacrée au château Montrose, 2ème Grand Cru Classé 1855, autour des millésimes en 9 : 2019, 2009, 1999 et 1989 étaient à l’honneur, pour une mise en lumière exceptionnelle d’un grand terroir de Saint-Estèphe.

Une certaine émotion teintée d’impatience étreignait l’auditoire de cette première master class de Bordeaux Tasting, heureuse de retrouver les ors du Palais de la Bourse de Bordeaux après deux années de parenthèse pour cause de Covid-19. Et pour fêter ces retrouvailles – sous le sceau des consignes de rigueur en matière de sécurité sanitaire – c’est une star, un « super second » du vignoble bordelais, qui avait l’honneur de donner le coup d’envoi : Château Montrose, 2ème Grand Cru Classé, déclinait quatre millésimes en 9 sous l’élégante autorité de son directeur général Hervé Berland. Arrivé à la tête de Montrose en 2012 après de longues années à Mouton Rothschild, Hervé Berland a contribué, mandaté par la famille Bouygues (propriétaire depuis 2006) qui lui avait tout simplement demandé de « faire le meilleur », à rendre tout son lustre à ce magnifique vignoble stéphanois dont la surface foncière est inchangée depuis son classement en 1855. Parfaitement situé sur des terrasses de graves aux sous-sols argileux à proximité de l’estuaire de la Gironde, bénéficiant d’une exposition idéale, dans un environnement classé Natura 2000, Montrose a bénéficié depuis 10 ans d’efforts et investissements considérables, qui se concrétisent aussi bien avec son chai, inauguré en 2013, qu’avec les engagements environnementaux qui ont été pris à la propriété – qui lui valent aujourd’hui d’être autonome dans sa production énergétique, de recycler l’intégralité de ses émanation de CO2 fermentaire, et de conduire une réelle politique en faveur de la biodiversité. « Tout ce que l’on prend à la nature, il faut lui rendre d’une façon ou d’une autre », souligne Hervé Berland, précisant qu’une équipe R&D composée de trois ingénieurs a été lancée depuis 2015 pour travailler sur toutes les questions de développement durable.

Mais si l’avenir est constamment au cœur des réflexions des équipes de Montrose, le travail sur la continuité et la pérennité du style est aussi une préoccupation, et cette master class était une belle occasion de le prouver. Les quatre millésimes en 9 qui étaient présentés (2019, 2009, 1999, 1989) ont ainsi permis de voir comment le génie du terroir transcende le temps. La dégustation se déroulait en présence de Matthieu Potin, vainqueur en titre du concours de Meilleur Caviste de France et fervent défenseur des vins de Bordeaux dans son établissement La Vignery à Saint-Germain-en-Laye : « On ne fait jamais d’erreurs à servir un bordeaux ».

Montrose 2019 est encore un bébé, mais un bébé plein de promesses. Millésime de haut vol intercalé entre deux autres millésimes de haut vol (2018 et 2020) mais ayant eu la malchance de sortir en primeurs au plus fort de la pandémie de Covid-19 (d’où son prix qui en fait sans doute « l’affaire du siècle »), 2019 est un « millésime que l’on redécouvrira », assure Hervé Berland. Bien que très jeune, encore sur un fruit éclatant et des arômes primaires dominants, ce 2019 se révèle d’une incroyable précision, porté par un élevage d’une grande élégance et un toucher de tanins extrêmement velouté. « Des facettes d’arômes qui s’arrêtent tandis que d’autres commencent, c’est ça la signature des grands vins », souligne Matthieu Potin. Pour Sylvie Tonnaire, rédactrice en chef de Terre de Vins, ce 2019 ira parfaitement sur un pavé de cerf au poivre de Sarawak.

Montrose 2009 a déjà une douzaine d’années au compteur, ce qui signifie qu’il est encore tout juste au stade de l’adolescence mais déroule une personnalité d’une incomparable séduction. À l’époque, ce n’était pas Hervé Berland mais Jean Delmas qui présidait à la destinée de la propriété et qui a donc donné naissance à ce grand millésime qui « remporte tous les suffrages ». Densité et profondeur s’annoncent dès le premier nez, Matthieu Potin soulignant une « fraîcheur mentholée » et une conjugaison « de puissance, de précision, de longueur, de finesse » conclue par « une touche de salinité et des notes maritimes », s’enthousiasme Hervé Berland. Sylvie Tonnaire, relevant une texture affinée et des tanins poudrés, préconise un accord subtil sur un faisan truffé sous la peau – et pourquoi pas à la truffe blanche.

Montrose 1999, produit avant le rachat de la propriété par la famille Bouygues (elle était alors entre les mains de la famille Charmolüe), est un vin âgé de plus de vingt ans, remontant à une époque où « les connaissances au vignoble comme au chai étaient moins pointues qu’aujourd’hui », précise Hervé Berland, « né suite à un mois de juillet un peu maussade et un mois d’août marqué par quelques épisodes de pluie, mais sauvé par une belle arrière-saison ». La liqueur de café, le cuir, la cerise confite à l’eau-de-vie et le chocolat s’invitent dans la palette aromatique de ce vin « qui est passé sur la deuxième partie de sa vie », souligne Matthieu Potin ; « un grand vin de repas », à n’en pas douter, ce que confirme Sylvie Tonnaire qui propose de marier la « tonicité » de ce 1999 avec une terrine de foie gras mi-cuit, relevée d’un poivre puissant.

Montrose 1989, servi en magnum, conclut la dégustation avec panache. Millésime majuscule durant lequel « l’orchestre Montrose a été d’un bout à l’autre magistral », raconte Hervé Berland, ce 1989 s’appuie sur « de grands cabernets, mais aussi de très beaux merlots » qui, selon Matthieu Potin, impriment au vin son profil sur « les petits baies rouges, encore plein de vitalité », de profondeur et de grâce. Sylvie Tonnaire relève « douceur, délicatesse, suavité et gourmandise » dans ce grand vin de garde dont la complexité évolutive appelle « une grande recette, comme un lièvre à la royale ». À plus de trente ans, ce 1989 a encore de longues années devant lui.

Photos Michaël Boudot