Le Manoir Henri Giraud à Aÿ annonce sa réouverture pour le 20 mai. L’occasion de découvrir de l’intérieur une maison de champagne atypique qui a toujours su faire rimer avec talent innovation et artisanat, là où d’autres confondent parfois cette dernière notion avec la répétition perpétuelle des gestes anciens.

Si beaucoup de maisons de champagne annoncent un bilan catastrophique du Coronavirus, certaines semblent avoir mieux résisté que d’autres aux premiers mois de la crise. C’est le cas de la Maison Henri Giraud qui partait déjà avec un peu d’avance grâce à l’augmentation de 20% de son chiffre d’affaires l’année dernière. Pendant le confinement, seule la boutique de vente directe a été fermée. Pour le reste, confie Claude Giraud, “les expéditions tout comme l’activité des caves n’ont jamais cessé.” La maison lançait d’ailleurs au mois de mars deux nouvelles cuvées : la cuvée Argonne 2012 et la cuvée Hommage au Pinot Noir.

Certes, le tableau est contrasté. C’est l’exportation qui s’est maintenue, en particulier le marché asiatique et le marché anglais, où la clientèle des collectionneurs a notamment continué à acheter des vins de la marque. En France, en revanche, malgré l’autorisation accordée aux cavistes de rester ouverts, les ventes n’ont pas suivi. Un écart qui tient peut-être à une image différente du champagne à l’étranger. Dans l’hexagone, il représente d’abord une boisson festive, synonyme de célébration et de convivialité. Au-delà de nos frontières, surtout en ce qui concerne le champagne Henri Giraud qui a opéré tout un travail de repositionnement depuis le début des années 1990, il est d’abord un vin.

Mais si la Maison a su si bien affronter la crise, cela tient aussi à sa capacité d’adaptation. Depuis le 11 Mai, elle profite par exemple de la disponibilité exceptionnelle des restaurateurs locaux pour les inviter à visiter ses caves et ne désemplit pas. Il en va de même pour son Manoir qui accueille à nouveau des hôtes. L’entreprise, qui avait décidé symboliquement il y a un mois et demi d’espacer les deux points qui surmontent habituellement le “G” de son logo pour encourager la distanciation sociale, n’a fait aucune concession sur les normes de sécurité. Le Maître de maison a suivi plusieurs formations, la température des invités est prise à leur arrivée, des masques sont mis à disposition… Il est vrai aussi que les appartements séparés et munis chacun de leur cuisine permettent une grande autonomie.

Séjour initiatique au Manoir Henri Giraud

Le Manoir, lancé en décembre 2019, propose une immersion dans le terroir “par tous les pores”. Elle commence par un bain de craie, souvenir laissé par l’océan il y a 70 millions d’années et dont l’épaisseur atteint 200 mètres sur les coteaux d’Aÿ. Sa boue très tendre est prisée depuis l’Antiquité dans les cures thermales. Elle soulage les douleurs articulaires, les rhumatismes…

Bénéfique pour le corps, elle l’est évidemment pour le vin. C’est elle qui procure cette salinité qui fait l’élégance des champagnes du cru. En emmagasinant la chaleur et en la restituant à la vigne, elle donne aussi aux vins un côté “rôti”, compensé par la fraîcheur de la Marne qui mouille le bas des coteaux. Enfin, très poreuse, la craie absorbe l’eau comme une éponge pour la laisser remonter par capillarité en période de sècheresse, où les vignobles sont alors les seules taches vertes dans le paysage champenois.

Après le toucher, la seconde phase de l’initiation pour le visiteur passe par une promenade au milieu des vignes pendant laquelle le guide réalise un petit forage dans la terre que l’hôte va pouvoir goûter. Cet encas surréaliste mais riche d’enseignements lui permet de mieux apprécier la troisième étape : celle de la dégustation des vins clairs où il tentera de retrouver les saveurs des différents sols. Là-encore, cette expérience n’est pas banale. Elle est rarement proposée aux touristes que l’on craint de choquer par l’acidité des vins. Pourtant, elle seule permet de comprendre les subtilités de l’assemblage et les problématiques du chef de cave.

Après les mystères de la vigne, l’invité entre dans les mystères de la vinification, et plus particulièrement de la vinification sous bois, grande spécialité de la maison avec le grès. Le champagne Henri Giraud propose ici un pique-nique en forêt d’Argonne, au pied du fameux chêne Giraud. L’occasion de découvrir le laborieux travail de recherche mené par la maison depuis plusieurs années sur les différents terroirs de la tonnellerie. Car comme pour la vigne, le sol sur lequel pousse le chêne du futur tonneau a son importance. Ce n’est pas un hasard si avant la conversion générale des Trente Glorieuses à la brauthite puis à l’inox, toutes les maisons venaient s’approvisionner pour le bois de leurs fûts en Argonne, à 80 kilomètres du vignoble et non dans la forêt de la Montagne de Reims, pourtant beaucoup plus proche. Les sols argileux de la Montagne sont trop riches, tandis que la gaize de l’Argonne sied davantage. Et là-aussi, de la même manière que pour le vin, ce sont les terroirs les plus dépouillés qui donnent les meilleurs résultats : “on n’utilise pas le même chêne pour la marqueterie et pour les fûts” !

On l’aura compris, pour le Manoir Henri Giraud, la presque totalité des offres est rétablie et les hôtes n’auront pas le temps de s’ennuyer pour cette escapade qui mérite pleinement son qualificatif “d’œnotouristique”. Seule la “Table expérience du chef” pour explorer les accords mets-vins est temporairement suspendue pour des raisons de sécurité.

https://www.manoir-henri-giraud.com/fr/