Du savagnin, de la mondeuse blanche ou du gros manseng ont trouvé une terre d’élection sur la presqu’île médocaine. C’est le pari un peu fou des propriétaires du Château du Retout. Le Cru Bourgeois Supérieur basé sur la commune de Lamarque joue sur deux tableaux, du plus pur classicisme médocain à la grande originalité. Explications en rouge et blanc.

Ne cherchons pas qui d’Hélène ou de Frédéric, présidant aux destinées du Château du Retout, est le classique ou l’iconoclaste. C’est dans la bouteille que ça se passe et c’est une histoire de couleur. Car en ce lieu, les goûts et les couleurs, contrairement au crétin adage, on en discute ! En attendant, le Château du Retout mérite un coup d’œil dans le rétroviseur. A cheval sur les communes de Lamarque et de Cussac Fort Médoc, il existait autrefois trois domaines, Retou-Rosset, Salva de Camino et Moulina. Entre le phylloxéra, la boucherie-charcuterie de 14-18 et les affres de l’héritage, ces noms se sont éteints. Dans les années 1950, la famille Kopp achète le bâti et les terres de ces domaines, surtout dans l’idée de couler une paisible retraite. « Et puis mes grands-parents et ensuite surtout mon père vont replanter des vignes pour que naisse le Château du Retout », confie Hélène qui s’occupe aujourd’hui de ce Haut-Médoc de quelques 33 hectares. En 2001, son mari Frédéric Soual la rejoint au domaine. Il a fait ses classes à Léoville Las Cases et Palmer : il a une certaine idée des grands médocs. Au Retout, les beaux terroirs argilo-graveleux et de graves profondes délivrent alors de très jolis jus qui trouvent leur clientèle, notamment aux États-Unis, en Allemagne et au Japon. Deux jeunes filles courent entre les vignes et le chai : la vie est belle. Toutefois elle manque de piquant et il s’avère qu’en 2007, un hectare et demi de vignes est retiré de l’AOC Haut-Médoc. Hélène et Frédéric font la moue mais se disent que c’est peut-être l’occasion de s’amuser à faire un blanc. Et les amateurs de vin ne trinquent pas que du bordeaux, ils aiment bien les vins du Jura, de Savoie ou du Sud-Ouest. Alors, ils plantent du sauvignon gris mais aussi du savagnin, de la mondeuse blanche et du gros manseng. « Nous voulions de la fraîcheur, une belle acidité pour faire des vins sur la tension », expliquent-ils. Et c’est réussi, en témoignent les deux derniers millésimes en bouteille, les 2019 et 2020, bluffant de complexité aromatique et de fraîcheur. Toutefois cet OVNI blanc ne ferait oublier le vin rouge du Retout qui, par sa délicatesse et sa pureté du fruit, regarde vers Margaux. Avec une forte dominante de cabernet sauvignon (autour de 68%), une part non négligeable de petit-verdot (7%), quelques fûts et des amphores, la signature d’Hélène et Frédéric est en place. Sacré Cru Bourgeois Supérieur dans le dernier classement de 2020, le Château du Retout est à surveiller de près. Du goût, des couleurs et des sentiments traversent leur vin. Et il paraît que les deux filles qui couraient dans les vignes ont grandi pour faire des études d’ingé-agro…

Château du Retout Haut-Médoc : 15€

Le Retout blanc : 14€