Philippe Pellaton, Président d’Inter Rhône reste optimiste. Malgré le contexte dû au gel dévastateur, le baromètre économique des vins de la Vallée du Rhône reste au beau fixe.

“La situation est correcte. Les chiffres sont bons même si la réalité individuelle est très différente au niveau des entreprises et des appellations”. Le président d’Inter Rhône, dans le préambule de son point économique du 29 avril, veut rester optimiste. Suite au gel, l’état des lieux, non encore chiffré précisément, s’annonce déjà préoccupant pour nombre d’exploitations et crus, tels Condrieu, Côte Rôtie, Cornas et Saint Péray dans la partie septentrionale. Même pronostic pour le sud, où le Vaucluse est particulièrement impacté. La rive droite du Rhône, côté gardois, a été plus épargnée.

La qualité des millésimes 2019 et 2020 permettra d’aborder les marchés avec sérénité. Pour preuve, la distillation de crise s’élève à moins de 4% pour un secteur circonscrit aux Costières de Nîmes et au Diois. Côté volume, Philippe Pellaton note un décrochage de 3% pour le deuxième vignoble français. Depuis 2017, les aléas climatiques impactent la production. Elle est passée de 3 032 537 hl en 2015, à 2 710 072 en 2020. A contrario, le niveau des stocks est plus important que les années précédentes (+10%). Il s’explique par la pandémie qui a donné un coup de frein aussi bien sur le marché français qu’à l’export. Avantage, cela permettra d’honorer et de maintenir les marchés.

La commercialisation est en retrait de 8%. La GD tire son épingle du jeu par rapport à la CHR qui a pris de plein fouet la fermeture des établissements et les annulations d’évènements festifs. Par exemple, dans le premier cas, l’AOC Ventoux fait une belle performance en progressant de 50%.
A l’export, les transactions notent un léger recul de 1% en volume, pour un chiffres d’affaires de 488,6 millions d’euros. Cependant, les marchés européens sont en pleine croissance, en particulier la Belgique qui affiche +15% en valeur, la Norvège +47%, la Suède +9 %. Dans un contexte plus difficile, le grand export a été fortement impacté par la COVID-19, avec l’annulation de tous les salons professionnels, mais surtout par les tensions dues aux taxes Trump et au Brexit. Le moratoire laisse présager une belle reprise. Le marché chinois, jusqu’alors florissant, est en décroissance depuis deux ans. Les pertes s’élèvent à -50% sur ce laps de temps.

Côté stratégie, Philippe Pellaton a rappelé que l’un des prochains enjeux de la filière sera le développement du blanc et du rosé. Bien que majoritairement rouges, les AOC de la Vallée du Rhône se situent à la troisième place des régions productrices de vins rosés, en France. Face à une baisse de la consommation des vins rouges, “il ne faut pas passer à côté, il faut structurer la production”, souligne le président. Cet axe de travail est déjà amorcé dans la feuille de route de l’Institut Rhodanien.

Autre tendance en nette progression, les labels environnementaux. Les pratiques vertueuses sont en plein développement dans la Vallée du Rhône. Le bio représente 12% en volume, 13% en surface pour la récolte 2020. Dans le haut du tableau se situe la micro-appellation Clairette de Bellegarde avec 55%, les Côtes du Rhône Villages communaux y sont pour moitié (16%), pour citer deux exemples. Une orientation en adéquation avec les ventes en bio qui s’élèvent à 6,5% en volume, soit une progression supérieure à la moyenne des AOC françaises (+4,2%).

Face à cette mise en perspective, quelles seront les orientations budgétaires à venir ? Au premier confinement, l’interprofession rhodanienne s’est repositionnée pour financer à par égale les actions en France et à l’export. Optimiste, elle table sur une relance et maintient son budget national à hauteur de 10 millions d’euros. Mieux, elle l’augmente de 10%, en réinjectant les économies réalisées avec l’annulation de ses salons, cela sans augmenter les contributions.