Urville, l’aube cistercienne, le général de Gaulle… Lorsque Michel Drappier vous raconte l’histoire de sa maison, le voyage n’est jamais décevant ! Alors que la marque sera présente à Lyon Tasting les 8 et 9 octobre, Michel a accepté de revenir avec nous sur l’origine de sa fameuse cuvée « Grande Sendrée » qui sort le tout nouveau millésime 2012.

D’où vient ce nom étonnant de Grande Sendrée ?

En 1836, un incendie détruisit le village d’Urville. A l’endroit où se trouvent les parcelles actuelles, existait une forêt qui fût elle aussi la proie des flammes, laissant derrière elle une couche de 20 centimètres de cendre sur le sol. L’un de mes ancêtres a décidé d’y planter des vignes. Alors que le phylloxéra n’avait pas encore frappé et que le vin était considéré comme un nutriment, la mode était d’en mettre partout. La cendre étant un excellent fertilisant, il s’est aperçu qu’elle y poussait merveilleusement bien. L’incendie avait tué tous les ravageurs, champignons, maladies qui pouvaient nuire à la vigne et pendant des dizaines d’années, elle n’a donné que de beaux raisins sains. Les vignerons baptisèrent le lieu-dit « Cendrée » du nom de ces tas de cendres amassés au cours de l’hiver que l’on étalait ensuite dans les champs. Une erreur d’orthographe au cadastre transforma le C en S…

Contrairement à ce à quoi on pourrait s’attendre pour une grande cuvée, ce n’est pas un coteau plein sud. Néanmoins, avec le réchauffement, cela constitue un avantage, en lui apportant un surcroît de fraîcheur qui fait que ses vins mettent longtemps à se dévoiler. Ainsi, la cuvée n’arrive jamais avant au moins neuf ans de cave sur le marché. Le sol est lui aussi étonnant. On est sur le Jurassique Kimméridgien, le même qu’à Chablis, sauf que les cailloux ont été arrondis par la marée et forment des galets un peu comme à Châteauneuf-du-Pape. On a aussi des oxydes qui rappellent la Côte de nuit !

De quand date le premier millésime et quelles sont les caractéristiques de la vinification ?

Dans les années 1970, mon père voulait faire une cuvée spéciale, il avait retrouvé un vieux flacon qu’il voulait utiliser. Nous avons pensé à ce lieu-dit. Nous avons commencé en 1974. Je m’en souviendrai toute ma vie, j’étais en train de vendanger et il s’est mis à neiger ! Compte tenu de la réputation de l’année, on n’a pas osé revendiquer le millésime, même si grâce à un tri rigoureux, nous avions réussi à faire une belle cuvée. Le premier millésime officiel est donc 1975. Les vignes se composent d’environ 60 % de pinot noir et 40 % de chardonnay. Les pinots noirs sont issus pour l’essentiel d’une sélection massale initiée par mon grand-père. Les parcelles sont cultivées en bio, et labourées souvent avec le cheval. Côté vinification, nous n’utilisons que le début de la première presse. Pour donner de la tenue au vin, nous en mettons 30 à 40 % sous bois, exclusivement en demi-muids ou en foudres, jamais en fûts, pour ne pas avoir d’oxydation excessive ni de marquage boisé prononcé.

Comment décririez-vous ce vin, avec quoi l’accompagneriez-vous ?

Austère au départ, lorsqu’il s’ouvre, il est très aubois, très pinot noir avec un effet terroir fort qui passe devant le millésime. Il s’agit vraiment d’un vin que l’on reconnaît. Mais pour cela, il faut choisir l’année qui va bien. On a fait par exemple du 2003 en millésime d’exception, mais nous n’aurions jamais fait de grande Sendrée. L’année était trop atypique. Avec 2012, on coche toutes les cases de la Champagne, raisins sains, nuits fraîches, on aligne tout ce qu’il fallait au bon moment. Il y a à la fois cette complexité, cette richesse et cette fraîcheur. Le dosage est très faible, à peine 4 grammes. On a des notes de groseille et d’agrumes confits. Les Anglais m’amusent, parce qu’ils disent que cela sent le toasté et la cendre ! Mais la cendre de la parcelle est partie depuis longtemps, le côté toasté vient du brûlage des foudres et de la réduction. Vous avez enfin la salinité procurée par le kimméridgien. En accompagnement, je prendrais un poisson, mais comme il est déjà vineux, il faut aller vers quelque chose de charnu et musclé, je verrais bien un blanc-manger de lotte, j’aime ce mélange de plats raffinés et un peu canailles.

Prix 90 € www.champagne-drappier.com


La Maison de champagne Drappier sera présente sur Lyon Tasting, les 8 et 9 octobre au palais de la Bourse de Lyon, Stand CH12.

Vous pouvez encore prendre votre billet d’entrée en cliquant sur ce lien.