Comme chaque année, l’Association viticole champenoise a tenu son assemblée générale, même si, en raison de l’épidémie, celle-ci s’est déroulée en ligne. Au programme : comment réconcilier la vigne, le vigneron et les microbes ? Les deux présidents du négoce et du vignoble ont également pu s’exprimer sur la conjoncture économique.

Pour cette première Assemblée générale en ligne – Covid oblige – l’Association viticole champenoise a choisi de prendre la situation avec humour. Le film qui présente l’ensemble des travaux des équipes de chercheurs sur l’année, s’ouvre par un clin d’œil du président François Pierson, débarquant un peu perdu dans la grande salle déserte du Millesium à Épernay : “Je me suis trompé de date ?” S’ensuit un montage sous forme de journal télévisé animé par le directeur Arnaud Descotes et articulé autour d’un fil rouge “les microbes” qui ne manque pas de résonner avec l’actualité.

En guise d’introduction, l’AVC a l’habitude d’inviter un scientifique extérieur pour élargir les horizons des Champenois. Cette année, c’est le biologiste Marc André Sélosse. Ce professeur du Muséum national d’histoire naturelle nous explique qu’on identifie d’abord les microbes comme des “fauteurs de trouble”, en oubliant trop souvent qu’ils sont également des alliés du vivant. C’est valable pour l’homme : “mon tube digestif est plein de bactéries et tout cela m’aide à me défendre contre les pathogènes et à digérer”. Mais aussi pour la vigne où tout autour des racines œuvrent des bactéries et des champignons qui “aident à nourrir la plante et à la protéger contre les agressions du sol”. Et enfin pour la vinification : “Le vigneron est en cave un éleveur de microbes. Il gère des écosystèmes microbiens, les canalise par la température et les ajouts, l’abri de l’air (…) vers la production du type de vin qu’il souhaite.”

Marc André Sélosse souligne cependant un paradoxe. Autant du côté des caves, le vigneron a bien compris qu’il gérait des microbes, autant dans ses vignes, il a encore peu “valorisé cette dimension microbienne de la santé de la plante”. C’est ici pourtant que se trouve de nombreuses solutions et alternatives aux produits chimiques pour lutter contre les maladies.

Transformer les microbes en auxiliaires de santé de la vigne et du vin

Cette réflexion trouve un écho immédiat dans les recherches présentées par l’AVC sur le fonctionnement du sol et les conséquences du changement climatique sur les organismes vivants qui le composent. Les pluies importantes de cet hiver ont ainsi lessivé en Champagne les nitrates mais aussi créé dans les parcelles argileuses un milieu privé d’oxygène, peu favorable à l’épanouissement des micro-organismes. Le résultat se traduit par une baisse de vigueur des vignes. L’AVC cherche à mettre au point un modèle qui puisse intégrer en temps réel tous ces paramètres qui ont un impact sur la vie des sols pour gérer de manière plus précise la vigueur de la plante.

En matière de vinification, il existe aussi des projets prometteurs. Il s’agit notamment de trouver des solutions aux bouleversements de la composition des moûts générés là-encore par le changement climatique. On observe de fait un degré alcoolique de plus en plus élevé et une acidité plus faible. Cette dernière peut être compensée en ajoutant de l’acide tartrique mais cette méthode est soumise à dérogation. L’AVC explore donc la piste microbienne en utilisant certaines levures qui ont la propriété de secréter des acides et de produire moins d’alcool ! Enfin, il ne faut pas seulement s’adapter aux changements climatiques mais aussi au consommateur, qui réclame de plus en plus des vins sans sulfites. Là aussi certaines levures pourraient être prometteuses. Ajoutées juste avant la fermentation, elles colonisent “le milieu au détriment de la flore indigène” et donc l’aseptisent, sans pour autant gêner le développement des autres levures nécessaires à la fermentation. “Comme d’habitude, le juge de paix de ces travaux sera la dégustation”.

Traditionnellement, l’AG de l’AVC se conclut par les discours des présidents du négoce et des vignerons. Jean-Marie Barillère et Maxime Toubart ont affiché leur unité face à la crise. Sur le plan économique, malgré une année noire, ils se réjouissent de finir 2020 sur des expéditions qui devraient atteindre 230 millions de bouteilles (et non 200 suivant les prévisions les plus pessimistes), ce qui devrait permettre de payer non pas 7000 kilos aux vignerons, mais 8000. Pour le reste, ils s’accordent à considérer que les Champenois, malgré le contexte, doivent garder leur cap et même accélérer encore le rythme des réformes engagées, en particulier dans le domaine environnemental. “À quand la Champagne neutre en carbone ?” conclut Jean-Marie Barillère.

Lien de la Conférence : https://www.videliostreaming.com/Reims/AVC/2020-12-11_1/?utm_source=AVC+2020