Le Domaine du Salut après la pluie. L’appellation Cérons espère aussi une éclaircie commerciale.
Le Domaine du Salut après la pluie. L’appellation Cérons espère aussi une éclaircie commerciale.

Le temps est aux vendanges pour les vins blancs liquoreux de Cérons. Bienvenue dans la plus petite appellation du Bordelais, où une nouvelle génération de vignerons compte bien rajeunir l’image de cette petite pépite confidentielle.

On a dit “Cérons”. On nous a répondu “C’est où ?”. Voilà tout le problème de la plus petite appellation bordelaise : à côté du grand voisin Sauternes, les vins blancs liquoreux de Cérons peinent à imposer leur nom et une nouvelle image qu’ils voudraient plus jeune. Ce “petit bijou” d’appellation espère pourtant bien changer la donne.

Sur trois communes au sud-ouest de Bordeaux (Cérons, Illats et Podensac), l’appellation profite, comme le Sauternais, des fameux brouillards matinaux du Ciron et des autres ruisseaux affluents de la Garonne. Sans ces brouillards, qui se dissipent lors d’après-midis ensoleillés et font place à des vents asséchants, pas de Botrytis cinerea. Le minuscule champignon concentre les sucres et les arômes dans le raisin : la “pourriture noble” qui fait les vins liquoreux, c’est lui.

Les cépages sont également les mêmes qu’à Sauternes : sémillon en tête, muscadelle et sauvignon. L’appellation Cérons aimerait bien que la comparaison s’arrête là. Avec des sols de graves résiduelles sur un socle argilo-calcaire, elle revendique des vins plus vifs, plus frais et fruités. Plus dans l’air du temps, résume Aurélia Souchal-Caumont, propriétaire du Domaine du Salut – Château Huradin.

Casser les codes sans aucun complexe

Aurélia Souchal-Caumont, devenue présidente de l’appellation Cérons en 2018, représente cette nouvelle génération, qui, derrière les têtes d’affiche de l’appellation (Château Chantegrive à Podensac, Château de Cérons, Château du Seuil, certifié bio…) parle plutôt pragmatiquement de positionnement produit que de tradition.

“Quand on voit le succès de nos collègues de Côtes-de-Gascogne, on reste convaincu de notre potentiel”, reprend la viticultrice, qui fait référence au succès exemplaire du vin blanc moelleux du Domaine de Tariquet. Mais comment rivaliser en grande surface et dans la restauration quand Cérons ne rassemble qu’une quinzaine de producteurs (cela dépend des millésimes) pour 7 à 800 hectolitres produits chaque année sur une trentaine d’hectares ? “Nous essayons de faire de cette confidentialité une force sur le marché. Nous nous positionnons dans la catégorie vin de petits producteurs, la pépite que personne ne connaît.”

La force de Cérons pourrait venir de sa souplesse production. La petite appellation fait également partie de l’appellation régionale des Graves. Les domaines jouent donc sur les deux tableaux, en produisant des vins des deux appellations. Le liquoreux de Cérons représente souvent une petite partie de la production totale (10 % au Clos Bourgelat, à titre d’exemple). Ce qui permet de travailler la qualité, et de casser les codes sans aucun complexe.

Vers un liquoreux « nouveau » ?

Ainsi Frédéric Expert, des Vignobles Expert, songe à lancer une nouvelle cuvée : un liquoreux “jeune, sur le fruit, atypique” mis en bouteille dès février 2020 et à boire dans l’année, comme un “vin de soif”. Le viticulteur a tiré des leçons des primeurs organisés à Bordeaux au printemps 2019 par l’appellation :”à la dégustation, les gens ont retrouvé des arômes qu’ils n’avaient pas l’habitude d’avoir dans les liquoreux. Ils mentionnaient beaucoup le fruit. Je crois fortement qu’il y a un marché pour les liquoreux très jeunes, avec des arômes post-fermentaires.” Si l’idée se concrétise, Frédéric Expert espère séduire bistrots et restaurants et peut-être en faire un projet collectif pour Cérons.

En attendant, les vendanges se terminent dans l’appellation qui a essuyé mi-septembre un éphémère passage de grêle. Certains domaines (comme le Château de Cérons) ont ramassé leur dernière trie avant les pluies. D’autres, comme le Château Huradin ou le Clos Bourgelat, patientent encore pour atteindre une meilleure concentration dans les baies. “Ce millésime se présente bien, il est net, très aromatique, avance Aurélia Souchal-Caumont. Pas un monstre de concentration mais un profil très fruité, sur la fraîcheur.” Un millésime qui correspond donc au profil que cherchent les liquoreux de Cérons. “Oui, ce sera un millésime tendance”, assure la viticultrice.

AOC Cérons, les prix indicatifs
Château de Chantegrive 2015 : 30 euros à la propriété
Château de Cérons 2009 : 21,90 euros
Clos Bourgelat 2017 : 11,90 euros à la propriété
Domaine du Salut – Château Huradin 2017 : 11 euros à la propriété
Domaine de Pineau 2015, cuvée Séduction (Vignobles Expert) : 10 euros à la propriété