Coup de tonnerre dans le ciel d’Occitanie, au moment des vendanges; la marque Sud de France, vecteur de visibilité commerciale depuis 16 ans, est interdite par le préfet de région pour la viticulture. La filière s’est réunie pour répondre d’une voix unie et demande une solution de concertation.

Conseil de Bassin viticole et zone géograhique réglementaire

Le Préfet de la région Occitanie, dans son courrier aux membres de conseils viticoles Languedoc-Roussillon et Sud-Ouest, retrace l’historique : le conseil de bassin viticole (CBV) Languedoc-Roussillon du 1er juillet 2022 avait à l’ordre du jour la marque Sud de France et l’éventuel changement de dénomination du bassin viticole. Le débat s’est tenu en présence de Mme la Directrice de l’INAO et de Mme la Présidente de Région sans que ne se dégage ni une position commune ni une conclusion consensuelle entre les membres du conseil de bassin.

Etienne GUYOT, Préfet de Région Occitanie, annonce par courrier le 25 juillet, son souhait d’interdire l’utilisation de la marque « Sud de France »  sur les étiquettes de vin pour des raisons juridiques .« La dénomination : « Sud de France » ne correspond pas à une zone géographique au sens règlementaire ». Les contrevenants risques des amendes et des blocages à l’exportation. 

Marque stratégique pour les professionnels

Les réactions ont été vives, les responsables interprofessionnels se sont concertés pour répondre par courrier, le 17 août, au Préfet de Région : « La suppression brutale de la marque Sud de France n’est pas envisageable. …Depuis 16 ans, de nombreux vignerons, caves coopératives et négociants utilisent de façon volontaire et avec le soutien de la Région, la mention «Sud de France» dans leur communication et sur leurs étiquettes. Cette bannière apporte en lisibilité et fédère largement, tout en restant complémentaire aux signes de qualité que nous défendons avec fermeté. De nombreux marchés, notamment à l’export, ont pu être développés grâce à cette marque. .. ».

Pour Denis Verdier, Président de la Section IGP Sud de France du CIVL, « depuis 16 ans, le bilan de cette marques est positif elle est fédératrice et donne de la visibilité à l’heure où d’autres régions créent leur marque. C’est un choc entre deux cultures, celle réglementaire et celle du chef d’entreprise . De plus, après les dernières années (de la taxe Trump au Covid, du gel à la sécheresse), les entreprises ont des stocks et peuvent se retrouver en difficulté

« La marque ombrelle est particulièrement importante car elle est facile à comprendre par tous les consommateurs, partout dans le monde…Elle a figuré sur des millions de bouteilles, on ne peut pas la supprimer du jour au lendemain, on est interloqué !»  exprime Gilles Gally, porte-parole de Union des Entreprises Viticoles Méditerranéenne, estimant qu’au moins 40% des metteurs en marché l’utilisent.  Les professionnels demandent dans leur lettre un moratoire et la recherche d’une solution satisfaisante pour la filière viticole, tout en répondant aux exigences règlementaires.

Une marque ombrelle pour la France et l’international

Comme l’affiche la région Occitanie sur son site en février 2020, « La marque « Sud de France » fait rayonner les productions agricoles, viticoles et agroalimentaires d’Occitanie en France et dans le monde, depuis 2006. Son credo : l’authenticité, le goût et la convivialité. Plus de 10 000 produits arborent fièrement la marque ( 1300 producteurs en vins, fruits et légumes, fromages, viandes, et de nombreux autres produits de la terre et de la mer)… »

En 2006, George Freche, alors président du Languedoc-Roussillon, lançait la marque Sud de France pour valoriser la production de la filière agricole de la région. La marque référence des produits qui répondent à un cahier des charges qui garantit la provenance régionale des matières premières, les sites de transformation en région et des savoirs faire locaux. Sa vocation est régionale, nationale et internationale, visant les points de vente comme la grande distribution.

En 2021, la Région et six enseignes de la grande distribution ont également signé un partenariat permettant à plus de 300 entreprises d’être mises en avant dans plus de 1 000 points de grande distribution français.

La marque a bénéficié, dès ses débuts de budgets de communication conséquents, tant pour des campagnes grand public que pour des événements professionnels. En parallèle, la région a ouvert ses « maisons » dans les grandes capitales (New-York ; Shangaï, Londres. Casablanca), facilitant l’accès à l’international a tout profils de vignerons.

Un enjeu économique majeur

L’enjeu est de taille pour l’Occitanie : la première région viticole de France comptant 22 600 entreprises viti-vinicoles. « La Région Occitanie – propriétaire de la marque Sud de France- continuera à soutenir la marque, dans un cadre réglementaire », explique René Moreno, élu à la Région en charge de la viticulture.

La préfecture propose la mise en place d’une période transitoire : « conscient des difficultés rencontrées par certains producteurs du bassin Languedoc-Roussillon, notamment pour les bouteilles déjà étiquetées avec la mention « Sud de France » et les opérations déjà engagées, et ainsi qu’il l’a clairement indiqué lors du débat, le préfet réaffirme sa volonté d’accompagnement de la profession par les services de l’Etat dans cette phase de transition d’ici au millésime 2023. » Il vient de le confirmer par écrit à l’ensemble des membres des deux CBV (conseil de bassin viticole) et propose aux professionnels de constituer un groupe de travail.  

Denis Verdier, président de la Section IGP du CIVL souligne que « le front vigneron est uni, comme le montre les signatures au bas de la lettre :  CIVL, Union des Entreprises Vinicoles Méridionales (UEVM), IGP et AOP, vignerons indépendants et coopération agricole. »